Échec et mat
Maintenant que la moitié du Liban brûle et que l’autre moitié attend son tour, nous pourrions un peu réfléchir aux suites de cette effroyable partie d’échecs qui se joue depuis plus de trente années sur notre terre. Tout a commencé par cette fumeuse idée d’implantation des Palestiniens au Liban. Depuis avril 1975, nous avons été témoins de pions écrasés, de tours détruites, de fous qui se sont dressés pour ensuite sombrer, du massacre d’un roi et aujourd’hui de ce terrible échec et mat, qui a vidé le Sud de ses 500000 habitants, y laissant un désert fumant. Pourquoi? Peut-être pour y installer de gré ou de force les Palestiniens, débarrassant ainsi Israël de cette épée de Damoclès qui est la question palestinienne et permettant aux grandes puissances de passer à des jeux aux enjeux autrement plus lucratifs, tels le pétrole ou l’uranium.
Jeux plus adaptés au XXIe siècle que les questions de nationalisme et d’idéologies, et ce ne sont pas nos enfants sur les chemins, nos maisons détruites et nos ponts effondrés qui les feront reculer.
Dolly TALHAMI
Reconstruction intelligente
C’est sans doute obscène de parler maintenant de reconstruction. Mais essayons de faire les choses de manière intelligente cette fois-ci. Projetons-nous dans l’avenir avec l’augmentation démographique, le nombre de voitures. Par exemple, nous avons 10 mois de soleil au Liban et une facture d’électricité qui paralyse le pays. Essayons, en reconstruisant la banlieue, le Sud, la Békaa et Baalbeck, d’installer l’énergie solaire partout. Essayons aussi d’arriver à un niveau développé pour ce qui est des télécoms en installant le haut débit, fibres optiques et autres.
Il y a un problème de parking et de circulation automobile et piétonne: pensons à construire des parkings en sous-sol. Pour la reconstruction des villages du Sud et de la Békaa, essayons de respecter notre identité méditerranéenne (tuiles rouges, pierres...) et de construire quelque chose de beau qui attire les touristes et donne une belle image de notre pays. Dans la capitale, il y a certes le projet Elissar. Mais il faudrait demander leur avis aux gens concernés. En tout cas, j’espère qu’on leur construira un cadre de vie agréable, qui ne ressemblera pas aux barres des cités/banlieues françaises avec leurs problèmes d’exclusions...
Dans les villages, évitons les coûts de tuyauterie, d’électricité pour arriver à des maisons isolées les unes des autres. Essayons de regrouper les habitants et d’avoir de grands espaces à cultiver. Ce sont quelques idées rapides. Pour creuser un peu plus, un document serait très utile à consulter: le schéma directeur d’aménagement du territoire libanais, disponible sur www.cdr.gov.lb
Nada HADDAD
Cela leur est égal
Cela leur est égal et toutes les rencontres de ces derniers jours ne font que confirmer la mauvaise volonté et l’indifférence du monde entier. La communauté internationale a abandonné le Liban à son sort. Et le peuple libanais est encore une fois appelé à rebâtir son pays, pris en otage du fait de sa situation géographique. Les étrangers s’empressent de fuir le Liban et les Libanais revivent les bouleversements d’une guerre qui n’est pas la leur, mais dont ils sont victimes et non pas simples spectateurs.
Quels intérêts diaboliques peuvent justifier l’extermination de ce peuple héroïque, la destruction de l’infrastructure d’un pays tous les dix ans? Au nom de quelle nationalité, de quelle religion, de quelle identité un peuple n’a-t-il pas le droit de vivre, de vivre en paix?
Mais évidemment, cela leur est égal.
Lina MAVROUDI
Thessalonique, Grèce
Paysage intérieur
Chez moi, il y a des enfants aux yeux vides derrière chaque porte, chaque fenêtre.
Il y a des femmes tout en noir qui pleurent en serrant sur leur cœur une photo.
Il y a des murs éventrés et des pierres
orphelines.
Chez moi, il y a des sursauts la nuit, la foule qui court, hagarde, dans les rues.
Il y a de longs sillages blancs dans le ciel qui jouent au tonnerre, à « loup, y es-tu ? »
Chez moi, il y a l’ombre assassine qui s’offre en spectacle à un univers prudent.
Il y a des prisons de flammes et de feu qui nous couvrent de brouillard pour mieux nous isoler.
Il y a l’espoir déçu par le regard du monde derrière son écran de préjugés minables.
Il y a un ciel gorgé d’indifférence et des perles de sanglots qui jonchent nos jardins secrets.
