Presque vidée de ses habitants, la ville de Tyr était hier livrée aux chats errants. Par centaines, ils ont pris d’assaut les montagnes d’ordures qui s’accumulent dans les rues. La ville attend l’offensive terrestre israélienne annoncée, rapporte Béatrice Khadige, de l’AFP.
Les félins disputent aux chiens efflanqués les détritus qui n’ont pas été ramassés depuis plus de dix jours. Ici et là, des tas d’immondices se consument dans des volutes de fumée âcre.
À coups de dents et de griffes, les chats déchirent les sacs en plastique noirs et leurs miaulements aigus sont les seuls bruits qui troublent le silence.
Une odeur pestilentielle règne sur la ville, abandonnée par la quasi-totalité de ses habitants. Sur les 100 000 résidents et déplacés qui s’y trouvaient au début de la semaine, il n’en reste plus que 10 000 ou 15 000, selon les estimations de la municipalité.
Les magasins sont fermés, rideaux baissés, et les battants des étals sont clos par de gros cadenas. Les chantiers qui s’étaient multipliés avec la paix sont maintenant silencieux. Les bulldozers qui devaient transformer la ville en haut lieu touristique sont immobiles au bord des tranchées qu’ils creusaient. La corniche du bord de mer, avec ses larges trottoirs et ses palmiers, qui voulait rivaliser avec celle de Beyrouth, est déserte. Les ruines romaines sont vides et le gardien a abandonné son poste.
La ville est presque totalement coupée du reste du monde. La route du littoral bombardée est impraticable et la seule voie d’accès du côté de Beyrouth est un chemin de terre qui traverse les plantations de bananes. Vers le sud et l’est, les accès sont libres mais, si la guerre qui fait déjà rage près de la frontière avec Israël s’approche, c’est de là que viendra le danger et personne ne peut s’y risquer.
Au Rest House, l’hôtel qui accueille les journalistes, le personnel libanais a pris la fuite et ce sont des réfugiés palestiniens, qui ne savent où aller et ne peuvent s’éloigner de leur camp de Bass, qui les ont remplacés. Dans une petite ruelle du centre-ville, Hajjé l’épicière a ouvert sa minuscule échoppe. À 70 ans, elle n’a pas l’intention de changer ses habitudes. Vêtue de la longue abaya noire traditionnelle, le visage ridé et vif encadré par un voile blanc, elle est bien décidée à survivre à cette nouvelle tragédie.
« On les attend », explique-t-elle, en évoquant l’offensive israélienne qui se développe à quelques kilomètres plus à l’est. « Ils veulent faire au Liban ce qu’ils ont fait en Irak. Mais nous ne les laisserons pas faire. Nous sommes prêts. » Sa fille hoche la tête.
Coincée sur les étagères où s’alignent les boîtes de conserve, les bouteilles de jus de fruit et les pots de fromage blanc, une petite télévision diffuse en permanence les images des combats qui font rage dans les collines à l’est de la ville. « Ils ont toujours échoué et ils échoueront encore », assure Hajjé, sous l’œil de Hassan Nasrallah, le secrétaire général du Hezbollah, dont un portrait souriant orne sa boutique. Mahmoud, qui fait sa promenade matinale dans les rues sans vie de la ville, approuve de la tête. « Nous n’avons pas peur », assure ce petit bonhomme aux cheveux gris, rasé de frais.
Le marchand de fruits voisin est fier de ses raisins. « Ils viennent de Beyrouth », assure-t-il, ravi de pouvoir surprendre ses rares clients avec des produits frais arrivés du nord par des chemins de fortune.
« Les Israéliens ont essayé quatre fois, ils ont été repoussés quatre fois par les chabab », assure Ali, qui tient un Coran à portée de la main. Il a à l’esprit les opérations qui ont conduit au retrait des Israéliens du Liban en mai 2000 et les faits d’armes des combattants islamiques – réels ou imaginaires – qui alimente la légende du Hezbollah. « Les chabab sont plus forts que tous et grâce à eux le Liban vivra », assure Ali, confiant.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Presque vidée de ses habitants, la ville de Tyr était hier livrée aux chats errants. Par centaines, ils ont pris d’assaut les montagnes d’ordures qui s’accumulent dans les rues. La ville attend l’offensive terrestre israélienne annoncée, rapporte Béatrice Khadige, de l’AFP.
Les félins disputent aux chiens efflanqués les détritus qui n’ont pas été ramassés depuis plus de dix jours. Ici et là, des tas d’immondices se consument dans des volutes de fumée âcre.
À coups de dents et de griffes, les chats déchirent les sacs en plastique noirs et leurs miaulements aigus sont les seuls bruits qui troublent le silence.
Une odeur pestilentielle règne sur la ville, abandonnée par la quasi-totalité de ses habitants. Sur les 100 000 résidents et déplacés qui s’y trouvaient au début de la semaine, il n’en...