Le discours du général Michel Aoun, dimanche, est perçu comme le coup d’envoi d’une nouvelle ligne politique. Il met un terme au délai de grâce consenti par le CPL et le Bloc du changement au gouvernement du président Fouad Siniora afin qu’il assume ses responsabilités, notamment à l’égard des séquelles de la guerre de juillet et de leurs retombées diverses.
Les cadres du CPL qualifient le discours de calme, en même temps que de hautement politique et visionnaire. Ils répètent qu’il constitue une dernière chance pour les responsables comme pour la majorité de s’ouvrir au dialogue, à travers la formation d’un cabinet d’union nationale dont la composition ne se limiterait plus, par définition même, à certaines forces choisies. Il engloberait les parties qui ne sont pas représentées au sein des institutions, le Conseil des ministres ou la Chambre, alors qu’elles ont leur présence, leur popularité, sur la scène locale. À défaut d’un tel cabinet, on accepterait l’élargissement de l’actuel ministère. Ces cadres indiquent qu’au cas où l’appel ne serait pas entendu, leur courant pourrait recourir aux moyens pacifiques autorisés en démocratie. Comme les manifestations, les sit-in, les meetings de masse et les interpellations parlementaires.
Dans cet esprit, le CPL va s’efforcer d’organiser des meetings ciblés sur des dossiers déterminés. À l’instar de celui qu’il avait organisé sur la question des déplacés. Il s’agirait de traiter, notamment, de la corruption, de la nécessité d’un tribunal spécial dans ce cadre. En s’inspirant de la révolution blanche menée en Italie par « Mane pulite », opération mains propres. Ces rassemblements viseraient, sur le plan politique, à faire pression sur le gouvernement et sur la majorité pour qu’ils admettent les vues du général Aoun. Ce dernier se gausse de ceux qui déclarent craindre un vide en cas de départ du gouvernement en place. Il réclame son élargissement afin qu’il prenne valeur de cabinet d’union. Ce qui signifie qu’il n’a pas d’objection à ce que Siniora en garde la présidence, malgré ses offensives contre ce dernier.
Le 14 Mars réagit en estimant que le discours du général Aoun est un acte de campagne, et de candidature présidentielle. Pour ce camp, l’intéressé y expose en effet les idées et les têtes de chapitres de ce qu’il estime nécessaire à accomplir de la part d’un commandant de bord. Les grandes lignes d’un serment d’investiture, plutôt qu’un programme pour un cabinet d’union nationale. Les cadres du 14 Mars ajoutent que Aoun prend soin de confirmer sa jonction avec le Hezbollah. Et ne cite pas du tout Taëf. Qui risque en outre d’être remis en question par le Hezb au nom d’un changement de l’équation islamo-chrétienne de base en un triptyque chrétiens-chiites-sunnites.
Par ailleurs, le président Berry, actuellement à l’étranger, espère, comme l’opinion en général, que le cycle des meetings, qui affecte l’économie autant que la politique, est terminé. Et qu’il pourra présenter son cadeau de fête, une réconciliation entre les pôles. Avant de lancer son initiative pour le dialogue.
Philippe ABI-AKL
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