Rechercher
Rechercher

Actualités - Opinion

L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB Mal des hauteurs

Le complexe de Massada, légué par ces guerriers se sacrifiant jusqu’au dernier dans leur forteresse assiégée mais ne se rendant pas, c’est désormais de l’histoire ancienne. De nos jours, la forteresse Israël est en paix avec l’Égypte et la Jordanie. Elle est gardée par l’armée la plus redoutable de la région. Elle détient, en prime, un formidable arsenal nucléaire, si bien que nul à Bagdad, Damas ou ailleurs ne songe plus à l’assiéger. C’est de surpuissance – et peut-être faut-il y voir une insane et indigne revanche sur des siècles d’errances, de soumission et de persécutions – qu’est malade, en réalité, l’État juif. Gravement, dangereusement malade. Ce n’est certes pas la première fois qu’Israël s’en va assassiner ou capturer, chez eux ou chez les autres, des activistes palestiniens. Depuis l’aube de mercredi cependant, c’est sous le signe de la plus folle démesure que l’ennemi décline ses instincts belliqueux. Non moins de 64 ministres, députés, maires et cadres du Hamas enlevés, l’unique centrale électrique de Gaza pulvérisée, l’artillerie et l’aviation matraquant hier encore des édifices publics, il est difficile de croire qu’une telle profusion de moyens vise seulement à obtenir la libération du caporal Gilad Shalit, capturé dimanche par un commando. Plus vraisemblablement, c’est à l’éradication pure et simple du gouvernement Hamas qu’œuvre de la sorte – sans trop savoir quoi faire ensuite – le Premier ministre israélien Ehud Olmert. C’est parce qu’il craignait de passer pour un mou que Shimon Peres couvrait, il y a dix ans, le massacre de Cana au Liban-Sud. Et c’est sans doute le même drame que vit aujourd’hui le pâle apparatchik du Likoud que les circonstances ont amené à chausser les bottes de l’énorme Ariel Sharon. C’est dans le bruit et la fureur, dans une orgie de destruction, que le successeur fait ses dents. Cette guerre contre les Palestiniens est, de loin, la plus longue qu’ait jamais livrée Israël, puisqu’elle se poursuit par intermittence depuis la première intifada des années 80. Là, ni la blitzkrieg ni les victoires-éclair ne peuvent avoir cours. Le plus tragique cependant c’est que, d’un côté comme de l’autre, on n’a rien compris. Israël ne s’est pas encore rendu compte que sa supériorité militaire, pourtant écrasante, ne peut suffire à lui apporter la sécurité, aussi longtemps qu’elle ne se double pas d’une offre de règlement honorable, acceptable. Israël ne veut pas admettre que le bâton doit avoir pour nécessaire complément la carotte ; car il peut faire certes faire mal, le bâton ; mais c’est précisément quand il fait mal, que la douleur n’a d’autre finalité que de pousser à la résignation et au désespoir un peuple qui n’a plus grand-chose à perdre, que le bâton entraîne inévitablement... un retour de bâton. Et cela, toutes les protections militaires, tous les murs de séparation et autres barrières électroniques n’y pourront jamais rien : un mur arbitrairement édifié sur la terre d’autrui c’est, en effet, un appel permanent au viol. Les roquettes volent dessus ; et des hommes décidés passent dessous en creusant des tunnels, comme cela s’est vu dimanche dernier. Ce n’est pas s’acharner sur la bête à terre que de déplorer par ailleurs la désorganisation et même l’anarchie régnant du côté palestinien, où non moins de trois groupes ont revendiqué l’enlèvement du militaire israélien. Une administration aussi indigente, car systématiquement privée de donations internationales, que celle du Hamas échappe naturellement à tout reproche de corruption. Pas à celui d’irresponsabilité toutefois, la tâche première de tout gouvernement, même révolutionnaire et doctrinaire, étant en effet de mener à bon port le peuple dont il a la charge ; la doctrine devrait-elle en souffrir. À l’heure où les plus hardis des Arabes se risquent tout juste à une médiation entre Israël et les Palestiniens, où la Syrie militante essuie l’humiliation d’un survol à la verticale du palais présidentiel de Lattaquié, où les Libanais s’enlisent dans d’interminables et stériles conciliabules sur la fameuse stratégie de défense, c’est à ce même devoir de responsabilité qu’il faut rappeler les va-t-en-guerre de chez nous. Issa GORAIEB

Le complexe de Massada, légué par ces guerriers se sacrifiant jusqu’au dernier dans leur forteresse assiégée mais ne se rendant pas, c’est désormais de l’histoire ancienne. De nos jours, la forteresse Israël est en paix avec l’Égypte et la Jordanie. Elle est gardée par l’armée la plus redoutable de la région. Elle détient, en prime, un formidable arsenal nucléaire, si bien que nul à Bagdad, Damas ou ailleurs ne songe plus à l’assiéger. C’est de surpuissance – et peut-être faut-il y voir une insane et indigne revanche sur des siècles d’errances, de soumission et de persécutions – qu’est malade, en réalité, l’État juif. Gravement, dangereusement malade.
Ce n’est certes pas la première fois qu’Israël s’en va assassiner ou capturer, chez eux ou chez les autres, des activistes...