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Actualités - Opinion

BANQUES ISLAMIQUES Des banques socialement responsables !

Par Abdel-Maoula CHAAR * La finance et la banque islamiques sont des sujets d’actualité, au Liban comme dans le reste du monde. On le comprend, car les actifs cumulés des banques islamiques qui existent dans le monde sont estimés à plus de 265 milliards de dollars. D’aucuns parlent même de 400 milliards de dollars. De plus, le taux de croissance de ces établissements est impressionnant. Le très respectable Mckinsey Quarterly évoque un accroissement annuel de l’ordre de 15 % et un marché potentiel de 1,2 milliard d’individus concernés… 1,2 milliard de musulmans, pourrait-on penser. En effet, Lapalisse aurait dit que dans l’expression « banque islamique », il y a tout à la fois la banque et l’islam. Tout le monde sait ce que fait une banque. Une banque islamique fait quasiment la même chose en appliquant des règles spécifiques. C’est là qu’intervient le volet islamique de la dénomination. En effet, les normes qui régissent la conduite de ces établissements sont conformes à des principes issus des enseignements de l’islam. L’interdiction de l’intérêt en est l’exemple le plus connu. Une banque islamique ne reçoit ni ne donne de « salaire de l’argent » parce que le Coran stipule que cette pratique est interdite. Il en est de même pour toutes les règles de fonctionnement de ces établissements. D’ailleurs toutes les opérations des banques islamiques se doivent d’être avalisées avant leur mise en application par un conseil qui s’assure qu’elles ne contredisent pas les principes religieux. La banque islamique pourrait donc se présenter comme une banque pour musulmans. Si tel était le cas, comment expliquer que des non-musulmans soient de plus en plus nombreux à utiliser les services de ces établissements ? Pour comprendre ce paradoxe, il est nécessaire de faire varier légèrement l’angle sous lequel la question est envisagée. Durkheim considérait que la religion constitue un système d’obligation sociale. Cette approche permet donc d’envisager les règles qui régissent le fonctionnement des banques islamiques comme étant le reflet d’un système d’obligation sociale. Dans ce cadre, on ne peut que constater que si le gain est bien sûr la raison d’être de ces établissements, la maximisation des marges ne constitue pas une priorité absolue. À l’appui de cette thèse, on cite souvent le cas de défaut de paiement d’une traite qui n’est pas sanctionné, s’il est prouvé que l’emprunteur est dans une gêne extrême et se trouve dans l’impossibilité de payer la somme due. L’exemple est à la limite de la caricature, mais toujours est-il que les cas où les banques islamiques prennent autant en considération l’intérêt des parties prenantes (stakeholders) que celui des actionnaires (shareholders) sont multiples. Cette conception du rôle du banquier, fondée sur des principes séculaires, est en réalité extrêmement moderne. Elle s’inscrit dans un mouvement qui prône une éthique des affaires et des entreprises socialement responsables. L’éthique et la responsabilité sociale sont des principes universels et à moins de vouloir les exclure des activités financières, il n’y a aucune raison objective pour que la banque islamique, banque à obligation sociale, soit exclusivement une banque pour musulmans. * Spécialiste en stratégie et théorie des organisations - Centre de recherches et d’études doctorales de l’ESA (CRED). En coopération avec l’ESA
Par Abdel-Maoula CHAAR *

La finance et la banque islamiques sont des sujets d’actualité, au Liban comme dans le reste du monde. On le comprend, car les actifs cumulés des banques islamiques qui existent dans le monde sont estimés à plus de 265 milliards de dollars. D’aucuns parlent même de 400 milliards de dollars. De plus, le taux de croissance de ces établissements est impressionnant. Le très respectable Mckinsey Quarterly évoque un accroissement annuel de l’ordre de 15 % et un marché potentiel de 1,2 milliard d’individus concernés… 1,2 milliard de musulmans, pourrait-on penser.
En effet, Lapalisse aurait dit que dans l’expression « banque islamique », il y a tout à la fois la banque et l’islam. Tout le monde sait ce que fait une banque. Une banque islamique fait quasiment la même chose en appliquant des...