Le président Émile Lahoud se plaît à traiter de traître quiconque réclame le désarmement de la Résistance. Il en refuse l’intégration à l’armée, tout autant que le déploiement de celle-ci sur la ligne bleue, tant que le Liban est en état de guerre avec Israël. De leur côté, les dirigeants du Hezbollah affirment que nul ne peut désarmer la Résistance et que la 1559 ne sera pas appliquée au Liban. Ils ajoutent que leur parti, allié aux organisations palestiniennes, rejette le désarmement des Palestiniens hors des camps sauf par le dialogue.
Dès lors, certaines parties politiques se demandent quelle valeur peuvent avoir les résolutions prises à l’unanimité par le comité de dialogue national, puisqu’elles se trouvent frappées d’interdit au niveau de l’application. Le président Lahoud réduit à néant le rôle du comité autant que les institutions, quand il prend les devants sur la question du désarmement, toujours inscrite à l’ordre du jour. Il prend parti avec un camp déterminé contre un autre. Confirmant de la sorte son mépris de la Constitution, qui veut que le président de la République reste le symbole de l’unité nationale, le gardien de l’indépendance, de la souveraineté, de l’intégrité territoriale du Liban en tant qu’État. M. Lahoud semble donc loin d’être le rassembleur, l’arbitre impartial, que souhaite la Loi fondamentale.
Son cas est d’autant plus marqué qu’il a été commandant en chef de l’armée. Or il en disqualifie le rôle national, en donnant le pas à la Résistance face à l’ennemi israélien. Il est étrange que, dans un État, le rôle de l’armée se réduise à des fonctions d’auxiliaire de police à l’intérieur quand le besoin s’en fait sentir. Ces milieux politiques se demandent si le président Lahoud se soucie jamais, justement, de ce qu’il adviendrait du Liban s’il devait se transformer en lice ouverte de confrontation entre Israël et la Résistance. