Devant le tombeau de Saladin, au cœur du vieux Damas, des dizaines de Syriens viennent prier chaque jour pour le repos de l’âme de celui qui a conquis Jérusalem et pour que « ses victoires se répètent avec son successeur moderne », le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah.
Dans les ruelles de la vieille ville et dans les quartiers modernes, les posters à son effigie sont placardés sur les voitures et les devantures des magasins à côté du drapeau jaune du Hezbollah.
Signe significatif de sa popularité et surtout de l’appui officiel du régime syrien au Hezbollah, sur la majorité des célèbres posters rassemblant l’ancien président Hafez el-Assad, son fils et successeur Bachar et le fils aîné Bassel, mort en 1998, le visage de Nasrallah a désormais remplacé celui de Bassel.
Pour de nombreux Syriens, Nasrallah est à la fois Saladin, car il mène une guerre sous la bannière de l’islam, et Nasser, parce qu’il a défié Israël.
« Il est tous ces héros à la fois, mais il est surtout le Saladin de notre temps. Celui qui peut libérer Jérusalem », comme le fit le chef kurde qui chassa les croisés de la ville sainte en 1187, dit Manar el-Samer, 31 ans, venue visiter la tombe de Saladin.
« Nasrallah est le seul à menacer Israël dans la profondeur de son territoire. Ses combattants résistent farouchement depuis quinze jours à l’armée la plus puissante de la région, alors que l’armée égyptienne s’est effondrée en six jours » en juin 1967, ajoute cette infirmière.
« Nasrallah, c’est Saladin. C’est un téméraire comme lui, qui veut reprendre Jérusalem et restaurer la gloire des Arabes », estime également Mounir Chehab el-Dine, 45 ans.
Il se dit convaincu que la comparaison « n’offensera pas Nasrallah », qui est chiite, dans la mesure où Saladin avait aussi mis fin à deux siècles de domination chiite de l’Égypte.
« Alors que les dirigeants arabes pouponnent leurs fils pour leur faire hériter le pouvoir, Hadi (fils de Nasrallah) est mort au combat » en 1997, dit Maha, 21 ans.
Des T-shirts à l’effigie
du sayyed
Devant un étal au souk al-Hamidiyé, le bazar de Damas, Mohammad appelle sur son portable son fournisseur pour le « ravitailler » en T-shirts à l’effigie de Nasrallah, qui se vendent à 200 livres syriennes (4 dollars) la pièce.
« J’en vends 600 à 700 chaque jour depuis le début des combats. Plus du double des ventes d’avant. Les clients sont de tous les âges, de toutes les classes, beaucoup de chiites libanais », affirme-t-il.
Dans la librairie al-Qods, les photos du visage souriant, joufflu et barbu de Nasrallah, le crâne couvert du traditionnel turban noir des dignitaires chiites, font concurrence aux stars de la chanson pop arabe.
« Il y a toujours eu une demande pour les photos de Nasrallah, mais c’était surtout parmi nos frères chiites. Depuis le début de la crise, les sunnites et les chrétiens aussi en achètent en grand nombre », déclare le propriétaire, Chafik Mousseili.
Mohammad Moad est venu à Damas pour s’approvisionner en photos de Nasrallah auprès de la librairie al-Qods, car son magasin dans le village de Deir Atteya, à 100 km de la capitale, est « en rupture de stock ».
« Dans notre village, où la population n’est pourtant pas chiite, les photos de Nasrallah sont partout, sur les voitures et dans les magasins, et il n’y a plus une maison où sa photo ne trône pas dans le salon », dit M. Moad.
Dans la rue principale du souk al-Hamidiyé, une large banderole adresse un message à Nasrallah :
« Du fond de son cœur, le peuple syrien te dit : nous sommes avec toi “Aba Hadi”. Ils (les Occidentaux) prétendent que tu es un terroriste, mais les religions disent que celui qui défend sa patrie contre l’occupant n’est pas un terroriste. Qu’Allah te rende victoire. »
Lamia RADI (AFP)
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