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Actualités - Opinion

Désenfermer

Il est certaines évidences qui néanmoins, du fait de la folie des hommes et des gouvernements, doivent être régulièrement exposées, soulignées, rappelées. À moins d’un règlement global au Liban ce sera inévitablement, à nouveau, la guerre : cet avertissement, Jacques Chirac le lançait lundi devant la conférence annuelle des ambassadeurs de France dans le monde. La guerre dans six mois ou dans six ans, mais la guerre quand même, renchérissait presque au même moment, à Beyrouth, Kofi Annan. Le fait est que la résolution 1701 est loin d’avoir eu l’effet d’un coup de bâton magique. Fruit d’un laborieux compromis, elle n’a instauré pour le moment qu’une trêve précaire qui était néanmoins fort bienvenue, surtout pour le Liban livré à l’implacable machine de mort et de destruction israélienne. C’est d’ailleurs contre la lourdeur et les lenteurs de l’ONU, mais aussi contre sa dépendance envers la superpuissance US, que les habitants de la banlieue sud entendaient protester en huant le secrétaire général alors qu’il visitait le pathétique champ de ruines de Haret Hreik. Il n’en reste pas moins que la 1701 définit, pour qui veut bien le voir, un processus devant mener à un règlement global du problème libanais, interdisant toute nouvelle conflagration. Le retrait des troupes occupantes israéliennes, la restauration de l’autorité étatique libanaise, le règlement des litiges frontaliers y compris celui portant sur les fermes de Chebaa, le contrôle de toutes les frontières et le désarmement du Hezbollah, dans la perspective d’une pacification durable du Sud : à des degrés divers d’urgence et de précision, toutes ces questions sont abordées en effet par la résolution onusienne. Reste la mise en application, et c’est là que Kofi Annan s’efforce apparemment d’en combler les vides procéduraux en avançant des idées. À Beyrouth, Kofi Annan a pu constater tout le sérieux et la bonne volonté des autorités, embarquées malgré elles (à l’image du pays tout entier) dans la plus désastreuse des aventures militaires. S’attaquant aux causes directes de la guerre de juillet-août, il a offert aussi les bons offices des Nations unies en vue d’un échange de prisonniers avec Israël, et cela au cours d’un entretien avec le ministre hezbollahi de l’Énergie. À Jérusalem où il est arrivé hier, c’est avec la plus grande conviction que le secrétaire général se propose de réclamer la levée de l’embargo maritime, aérien et terrestre imposé à notre pays par Israël. En attribuant publiquement à ce dernier la plupart des violations de la trêve observées à ce jour, en invitant les parties à se référer, lors de tout incident, au commandement de la Finul, Annan ne fait par ailleurs que dénier à l’État hébreu le droit de chaude poursuite qu’il s’est arrogé sans tenir compte des dispositions de la résolution 1701, sous prétexte d’empêcher les fournitures de matériel au Hezbollah. À Damas où il se rendra demain avant de gagner Téhéran, Kofi Annan plaidera pour un strict contrôle du trafic clandestin, du côté syrien de la frontière avec le Liban ; mais il évoquera aussi l’obligation, pour la Syrie, de se prêter à une délimitation de cette frontière et à un échange d’ambassades avec son voisin. Cette visite, notera-t-on, s’accompagne d’une relance des démarches européennes – italiennes et allemandes, notamment – invitant la Syrie à sortir de son isolement : de sa logique d’enfermement, selon la frappante formule de Chirac. Non moins impérieuse toutefois est la nécessité de mettre fin à d’autres enfermements, bien libanais hélas ceux-là. Ce qui peut nous arriver de pire en effet qu’une guerre des plus ruineuses, c’est une guerre qui ne déboucherait sur aucun renouveau intérieur, ou alors sur de vaines demi-solutions. Sourde aux souhaits – et même exigences – de la grande majorité des citoyens, la Résistance s’est obstinément raccrochée à son armement, avec les incalculables conséquences que l’on sait. Or le Hezbollah ne s’est pas seulement érigé ainsi en État dans l’État. Fort de son audience très réelle au sein de la population chiite, fort aussi de ses formidables moyens matériels, délibérément ou non, il a malencontreusement œuvré – et là est le plus regrettable – à l’émergence d’une société dans la société. Et c’est surtout contre ce grave phénomène que commencent à s’élever, sur les écrans de télévision et les pages des journaux, de courageuses voix chiites. Faut-il y voir la cause de la stupéfiante autocritique à laquelle s’est livré, dimanche dernier, un chef aussi doué pourtant que Hassan Nasrallah ? Car il est stupéfiant de maladresse, ce si j’avais su qui eut décommandé la capture de deux soldats israéliens et épargné aux pays les conséquences de cette opération. De ce tardif aveu, on ne voudra retenir que le bon côté. À savoir que désormais... on sait. Issa GORAIEB


Il est certaines évidences qui néanmoins, du fait de la folie des hommes et des gouvernements, doivent être régulièrement exposées, soulignées, rappelées. À moins d’un règlement global au Liban ce sera inévitablement, à nouveau, la guerre : cet avertissement, Jacques Chirac le lançait lundi devant la conférence annuelle des ambassadeurs de France dans le monde. La guerre dans six mois ou dans six ans, mais la guerre quand même, renchérissait presque au même moment, à Beyrouth, Kofi Annan.
Le fait est que la résolution 1701 est loin d’avoir eu l’effet d’un coup de bâton magique. Fruit d’un laborieux compromis, elle n’a instauré pour le moment qu’une trêve précaire qui était néanmoins fort bienvenue, surtout pour le Liban livré à l’implacable machine de mort et de destruction israélienne....