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Actualités - Opinion

L’ultime récital

Pas avant qu’il n’y ait une paix juste, globale et durable... C’est avec cette expression aussi fourre-tout que bancale et qui a fini par ne plus rien vouloir dire que tous les prosyriens se gargarisaient au quotidien, durant les années de plomb de l’occupation du Liban par les forces de Damas, à chaque fois qu’était soulevée l’impérieuse nécessité de rétablir l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire libanais. C’est avec cette expression qu’ils prenaient un malin plaisir à piéger tout un pays. De cette phrase férocement niaise, criminelle, qui ligote le Liban, le bâillonne, le fige ad vitam ; de ce concept-cancer, made in Damascus, de concomitance des deux (trois, quatre, cinq) volets, il ne faut plus désormais retenir que deux mots : juste et durable, en ayant préalablement remplacé paix par solution. Et on ne pourrait garder le global que si on le limite à la globalité des questions libanaises, et uniquement libanaises : la prétention, la velléité, l’utopie, l’altruisme n’ont plus, ne doivent plus être de mise. À Fouad Siniora pris entre le marteau-apocalyspse now de la duperie du Hezbollah et l’enclume-apocalypse now d’une éventuelle désintégration de la fragilissime unité nationale ; à Fouad Siniora qui n’a pas cessé, depuis neuf jours, d’exhorter, sur tous les tons, mais en vain, la communauté internationale à mettre un frein à l’agonie du Liban et des Libanais, Kofi Annan a répondu hier. Et de la belle, très belle manière : si son plan réussissait un jour, le secrétaire général de l’ONU se garantirait une sortie de rêve, inscrirait son nom au haut du panthéon de la diplomatie internationale et redonnerait au machin un stock de lustre pour au moins dix ans. Ce qu’a fait Annan, visiblement bien inspiré par des idées franco-britanniques, c’est ce qu’aurait fait le plus rompu au métier des chirurgiens, confronté à un patient traumatisé, mais qui, après examen, s’avère présenter mille et une tares, physiques fussent-elles ou congénitales : au lieu de ne régler que le traumatisme, c’est-à-dire au lieu de ne pallier qu’au plus urgent, ce chirurgien préfère opérer sur tous les fronts, dût-il y passer douze heures. Kofi Annan a constitué la base politique de tout cessez-le-feu durable – pérenne, aurait-il pu dire. Et répondu, en même temps, à toutes les exigences, ou presque, du gouvernement Siniora : mettre un terme aux hostilités ; relégitimer les autorités libanaises qui seraient chargées, elles, de négocier l’échange de prisonniers avec Israël ; déployer une force multinationale élargie pour maintenir la stabilité au Sud ; organiser une conférence internationale, à laquelle ne pourront pas dire non ni la Syrie ni l’Iran, et qui serait destinée aussi bien à en finir avec les armes du Hezbollah qu’à tracer les frontières définitives du Liban, établir un agenda-programme d’application ; réunir des fonds pour la reconstruction et le développement du Liban. Tout cela pourrait figurer au cœur d’une nouvelle, d’une énième (d’une ultime ?) résolution onusienne sur le Liban : encore faut-il que Washington accepte. Encore faudra-t-il, ensuite, qu’Israël, que l’Iran surtout et, dans une moindre mesure, la Syrie acceptent : ce sera une gigantesque partie de Stratego diplomatique, et si elle aboutissait au lancement du plan Annan, les Libanais, tous les Libanais auraient ressuscité une nouvelle, une énième (une ultime ?) fois. Sauf que le plus dur restera à faire : rédiger un nouveau, un énième (un ultime ?) pacte national grâce auquel l’ensemble des communautés libanaises, surtout les plus méfiantes d’entre elles, retrouveraient confiance en leur... En leur quoi ? En leur nation ? En leur État ? En leur patrie ? En leur pays ? Peu importe : il est indispensable d’entériner ce pacte, seul à même de créer une plate-forme commune entre toutes les entités libanaises, seul à même de leur donner l’envie, aux uns et aux autres, le besoin de ne plus regarder que vers l’intérieur. Pour cela, il faut des hommes. Le manque est décidément cruel, et ce n’est pas ce brave Annan qui pourrait en faire don au Liban. Ziyad MAKHOUL

Pas avant qu’il n’y ait une paix juste, globale et durable... C’est avec cette expression aussi fourre-tout que bancale et qui a fini par ne plus rien vouloir dire que tous les prosyriens se gargarisaient au quotidien, durant les années de plomb de l’occupation du Liban par les forces de Damas, à chaque fois qu’était soulevée l’impérieuse nécessité de rétablir l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire libanais. C’est avec cette expression qu’ils prenaient un malin plaisir à piéger tout un pays.
De cette phrase férocement niaise, criminelle, qui ligote le Liban, le bâillonne, le fige ad vitam ; de ce concept-cancer, made in Damascus, de concomitance des deux (trois, quatre, cinq) volets, il ne faut plus désormais retenir que deux mots : juste et durable, en ayant préalablement remplacé...