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Actualités - Chronologie

Cana, immobile, retient son souffle

Le silence est retombé sur les ruines de Cana, lundi, au lendemain d’un pilonnage israélien qui a tué plus de 50 civils, comme le rapporte Béatrice Khadige de l’AFP. Aux premières heures du jour, le village, deux fois frappé en dix ans par la même tragédie, est vide et immobile. Les sauveteurs ont quitté les abords de l’abri où beaucoup de ceux qui sont morts pensaient pouvoir dormir en paix, tout comme en 1996 ceux qui s’étaient mis sous la protection de l’ONU se croyaient hors de danger dans un campement de Casques bleus. Le drame, alors, avait ouvert la voie à l’apaisement. Les pelleteuses et les ambulances sont reparties, et les volontaires de la Croix-Rouge et de la Défense civile, qui ont extrait un par un les cadavres de femmes et d’enfants, sont allés nettoyer le sang et la poussière de leurs uniformes. Lundi, au petit matin, il ne reste que des affaires personnelles, des sacs et des vêtements, posés en tas dans les gravats, devant les brèches béantes de l’immeuble qui s’est écroulé, ensevelissant sous les décombres 63 civils qui se protégeaient des frappes israéliennes. Une trentaine de corps sans vie en ont été retirés, d’autres seraient encore ensevelis. Plus tard lundi, les opérations de déblayage devaient reprendre pour atteindre des cadavres qui n’ont pas encore pu être retirés. Dès l’entrée de la bourgade de 15 000 habitants – avant l’offensive israélienne –, les destructions témoignent de la puissance des bombardements qui ont visé la localité pendant 19 jours et ont forcé les habitants à fuir ou à se terrer. Des maisons ont été aplaties, comme par un coup de poing géant. Certaines sont entièrement brûlées. Les devantures des magasins ont été soufflées, les rideaux explosés. Des gravats couvrent les routes. Ailleurs, les immeubles sont debout mais vides, les magasins aux vitrines brisées ont été abandonnés. Hussein Sleiman, un petit bonhomme à moustache, âgé de 35 ans, a profité d’une suspension de 48 heures des bombardements, décidée par Israël après le drame de Cana, pour venir voir sa maison. « Elle est encore debout », dit-il, mais son magasin a été entièrement pillé. « En ce moment, c’est chose fréquente », assure-t-il en reprenant la route pour Tyr. Les rues sont vides, et seuls y circulent des militants du Hezbollah, en uniformes jaune et vert, sur de petites motos. Préservés comme par miracle, des portraits des grands dirigeants chiites, le chef du Hezbollah Hassan Nasrallah, et le guide de la révolution iranienne Ruhollah Khomeyni, se dressent au coin des rues. Quelques femmes s’activent, la tête voilée. Une camionnette cahote dans une rue défoncée. Une famille qui vient du village voisin de Rmadiyé, le père, la mère et l’enfant, s’enfuit. « On s’en va », crie le père à travers la vitre baissée. « On va à Beyrouth, même si on doit dormir dans la rue. » Et le trio repart en direction de Tyr. Chez le seul épicier ouvert, il n’y a plus d’électricité et la glaciaire est vide. Sur les étagères, de rares conserves, quelques ampoules, et sur le sol, des dizaines de bouteilles d’eau. Devant la boutique, un aveugle s’arrête avec son fils. Khodr Nasrallah, explique : « Je veux mourir ici, c’est notre terre. Je veux mourir avec ma femme et mes trois enfants. Nous sommes avec le parti de Dieu, tant qu’Israël tirera, le Hezbollah tirera. Et si les combattants doivent mourir, nous mourrons avec eux. » Dans une pharmacie, Hanifé s’est arrêtée pour acheter des médicaments. « Où voulez-vous que nous allions? À Beyrouth, nous installer dans les écoles, les jardins publics ou les rues ? Est-ce que vous feriez ça à vos enfants ? Nous ne voulons pas mourir dans la rue. Nous n’avons pas peur de mourir. Dieu est avec nous. » Si l’histoire se répète, et que la trêve se prolonge, la deuxième tragédie de Cana donnera une nouvelle chance de vivre à Hanifé, Khodr, et les derniers habitants du village.
Le silence est retombé sur les ruines de Cana, lundi, au lendemain d’un pilonnage israélien qui a tué plus de 50 civils, comme le rapporte Béatrice Khadige de l’AFP. Aux premières heures du jour, le village, deux fois frappé en dix ans par la même tragédie, est vide et immobile.
Les sauveteurs ont quitté les abords de l’abri où beaucoup de ceux qui sont morts pensaient pouvoir dormir en paix, tout comme en 1996 ceux qui s’étaient mis sous la protection de l’ONU se croyaient hors de danger dans un campement de Casques bleus. Le drame, alors, avait ouvert la voie à l’apaisement. Les pelleteuses et les ambulances sont reparties, et les volontaires de la Croix-Rouge et de la Défense civile, qui ont extrait un par un les cadavres de femmes et d’enfants, sont allés nettoyer le sang et la poussière de leurs...