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Actualités - Opinion

Le rire du sergent

C’est un péché que de penser du mal d’autrui. Mais c’est rarement une erreur. HL Mencken Pendant quasiment toute la première moitié du XXe siècle, de Baltimore, sa gare de Perpignan à lui, un fou totalement iconoclaste, légèrement génial, agitait et affolait des States particulièrement frileux avec ses articles des Sunpapers : Henry Louis Mencken. Dans ces papiers-là, il y avait des choses drôlissimes, des gags, des inventions linguistiques que ce philologue néo-con avant l’heure adorait enfouir entre ses lignes ; il y avait, surtout, suintantes d’un bienheureux cynisme, des phrases qui, en peu de mots, parce qu’elles étaient bourrées de cette incroyable surdose d’universalité, savaient tout résumer, tout (dé)construire : Une guerre laisse le pays avec trois armées : une armée d’infirmes, une armée de pleureuses, une armée de voleurs. Très théocratiquement imposée aux Libanais et très généreusement offerte à Israël par le Hezbollah, la guerre de juillet a effectivement laissé beaucoup d’infirmes. Des mutilés dans leur corps qui, pour la plupart, n’avaient rien demandé, et dont l’État doit impérativement prendre les destins en main, bien avant le Hezb auquel il a été permis, en une vingtaine d’années, de devenir ce qu’il est/a été. Cette guerre a multiplié aussi les estropiés de l’âme, les invalides du cœur, pour qui leur Liban est devenu un véritable repoussoir, un piège retors, et qui, lorsqu’ils ne sont pas partis, se sont noyés dans tous les désenchantements. Quant aux pleureuses, pas toutes bénévoles, elles ont poussé comme des champignons après un essai nucléaire iranien ; des groupes de geignardes, plus ou moins crédibles, se sont naturellement formés : les uns pour chialer sur l’incommensurable gâchis, les autres sur l’absence de solidarité entre Libanais en temps de conflit, les troisièmes sur les non-victoires et sur la seule défaite possible, etc. Un quatrième groupe, un peu tour de Babel, pleurnichard show-off et visiblement pas très doué dans la lecture des préambules de Constitutions, est même né quelques secondes après le silence des canons, pour couiner encore plus fort sur les vestiges de ces jours bénis d’eau du Barada, lorsqu’aucun gouvernement n’était capable d’imposer la moindre décision, la moindre politique, la plus tronquée des visions. Infirmes, pleureuses, et… voleurs : la troïka Mencken se complète avec la cavalerie de brigands ravis par la maestria du gouvernement Siniora à générer des flots d’aides sonnantes et trébuchantes ; des brigands qui pullulent partout, jusque dans ces espaces prétendument vierges, bunkerisés, ces collines du sommet desquelles l’on entend bien lancer, le jour où l’on pénètrera l’Exécutif, un taliban et maniaco-dépressif ministère pour la Répression du vice et la Propagation de la vertu. Mais si rien ne pouvait empêcher les mutilations, ni les larmes, les voleurs devront probablement attendre une prochaine guerre : pour la première fois depuis des lustres, un gouvernement s’est décidé à institutionnaliser les audits, aiguillonné par un Fouad Siniora plus force tranquille que jamais, un Fouad Siniora qui a certes été un témoin privilégié d’une des plus vastes opérations de corruption généralisée ici-bas et à qui l’on pourrait tout reprocher sauf le vol. L’histoire s’en souviendra, de ces audits, à condition, naturellement, qu’ils soient menés jusqu’au bout par des sociétés internationales. Dommage que la (pré)vision de Mencken se soit arrêtée en si bon chemin. Mais comment aurait-il pu deviner qu’une guerre pouvait, une fois dans une vie, laisser, outre celle des infirmes, des pleureuses et des voleurs, une armée tout court ? Qu’une guerre pouvait férocement accélérer la réhabilitation d’un État – fût-ce avec d’imposantes béquilles, de trop visibles prothèses ? Sa fragilité sur laquelle tellement de gens ont glosé ; sa vulnérabilité, sa réputation de maillon faible ; sa trop longue absence ; son arrivée dans des nuages de riz sur des ruines, des rêves détruits, sa pauvreté en équipement, tout cela a très paradoxalement totemisé l’armée libanaise, l’a nimbée d’une espèce de halo, comme la promesse, c’est étrange, de gardienne de vie. Et force est de reconnaître que ce(t ancien) prosyrien sur lequel si peu de choses filtraient, mais jamais de bonnes, cet homme qui a dit non lorsque Baabda voulait que l’armée empêche les Libanais de faire la nuit du 27 février 2005, force est de reconnaître que Michel Sleimane pourrait facilement être l’un des hommes-clés des douze mois à venir – à condition qu’il ne pense jamais lâcher son habit militaire. Et en sachant tirer le meilleur profit de tous ces dons que l’armée qu’il commande est en train de recevoir. Alors ? Merci qui ? Merci le Hezbollah, bien sûr – la bonne blague… Ziyad MAKHOUL
C’est un péché que de penser du mal d’autrui.
Mais c’est rarement une erreur.
HL Mencken

Pendant quasiment toute la première moitié du XXe siècle, de Baltimore, sa gare de Perpignan à lui, un fou totalement iconoclaste, légèrement génial, agitait et affolait des States particulièrement frileux avec ses articles des Sunpapers : Henry Louis Mencken. Dans ces papiers-là, il y avait des choses drôlissimes, des gags, des inventions linguistiques que ce philologue néo-con avant l’heure adorait enfouir entre ses lignes ; il y avait, surtout, suintantes d’un bienheureux cynisme, des phrases qui, en peu de mots, parce qu’elles étaient bourrées de cette incroyable surdose d’universalité, savaient tout résumer, tout (dé)construire : Une guerre laisse le pays avec trois armées : une armée d’infirmes, une...