Ils sont tout de même bizarres, ces hasards, ces coïncidences…
À peine Bachar el-Assad finit-il d’attaquer au vitriol Fouad Siniora, que le CPL et Michel Aoun l’assurent que tant qu’ils seront là, il ne bénéficiera d’aucune seconde de repos ; à peine les forces prosyriennes finissent-elles de s’en prendre à Bkerké et à Mgr Sfeir, que le CPL et Michel Aoun abondent dans la critique, aussi désolée soit-elle, du patriarcat maronite et de ses dérapages.
De deux choses l’une : ou bien cela (et tout le reste) n’est que pur hasard, parfaites coïncidences, ou bien Michel Aoun et Bachar el-Assad (dé)font la même politique et les mêmes calculs, défendent les mêmes valeurs.
Sauf que, aussi sujets à caution que peuvent être les options, les choix et la vision de l’ancien Premier ministre, aussi abracadabrantesques que semblent ces revirements, ces soulèvements contre lui-même de celui qui a combattu la Syrie jusqu’au bout de la nuit, il reste impossible, même pour le plus antiaouniste, de penser que le député du Kesrouan joue le jeu de Damas, qu’il n’est pas patriote, aussi surprenante et personnelle que soit sa définition du patriotisme.
Il serait ainsi de bon ton que Michel Aoun prenne la peine, ne serait-ce que pour débiaiser la perception de l’opinion publique, ou d’une partie d’entre elle, ou celle des journalistes dévoyés par les pétrodollars wahhabites (le seul argument que la quasi-totalité des proaounistes opposent aux critiques faites à la politique de leur champion-idole), il serait de bon ton donc qu’il clarifie tout cela, qu’il rappelle que son cahier des charges, en tant que principal leader de l’opposition, stipule une critique (en principe constructive et productive) acharnée du gouvernement ; qu’il reconnaisse que Damas, pathétique perroquet, ne fait que le plagier, et qu’il fasse en sorte, surtout, par ses prises de position et ses actes, de ne pas, involontairement, aider la Syrie dans ses sinistres et imbéciles tentatives de attendez-moi, je reviens.
Et comme Michel Aoun se targue d’être le parangon de l’honnêteté, l’opinion publique, bon gré mal gré, lui tirerait son chapeau s’il avait celle, courageuse, de reconnaître que Damas et ses alliés libanais arrangent bien ses affaires – à son corps défendant, certes.
Ziyad MAKHOUL
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