Rechercher
Rechercher

Actualités - Reportage

REPORTAGE Opération commando pour une fillette israélo-palestinienne

Pour reprendre sa fille des mains de son ex-mari, un Palestinien de Cisjordanie, une Israélienne n’a pas lésiné sur les moyens : elle a fait appel à une association religieuse juive qui s’est livrée à une véritable opération commando pour récupérer l’enfant Mercredi dernier, à 23h00, huit hommes armés de fusil d’assaut M-16, vêtus d’uniformes de la police israélienne, débarquent à bord d’une camionnette à Tulkarem, en plein territoire palestinien au nord de la Cisjordanie. Certains portent de fausses barbes, d’autres des perruques. Façon troupes d’élite, ils font irruption dans la cour de la maison de Mohammad Merhi, 39 ans, père d’une fillette de 6 ans. « Mon frère était avec moi. Ils nous ont agressés. Ensuite, ils m’ont dit qu’ils voulaient que je les amène jusqu’à ma fille Hiba (également appelée Michèle par sa famille maternelle) », raconte à l’AFP Mohammad Merhi. Les hommes armés s’emparent de la fillette, qui dormait dans son lit, et l’installent dans la camionnette à côté de son père qui raconte avoir eu « les yeux bandés et les mains ligotées ». « Nous avons roulé une heure. La camionnette s’est arrêtée et ils ont fait descendre ma fille, qui était en pyjama. Ils m’ont alors dit “Michèle est juive, pas musulmane”, poursuit Mohammad. Ils m’ont fait descendre plus tard à Kifin, au nord de Tulkarem. » Empêcher la « perte d’identité » des juifs Yad Le Achim (Main tendue vers nos frères), qui a organisé l’enlèvement de Hiba/Michèle, est une association ultraorthodoxe créée en 1950 et dont la mission principale est d’empêcher « la perte d’identité » des juifs en Israël. Elle combat les missionnaires chrétiens et les mariages mixtes, notamment judéo-arabes. Interrogé par l’AFP sur les modalités de l’enlèvement, le président de l’association, le rabbin Dov Lifchitz, reste discret. « Nous n’avons pas à proprement parler envoyé nos hommes à Tulkarem, nous avons demandé à ce que la petite fille soit ramenée en Israël », nuance-t-il. Demander à qui ? Le rabbin refuse de répondre, mais laisse entendre que des Palestiniens ont été impliqués dans l’opération. « En général en Israël, nous travaillons dans le respect du droit, mais les Territoires (palestiniens), c’est un autre État. Là-bas, c’est compliqué, alors parfois, nous agissons avec ce genre de méthode », poursuit-il, tout en refusant de dire où se trouvent désormais la mère et la fille. Mohammad Merhi, mécanicien à Tulkarem, raconte qu’il a rencontré sa femme, une Israélienne d’origine géorgienne, alors qu’il travaillait en Israël en 2000. « Elle s’est convertie à l’islam, nous nous sommes mariés et nous nous sommes installés à Tulkarem », dit-il. À l’époque, il était déjà marié avec une Palestinienne, dont il avait eu 5 enfants. Quand Hiba/Michèle a eu 4 ans et demi, le couple a quitté les Territoires et a emménagé dans la localité arabe israélienne de Bekaa al-Gharbieh pour que la petite fille puisse aller dans une école israélienne, raconte Mohammad. « Mais en juin dernier, ma femme est partie avec la petite voir sa mère à Ashdod (dans le sud d’Israël). Quelques jours plus tard, elle m’a appelé pour me dire qu’elle ne reviendrait pas », dit-il. Le 20 juillet, Mohammad Merhi se rendait à Ashdod. « J’ai pris ma fille et je ne l’ai pas ramenée ». Selon un responsable de Yad Le Achim, cité par le quotidien Maariv, qui a révélé l’histoire, la version de la mère est quelque peu différente. Elle assure que Mohammad Merhi a abusé de sa confiance quand ils se sont rencontrés, en se faisant passer pour un juif d’origine américano-française. La mère affirme également qu’une fois à Tulkarem, on lui a interdit de sortir et que son mari la frappait. Mohammad Merhi, qui a porté plainte auprès des polices israélienne et palestinienne, se dit déterminé à « prendre toutes les mesures juridiques possibles ». « C’est ma fille, elle est musulmane et non pas juive », proclame-t-il. Claire SNEGAROFF (AFP)
Pour reprendre sa fille des mains de son ex-mari, un Palestinien de Cisjordanie, une Israélienne n’a pas lésiné sur les moyens : elle a fait appel à une association religieuse juive qui s’est livrée à une véritable opération commando pour récupérer l’enfant

Mercredi dernier, à 23h00, huit hommes armés de fusil d’assaut M-16, vêtus d’uniformes de la police israélienne, débarquent à bord d’une camionnette à Tulkarem, en plein territoire palestinien au nord de la Cisjordanie. Certains portent de fausses barbes, d’autres des perruques. Façon troupes d’élite, ils font irruption dans la cour de la maison de Mohammad Merhi, 39 ans, père d’une fillette de 6 ans. « Mon frère était avec moi. Ils nous ont agressés. Ensuite, ils m’ont dit qu’ils voulaient que je les amène jusqu’à ma fille Hiba...