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Actualités - Opinion

Les casquettes, maintenant !

Et d’un ! C’est un Conseil supérieur de la magistrature au grand complet qui a tenu sa toute première réunion, hier. Ce n’était certes pas trop tôt. Des mois durant en effet, la justice s’est trouvée scandaleusement paralysée, en attendant la désignation de la moitié des membres de ce prestigieux organisme. Tour à tour, avocats et juges ont dû recourir à des grèves pour forcer la décision des responsables en proie aux tiraillements et aux âpres marchandages. Marchandages doublement honteux, en vérité. Non seulement, en effet, les parrains en charge de nos destinées ont déshonoré, par une aussi criante quête d’influence, une profession politique vouée en principe au service du peuple ; mais surtout, c’est une bien humiliante idée des juges eux-mêmes qu’ils ont déclinée en se donnant (et nous donnant) tant de peine pour essayer de placer leurs poulains. Une justice indépendante, enfin ? Ce n’est encore là que le début d’un long et laborieux processus. Fort heureusement, le CSM ne manque pas, c’est vrai, d’éléments intègres et jaloux de leur indépendance. Il reste que même une justice indépendante ne saurait fonctionner en l’absence d’une force publique elle aussi propre, efficace, fiable. L’une ne va pas sans l’autre. Car si la première obligation de l’État est bien de protéger le citoyen, alors il faut non seulement des hommes qui statuent à l’ombre de la loi, mais d’autres, aussi, qui assurent correctement la mise en application de la loi. Correctement, c’est-à-dire dans le respect rigoureux des libertés publiques : la justice étant précisément là pour y veiller. C’est sur ce terrain miné qu’il reste énormément à faire, et à le faire d’urgence. Déjà dans le précédent éditorial était évoqué cet effarant constat auquel se livre, dans son rapport à l’ONU, l’enquêteur international Serge Brammertz : les investigations locales relatives aux 14 actes terroristes qui ont précédé ou suivi l’attentat de février 2005 contre Rafic Hariri semblent piétiner. Le manque de matériel adéquat n’est pas seul en cause cependant : les rivalités internes, l’éparpillement des responsabilités, le manque de coopération entre les divers organismes de sécurité et divers autres facteurs, aussi bien étrangers qu’internes, rendent improbables les arrestations, malgré l’interpellation de suspects. Dès lors – et là est le plus important –, la mission onusienne se dit disposée à étendre son assistance aux autorités en procédant elle-même à l’audition des témoins et à l’interrogatoire des suspects, ce qui servirait à faire triompher la justice et à renforcer le système judiciaire libanais. Brammertz passe pour un grand cachottier ; mais au fond n’a-t-il pas tout dit en diagnostiquant de la sorte le mal libanais ? La fait est que nous sommes funestement passés d’un extrême à l’autre, de la malfaisante tutelle qu’exerçait une puissance régionale totalitaire au chaos d’une libération inachevée, tronquée : j’ajouterais même contestée, reniée, rejetée par une partie nullement négligeable du Liban politique. Sous l’occupation syrienne, et malgré l’héroïsme de quelques juges intègres (quatre d’entre eux l’ont payé de leur vie il y a cinq bonnes années et l’on enquête encore !), la justice mise au pas, rançonnée, ne posait pas problème ; elle fermait les yeux sur les arrestations arbitraires, les détentions illégales, les déportations de prisonniers. Il ne lui venait pas à l’idée, la justice, de faire la grève. Quant aux multiples officines de sécurité – une diversification calquée sur le modèle syrien –, elles coopéraient très bien entre elles, sous le regard attentif de Big Brother. Elles coopéraient toutes avec le plus grand zèle, surtout, avec les Moukhabarate d’à côté, et l’arrestation des chefs de quatre de ces agences de barbouzes, en relation avec l’affaire Hariri, en est une des plus spectaculaires illustrations. On peut ne pas être d’accord sur la forme du Liban nouveau, sur la nature de ses rapports avec ses voisins, sur son régime politique et socio-économique. Mais la justice et son bras armé, les polices, sont l’affaire de tous. On a trop perdu de temps avec les robes noires, ce sont les casquettes qu’il faut garnir au plus pressé. Issa GORAIEB
Et d’un ! C’est un Conseil supérieur de la
magistrature au grand complet qui a tenu sa toute première réunion, hier. Ce n’était certes pas trop tôt. Des mois durant en effet, la justice s’est trouvée scandaleusement paralysée, en attendant la désignation de la moitié des membres de ce
prestigieux organisme. Tour à tour, avocats et juges ont dû recourir à des grèves pour forcer la décision des responsables en proie aux tiraillements et aux âpres marchandages. Marchandages doublement honteux, en vérité. Non seulement, en effet, les
parrains en charge de nos destinées ont déshonoré, par une aussi criante quête d’influence, une profession politique vouée en principe au service du peuple ; mais surtout, c’est une bien humiliante idée des juges eux-mêmes qu’ils ont déclinée en se
donnant (et nous...