«Mes enfants sont-ils ensevelis sous les gravats ? Dieu seul le sait », dit Oum Hassan, en pleurs, assise sur l’herbe dans le jardin public des Arts et Métiers (Sanayeh), après avoir fui la banlieue sud, rapporte Nayla Razzouk, de l’AFP.
Toute vêtue de noir avec le foulard traditionnel sur la tête, cette veuve raconte son drame, adossée contre un arbre du parc de Sanayeh.
« J’étais au travail quand les bombardements israéliens ont commencé. Quand je suis rentrée à la maison, il n’en restait que des cendres. On m’a dit de quitter immédiatement la zone, et cela fait maintenant sept jours que j’ignore si mes enfants sont ensevelis sous les gravats ou s’ils sont sains et saufs quelque part », dit-elle. « Maintenant, il ne me reste plus rien ni personne. Seulement Dieu », ajoute-t-elle, montrant le ciel du doigt.
Tout comme Oum Hassan, nombreux sont les déplacés qui n’ont pu trouver de place dans les écoles ouvertes pour eux dans Beyrouth et les montagnes proches. Le jardin public de Sanayeh, habituellement fréquenté par les joggers de la capitale, est maintenant rempli de démunis, éparpillés sur l’herbe.
Des groupes d’hommes assis à même le sol boivent leur café du matin l’oreille collée aux transistors pour suivre les derniers développements de l’offensive israélienne.
Nombre de petits enfants sont en sous-vêtements, leurs vêtements lavés accrochés aux branches des arbres.
Les enfants sur l’herbe, les yeux rougis par la fatigue et le manque de sommeil, ont les pieds pleins de boue, les vêtements poussiéreux et les yeux hagards sous des cheveux en bataille. Les aires de jeu du parc sont désespérement vides.
« Personne ne peut dormir, pas même les enfants », dit Maryam Diab, en regardant ses deux garçons, Abed, 3 ans, et Hadi, un an et demi.
« Abed n’a cessé de nous réveiller en pleurant, apeuré que les avions israéliens soient dans le ciel. Il est encore traumatisé par les raids aériens qui ont touché nos voisins dans la banlieue », raconte-t-elle. Une vieille femme assise sur un banc se tient le bas du dos en grimaçant de douleur.
« J’ai dormi à même le sol, sur le dur, car il n’y avait même plus de place sur l’herbe. Mes os me tuent. Et puis il y a l’humidité de la nuit et les insectes », se plaint-elle. « Nous n’en pouvons plus. Nous sommes des êtres humains. Nous ne pouvons pas être jetés comme cela sur les routes. Nous avons des maisons, des familles, des terrains », dit-elle.
« Mais les Israéliens s’en fichent. Ils nous bombardent nous, les civils, aveuglément. Ils veulent toucher le Hezbollah, mais ils tuent tout le monde autour ! » crie-t-elle. Wissam Abou Sleimane, un des jeunes volontaires de Sanayeh qui tentent de reloger les déplacés, dit qu’ils sont environ 250 réfugiés à dormir toutes les nuits dans le parc. « Tous les jours, il y en a d’autres qui arrivent », dit-il.
Hier matin, certains avaient profité d’une relative accalmie pour aller se laver et se changer chez eux. « Nous demandons à tout le monde de l’aide. Certains viennent en voiture nous déposer de la nourriture, des couches pour les bébés, du lait et des vêtements. Mais nous avons besoin de bien plus que cela », se plaint Abou Sleimane.
Amneh Salim, mère de cinq enfants âgés de moins de neuf ans, regarde les immeubles luxueux tout autour du parc. « Nous avons notre dignité. Nous ne voulons pas avoir besoin des autres, mais nous ne pouvons pas nous passer d’eux. Nous préférons dormir dans les jardins publics plutôt qu’écrasés sous les décombres à cause des Israéliens. »
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Toute vêtue de noir avec le foulard traditionnel sur la tête, cette veuve raconte son drame, adossée contre un arbre du parc de Sanayeh.
« J’étais au travail quand les bombardements israéliens ont commencé. Quand je suis rentrée à la maison, il n’en restait que des cendres. On m’a dit de quitter immédiatement la zone, et cela fait maintenant sept jours que j’ignore si mes enfants sont ensevelis sous les gravats ou s’ils sont sains et saufs quelque part », dit-elle. « Maintenant, il ne me reste plus rien ni personne. Seulement Dieu », ajoute-t-elle, montrant le ciel du...