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Actualités - Opinion

La proposition Rizk suscite un débat dans les cercles politiques

Dans une émission télévisée, le ministre de la Justice, Charles Rizk, soutient que la crise de pouvoir outrepasse de loin la question de la présidence de la République. Et que les convulsions profondes dont souffre notre système politique ne mèneront pas du tout à un changement de la personne du chef de l’État. À son avis, il faut un pacte et un style nationaux nouveaux, qui conviennent à la période que traverse le Liban, fondés sur des décisions pointues, tenant compte des changements régionaux qui se répercutent sur ce pays. Cette proposition suscite un débat dans les milieux professionnels. Faut-il balayer le système issu de Taëf ? Le remplacer par un régime présidentiel ou semi-présidentiel, après abolition du confessionnalisme politique ? Installer un fédéralisme à la place de la décentralisation administrative ? S’agit-il de se contenter de modifier des clauses, de manière à réaliser un véritable équilibre entre les pouvoirs, gommer les failles que la pratique met en relief ? Pour le fond, le vice est-il dans les textes ou dans le comportement des dirigeants censés les appliquer ? Est-on en face d’une crise de nation, de nationalité, de responsables ? Le Liban a expérimenté plusieurs formules, qui n’ont jamais duré bien longtemps. Il a connu le caïmacamat, la moutassarafiyah, le mandat français, dont il a modifié la Constitution en accédant à l’indépendance, en base d’un pacte 43 non écrit, fondé sur le principe de la coexistence islamo-chrétienne. Nouveau changement avec Taëf, parce que les musulmans se plaignaient des pouvoirs régaliens de la présidence de la République. Mais cet accord accuse beaucoup trop de défauts et de zones d’ombre qui ne cessent de poser des problèmes. Et qui ont pris encore plus d’acuité quand, après le retrait syrien, les Libanais se sont trouvés appelés à s’autogouverner, sans plus compter sur la décision de Damas, impérative pendant trente ans. Ainsi, dans de multiples points, Taëf édicte qu’il faut un accord entre le président de la République et le président du Conseil, sans préciser que faire en cas de mésentente. C’est la Syrie qui faisait pencher la balance, au coup par coup, au profit de l’un ou de l’autre. Donc, les Libanais se retrouvent sans recours en cas de conflit sur l’application des textes. Personne pour trancher, à l’intérieur, s’il y a différend au sujet de la formation des gouvernements ou de la convocation de sessions extraordinaires de la Chambre. Ou encore sur la ratification des traités internationaux, ainsi que sur la manière du président de la République de diriger les séances du Conseil des ministres. L’existence d’un axe chiite formé du Hezbollah et du mouvement Amal sabote en pratique l’article 65 de la Constitution, qui stipule que les décisions sont prises à l’amiable et à défaut par vote, en fixant les sujets qui nécessitent une majorité des deux tiers. Or, d’une manière générale, cet axe exige que la règle du consensus soit toujours appliquée, donc qu’il n’y ait plus de procédure de vote. Et d’une manière particulière, il rajoute de chez lui des sujets qui requièrent également, à son sens, une majorité des deux tiers. Sous prétexte que c’est la démocratie consensuelle et non numérique qui doit prévaloir. De ce fait, beaucoup de thèmes sont automatiquement bloqués. Une paralysie ponctuée par des retraits épisodiques des ministres représentant le bloc chiite. Il y a donc, effectivement, une crise de fonctionnement, de pouvoir et de nation au sens bien compris du terme. Mohammad Hussein Fadlallah met le doigt sur la plaie. Il dénonce le système des appétences confessionnelles, en appelant à la primauté du nationalisme et en soulignant que Taëf avait pour but de faire taire les canons et non de créer un État équilibré nécessitant l’abolition du confessionnalisme. Émile KHOURY
Dans une émission télévisée, le ministre de la Justice, Charles Rizk, soutient que la crise de pouvoir outrepasse de loin la question de la présidence de la République. Et que les convulsions profondes dont souffre notre système politique ne mèneront pas du tout à un changement de la personne du chef de l’État.
À son avis, il faut un pacte et un style nationaux nouveaux, qui conviennent à la période que traverse le Liban, fondés sur des décisions pointues, tenant compte des changements régionaux qui se répercutent sur ce pays.
Cette proposition suscite un débat dans les milieux professionnels. Faut-il balayer le système issu de Taëf ? Le remplacer par un régime présidentiel ou semi-présidentiel, après abolition du confessionnalisme politique ? Installer un fédéralisme à la place de la décentralisation...