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Actualités - Opinion

Pour ne pas corriger une erreur par une autre

D’un côté, il y avait peut-être quelque chose de dérogatoire dans la personnification, aux yeux de ses partisans, de Hassan Nasrallah par la troupe de Basmat Watan. Cette personnification le dégradait. Ce n’était pas une caricature, mais une amusette. Or on ne s’amuse pas avec l’image de quelqu’un. On ne la dégrade pas aux yeux de l’opinion. Critiquer est une chose, dégrader en est une autre. D’un autre côté, ce n’est pas en « cassant » du chrétien et du sunnite et en coupant les routes qu’on obtiendra forcément justice. C’est devant les tribunaux que ça se fait. C’est même leur raison d’être : empêcher que les conflits ne soient vidés dans la rue, empêcher les gens de se rendre justice, avec les abus inévitables que cela comporte. Il y a donc dans cette affaire deux parties qui ont des comptes à rendre. La LBC, pour « l’offense » involontaire faite à Hassan Nasrallah, encore qu’à ce taux d’audience, une erreur est plus difficilement pardonnable, mais enfin... Il faut croire à la bonne foi de Charbel Khalil, qui s’est d’ailleurs fort honorablement excusé. Mais le Hezbollah aussi doit rendre compte. Là aussi, on plaide officiellement la spontanéité du mouvement de protestation. Mais en l’admettant, on peut toujours se demander si la colère se serait exprimée de la même façon sans le sentiment d’impunité que donne au Hezbollah le fait de posséder une capacité militaire. On peut se demander, aussi, ce que faisaient dans la rue, à part jeter de l’huile sur le feu, certaines figures de proue du Hezbollah, durant cette nuit de colère, mais bref... L’affaire doit donc être instruite à plusieurs niveaux, pour être dépassée sainement, pour que l’on tire profit de la leçon. Cet épisode devrait être dépassionné, dépolitisé, confiné dans ses limites légales et humaines. On ne corrige pas une erreur par une autre erreur, même si elles sont d’inégale gravité. Mais il y a plus à dire, mais cela relève d’une autre dimension, d’une certaine éthique sociale. On a pu invoquer dans cette affaire une dimension culturelle : celle de la pratique de valeurs comme la liberté d’opinion et d’expression. Mais ces valeurs sont relatives. Leur exercice peut différer d’une culture à l’autre. Certes, ce n’est pas au Hezbollah d’imposer son interprétation de ces droits, mais, en même temps, il y a un côté relationnel dont on doit tenir compte. En morale, et jusqu’à un certain point en morale publique, renoncer à un droit ou à un privilège pour ne pas scandaliser quelqu’un est envisageable. Cela, nous dit saint Paul, est une forme de l’amour. Mais ce renoncement s’exerce pour des motifs graves, pour motif de conscience, celle de l’autre, non la sienne. Ainsi, saint Paul recommandait aux chrétiens de s’abstenir de vin et de viandes « sacrifiées aux idoles », pour ne pas scandaliser d’autres chrétiens qui considéraient ces actes comme des transgressions de certains interdits religieux. C’était là restreindre la liberté nouvellement acquise par les chrétiens à l’égard des innombrables édits de la Loi de Moïse, mais saint Paul les recommandait – sans les imposer – au nom de cette même liberté qui leur était donnée « non pour détruire, mais pour édifier ». Dans son esprit, c’était là faire preuve d’amour. On peut se demander s’il n’y a pas là un modèle à suivre, dans le cas concret qui nous intéresse, si renoncer à une liberté reconnue et légitime, pour ménager des compatriotes qui ne voient pas les choses sous le même angle, n’est pas l’attitude qu’il faut. Certes, il ne s’agit pas de le faire systématiquement. Une communauté ne peut pas, non plus, imposer par intimidation ses valeurs morales à l’ensemble de la communauté nationale, qui est une société pluraliste. Il n’est question là ni d’interdire la musique ni de dynamiter les débits d’alcool. Mais il y a là un équilibre à préserver, un respect mutuel pour nos croyances respectives, surtout dans l’espace public, où la notion de « bien public » trouverait une place. Un bien public qui impliquerait certains renoncements librement acceptés, à condition qu’ils soient à double sens, pour le maintien de l’ordre social et de la paix civile, pour ne rien dire du respect et de l’affection que se doivent des compatriotes. Fady NOUN
D’un côté, il y avait peut-être quelque chose de dérogatoire dans la personnification, aux yeux de ses partisans, de Hassan Nasrallah par la troupe de Basmat Watan. Cette personnification le dégradait. Ce n’était pas une caricature, mais une amusette. Or on ne s’amuse pas avec l’image de quelqu’un. On ne la dégrade pas aux yeux de l’opinion. Critiquer est une chose, dégrader en est une autre.
D’un autre côté, ce n’est pas en « cassant » du chrétien et du sunnite et en coupant les routes qu’on obtiendra forcément justice. C’est devant les tribunaux que ça se fait. C’est même leur raison d’être : empêcher que les conflits ne soient vidés dans la rue, empêcher les gens de se rendre justice, avec les abus inévitables que cela comporte. Il y a donc dans cette affaire deux parties qui ont des...