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Les barques coulées des pêcheurs d’Ouzaï

Ils passent l’air sombre devant les squelettes de bâtiments bombardés et marchent sur les débris de verre et le métal noirci qui craquent sous leurs pas. Les pêcheurs d’Ouzaï, dans la banlieue chiite de Beyrouth, sont venus mesurer les dégâts : leur flottille de 700 petites barques a été réduite en miettes par les bombes israéliennes. Debout devant ses filets verts et des cordages bleus brûlés, Abou Mohammad regarde incrédule son port défiguré. « Que Dieu nous aide. Nous devons repartir à zéro », soupire-t-il, effondré, devant son fils Mohammad. Palestinien d’origine, il raconte à Jailan Zayan, journaliste de l’AFP, qu’il a quitté Gaza en 1948 pour trouver refuge au Liban. Aujourd’hui, il a tout perdu : sa maison sur le port et ses deux bateaux de pêche qui assuraient sa subsistance. Les bombardiers israéliens sont venus faire pleuvoir le feu et l’acier sur la banlieue sud, bastion du Hezbollah, et n’ont rien épargné. « Nous avons la poisse : nous sommes bombardés ici et mes oncles le sont à Gaza », explique Mohammad, 25 ans, en allusion aux opérations israéliennes contre le territoire palestinien. Au Liban, l’offensive israélienne, par terre, mer et air, a détruit une grande partie des infrastructures du pays. Imad Dajani, sa femme et leurs deux enfants ont été réveillés en pleine nuit par le raid sur le port. Ils ont aussitôt fui en voiture vers la montagne. Lui est revenu pour voir ce qui était advenu de son bateau, le Adnane. Comme beaucoup de pêcheurs de ce petit port, Imad est originaire du Liban-Sud. Avant le raid, Imad se levait tous les jours lorsque le muezzin appelait à la première prière de l’aube et se dirigeait vers le port pour préparer son bateau et ses équipements pour une longue journée de pêche. Sa prise était ensuite vendue à la criée sur la grande place à l’entrée du port, aujourd’hui réduit à des décombres. « Je dois d’abord réparer le moteur et quand les choses se calmeront, je retournerai travailler », dit-il devant son bateau, à moitié coulé. « Pauvres pêcheurs. Deux jours sans travail et ils vont mourir de faim », s’inquiète Nader Ismaïl, un marchand de ciment, qui pêche pour son plaisir. Son bateau, qui lui a coûté 5 000 dollars, gît au fond de l’eau. La pêche au Liban se fait de manière traditionnelle. La seine, le chalut et des lampes sont l’essentiel de l’équipement, selon un rapport de l’ONU sur la pêche au Liban. Les bateaux coûtent entre 2 000 et 250 000 USD et les filets entre 2 000 et 12 000 dollars. Mais ce secteur a beaucoup souffert des 15 ans de guerre civile. À une encablure de Imad, deux pêcheurs se tiennent debout devant leurs bateaux endommagés et font des calculs pour savoir combien tout cela va leur coûter. Un autre, cigarette dans une main, écope de l’autre l’eau noire de son bateau Alissar, légèrement endommagé. « Nous ne sommes que des pêcheurs de Beyrouth. Pourquoi nous font-ils cela ? » dit-il, alors que sa chemise grise mouillée de sueur lui colle à la peau. Au cours de la matinée, d’autres arrivent. Certains secouent la tête devant l’ampleur des destructions, d’autres prient et lâchent des bordées d’insultes. Plusieurs se rassemblent sur le bord de l’embarcadère pour se lamenter de la destruction du Awan, « le plus joli » bateau du port, selon eux. Le bruit de moteur d’un avion qui s’amplifie les rend nerveux. « N’ayez pas peur, c’est un avion qui apporte des secours », les rassure l’un d’eux en désignant un appareil peint aux couleurs d’un pays arabe, qui s’apprête à atterrir sur l’aéroport international de Beyrouth.
Ils passent l’air sombre devant les squelettes de bâtiments bombardés et marchent sur les débris de verre et le métal noirci qui craquent sous leurs pas. Les pêcheurs d’Ouzaï, dans la banlieue chiite de Beyrouth, sont venus mesurer les dégâts : leur flottille de 700 petites barques a été réduite en miettes par les bombes israéliennes.
Debout devant ses filets verts et des cordages bleus brûlés, Abou Mohammad regarde incrédule son port défiguré. « Que Dieu nous aide. Nous devons repartir à zéro », soupire-t-il, effondré, devant son fils Mohammad.
Palestinien d’origine, il raconte à Jailan Zayan, journaliste de l’AFP, qu’il a quitté Gaza en 1948 pour trouver refuge au Liban. Aujourd’hui, il a tout perdu : sa maison sur le port et ses deux bateaux de pêche qui assuraient sa subsistance. Les bombardiers...