Un remblai de terre brune de cinq mètres de haut enserre sa partie nord : perdu dans une étendue désertique, aux confins du Liban et du plateau syrien du Golan, Ghajar, transformé en village fortifié, reste occupé par Israël malgré son retrait du sud du Liban dimanche, rapporte l’AFP dans un reportage signé Sylvie Groult.
La petite route parallèle à la frontière libano-israélienne, qui part en ligne droite de la position 4-28 de la force de l’ONU au Liban, s’arrête net un kilomètre plus loin, barrée par une tranchée.
Juste après, la fortification construite depuis la mi-septembre par les soldats israéliens emprisonne la partie libanaise de Ghajar, un village pourtant traversé par la ligne bleue qui sépare Israël du Liban.
Au-delà commence la zone interdite : une rangée de barbelés, une frontière grillagée toute neuve de 2,5 mètres de haut puis, avant la première ligne de maisons, un terrain vague de terre fraîchement retournée.
Une dizaine de soldats israéliens, des jeeps et deux véhicules blindés y étaient visibles ces derniers jours depuis le haut du remblai.
Ghajar, un ancien village syrien, avait été conquis en 1967 par Israël avec le plateau du Golan, annexé par l’État hébreu en 1981.
Pendant l’occupation du Liban-Sud, de 1978 à 2000, le village, qui compte 2 500 habitants aujourd’hui, s’est étendu vers le nord, en zone libanaise, et s’est donc retrouvé divisé lorsque l’ONU a dessiné la ligne bleue après le retrait israélien du Liban en mai 2000.
Pendant l’offensive de juillet et août contre le Hezbollah, Israël a de nouveau occupé le secteur libanais et refuse de le quitter, après l’évacuation dimanche de ses autres positions dans la région, en invoquant des considérations de sécurité.
Le Hezbollah, qui a quitté les lieux sans combats, « occupait depuis 2000 une importante position dans la partie libanaise de Ghajar », installée dans un réseau sophistiqué de souterrains construits par Israël pendant l’occupation, explique Awad el-Ahmad, un élu du village voisin de Aïn Arab.
Or, depuis 2000, « la frontière au milieu du village est toujours restée ouverte », ajoute-t-il, permettant aux habitants, des Syriens alaouites, la plupart aussi citoyens israéliens, parlant l’arabe et l’hébreu, de circuler à travers la ligne bleue, à cet endroit plus imaginaire que réel. Ghajar est de ce fait devenu une porte ouverte entre le Liban et Israël.
« À Ghajar, les Israéliens pouvaient passer facilement du côté libanais, le Hezbollah pouvait lui aussi se déplacer », souligne Awad el-Ahmad.
Pour imprimer sa présence, Israël a dressé une véritable ligne de défense en bordure du désert. Mais Beyrouth entend bien récupérer ce minuscule îlot, expression toute symbolique de la souveraineté qu’il revendique sur le sud du pays.
L’enjeu semble dérisoire, puisque les habitants de Ghajar, entièrement tournés vers Israël, n’ont jamais réclamé la nationalité libanaise.
Mais au carrefour de la Syrie, du Liban et d’Israël, ce secteur reste un point très sensible des tensions régionales. Tout près vers l’est, le secteur occupé des fermes de Chebaa demeure un casus belli potentiel.
En filigrane aussi, la « guerre de l’eau » entre le Liban et Israël, ce dernier étant accusé de pomper dans les précieuses réserves du fleuve Wazzani, qui coule juste à l’ouest de Ghajar.
Pour essayer de convaincre Israël d’abandonner la partie libanaise du village, la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) a proposé de patrouiller elle-même dans Ghajar, sans résultat immédiat. Mais le commandant de la force, le général Alain Pellegrini, a dit espérer une solution dès « cette semaine ».
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La petite route parallèle à la frontière libano-israélienne, qui part en ligne droite de la position 4-28 de la force de l’ONU au Liban, s’arrête net un kilomètre plus loin, barrée par une tranchée.
Juste après, la fortification construite depuis la mi-septembre par les soldats israéliens emprisonne la partie libanaise de Ghajar, un village pourtant traversé par la ligne bleue qui sépare Israël du Liban.
Au-delà commence la zone interdite : une rangée de barbelés, une frontière...