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Reconstruire ou attendre : le déchirant dilemme

À 75 ans, Alia Mattar reste une indéfectible optimiste. Elle cherche déjà des maçons pour remettre en état sa maison fissurée par les déflagrations causées par des bombes israéliennes qui ont visé le pont de Naamé, à 15 km au sud de Beyrouth. « Que voulez-vous ? Il faut bien vivre », dit au journaliste de l’AFP, Sammy Ketz, cette femme aux cheveux gris qui, malgré 30 ans de malheurs, garde son éternel sourire. Pourtant, le 20 juillet, à 23 heures, elle a cru que sa dernière heure était arrivée. Elle a été projetée de son lit et l’armoire s’est effondrée sur elle. « C’était comme en Asie. Un tsunami. Il y avait de la poussière partout », confie-elle, en continuant à balayer sa maison. « J’ai crié : “Mar Élias vient à mon secours” et “Élias es-tu vivant ?” » se rappelle-t-elle. Maronite, elle, une fidèle de l’église Saint-Élie, et son fils, qui habitait au premier étage, portent le même prénom. Depuis, ses quatre fils sont partis. Élias, Michel, Georges et même Khalil, qui habitait le même appartement qu’elle, sont allés à Beyrouth. Mais Alia est restée : elle a hérité de sa mère le terrain et la maison. Après son mariage et la naissance de ses enfants, elle a construit un immeuble de trois étages. Mais depuis, sa demeure a connu les aléas de la guerre. En janvier 1976, elle a été pillée par les organisations palestiniennes lors du massacre de chrétiens à Damour, tout proche. Durant l’invasion israélienne de l’été 1982, elle a été détruite par un bombardement. Elle l’a reconstruite mais un an plus tard nouvelle tuile : la guerre de la Montagne entre les chrétiens et les druzes. En 1984, les milices de Walid Joumblatt s’emparent des villes côtières et la population chrétienne fuit. Alia Mattar retrouve deux ans plus tard sa maison saccagée. Qu’importe, sans attendre, elle fait appel à ses fils et la maison retrouve son lustre d’antan. Pas pour longtemps. En 1989-1990, l’impitoyable et absurde guerre qui a opposé les deux chefs chrétiens, Samir Geagea et Michel Aoun, transforme une partie du pays chrétien en champ de ruines. La maison d’Alia est sérieusement touchée, mais pas son moral. Et la vie reprend son cours jusqu’à ce 20 juillet. « Mon mari est mort d’une rupture d’anévrisme en 1987 car il se faisait trop de souci, mais moi je crois en ma chance », dit-elle. En tout cas, elle ne veut pas attendre d’hypothétiques compensations pour restaurer la maison. « C’est mon seul bien et personne ne nous aidera », dit-elle. Son voisin sunnite, Maamoune Ghazouli, un tapissier de 58 ans, retape les portes d’entrées des appartements de son immeuble soufflées par l’explosion. « Vous pensez que je vais attendre de l’aide, nous n’en aurons jamais », dit-il. Ce n’est pas la première fois qu’il retape sa maison. Il avait d’abord pris une villa dans un lieu plus bucolique, mais n’avait pas pris garde à ses voisins. C’était un camp du Front populaire de libération de la Palestine-Commandement général d’Ahmad Jibril. Chaque fois que l’aviation israélienne bombardait ce camp, sa maison était touchée. Les destructions provoquées par trois semaines de bombardements israéliens se montent à 2,5 milliards de dollars, et il faudra trois ans pour réhabiliter les infrastructures et reconstruire les habitations, selon une estimation officielle. En revanche, Mohammad Jishi, un Palestinien de 65 ans, est totalement déprimé. Cet ancien champion de ping-pong a quitté, à six ans, sa ville natale de Saint-Jean-d’Acre pour le Liban. À 17 ans, son diplôme de comptabilité en poche, il part pour le Koweït où il reste jusqu’à la guerre du Golfe en 1990. Chassé de l’émirat, car le chef de l’OLP Yasser Arafat avait soutenu Saddam Hussein l’envahisseur, il a aménagé il y a deux ans dans un appartement près de l’autoroute pour « être tranquille », mais les bombes l’ont rattrapé. « J’en ai assez de passer ma vie à déménager et à reconstruire. Maintenant j’attends. »
À 75 ans, Alia Mattar reste une indéfectible optimiste. Elle cherche déjà des maçons pour remettre en état sa maison fissurée par les déflagrations causées par des bombes israéliennes qui ont visé le pont de Naamé, à 15 km au sud de Beyrouth.
« Que voulez-vous ? Il faut bien vivre », dit au journaliste de l’AFP, Sammy Ketz, cette femme aux cheveux gris qui, malgré 30 ans de malheurs, garde son éternel sourire.
Pourtant, le 20 juillet, à 23 heures, elle a cru que sa dernière heure était arrivée. Elle a été projetée de son lit et l’armoire s’est effondrée sur elle. « C’était comme en Asie. Un tsunami. Il y avait de la poussière partout », confie-elle, en continuant à balayer sa maison.
« J’ai crié : “Mar Élias vient à mon secours” et “Élias es-tu vivant ?” » se rappelle-t-elle....