Chez moi, il y a une tache rouge qu’on lave sur la chemise, qu’on lave sur le sol, qu’on saupoudre de sciure, qui reste indélébile sur un coin de la rétine.
Il y a des cercueils nuptiaux et des langes linceuls.
Il y a la peur de l’autre, la peur pour l’autre, pour demain.
Il y a la révolte silencieuse et l’humiliation.
Mona KRAYEM
La haine pour des décennies
Depuis 1948, Israël est, pour ses voisins, synonyme d’humiliation, de mensonges, de malheur et de violation des droits humanitaires. En cet été 2006, ce sont les Palestiniens de Gaza et les Libanais, chrétiens et musulmans, qui vivent un véritable enfer. Pour deux soldats enlevés par le Hezbollah, Israël n’hésite pas à détruire tout un pays, à tuer des centaines de civils dont un tiers d’enfants, ainsi que des soldats de l’ONU, à bombarder routes, ponts, aéroports, centrales thermiques, habitations, hôpitaux, ambulances, usines aussi «stratégiques» que des laiteries, etc., à chasser de leur domicile 700000 personnes. Que se serait-il passé si les deux soldats avaient été tués? Une bombe atomique sur Beyrouth ?
Je pose aux juristes deux questions :
1- Les crimes commis par l’armée israélienne sont-ils des crimes de guerre ou des crimes contre l’humanité ?
2- Les États qui, comme les États-Unis, soutiennent Israël, peuvent-ils être accusés de non-assistance à peuple en danger?
En tout cas, la politique d’Israël au Liban, comme en Cisjordanie et à Gaza, continue de semer la haine pour des décennies au Moyen-Orient.
Guy Blanchet
Ancien professeur au Liban
Le Liban, une marguerite
Il vous énerve, notre Liban, vous obsède jour et nuit, vous empoisonne la vie ? Vous avez tout essayé, sans réussir, vous perdez vos nerfs, vous ne tenez plus. Vous le maltraitez comme on maltraite une marguerite toute blanche de splendeur à qui on arrache les pétales un a un, pour une cause égoïste, comme toujours.
«On le laisse en paix», «on ne le laisse pas», «on lui fait la guerre», «on ne le lui fait pas»: tout se joue selon vos décisions, vos intérêts. Foutez-lui la paix! Vous n’y arriverez jamais.
Le Libanais est fort et confiant, et malgré toutes les destructions que vous effectuerez, il aura le courage et la volonté de se relever et de refaire de son pays un grand et merveilleux champ de marguerites.
Alors, vous les envieux, vous pouvez toujours rêver. Vos rêves ne seront jamais réalité.
Margaret AZAR
Sayyed Hassan, soyez notre héros
À sayyed Hassan Nasrallah,
Soyez notre héros national et faites l’ultime sacrifice: désarmez au profit de l’armée.
Maintenant que les dés sont jetés et que chacun de nous a finalement compris ce que les autres peuvent faire pour soulager notre souffrance et sauver notre pays de la terreur d’Israël, je m’adresse à vous, car vous seul aujourd’hui êtes en mesure d’être notre sauveur.
Notre désarroi est grand et notre terreur insupportable, terreur de voir notre pays aller encore une fois à la dérive, injustement et devant la passivité de tous ceux qui peuvent, mais ne veulent pas.
Vous seul aujourd’hui avez ce choix : soyez notre héros national de tous les temps et sauvez le Liban. Sauvez notre pays à tous, chrétiens et musulmans, et soyez le sauveur de tous. La Résistance n’en sera qu’encore plus honorable.
Aujourd’hui, nous avons tous peur de n’avoir plus un pays demain, et l’ultime geste honorable et grand ne peut que venir de vous. Votre décision est encore plus importante, car il y va de l’existence même de ce pays que nous aimons tous: notre Liban. Prenez cette ultime décision, sauvez votre pays. Sauvez-nous et nous n’oublierons jamais votre sacrifice, le plus grand qui soit: votre désarmement pour un Liban uni, sous l’unique contrôle de l’État. Renforcez cet État fragile, donnez-lui votre souffle afin qu’il puisse se lever et défier le monde par son unité et sa volonté d’exister malgré vents et marées, malgré le choix mauvais et injuste des autres pour nous.
Une décision difficile certes, mais ô combien honorable. Le plus grand sacrifice qui soit, êtes-vous en mesure de l’accomplir? Car, voyez-vous, les faits ont voulu que vous soyez le seul décideur : soit vous sauvez le Liban en vous sacrifiant, soit vous combattez et défiez le reste du monde en sacrifiant le Liban. De votre bon sens dépendra notre seul salut. Le choix est vôtre.
Maggie ATTIEH
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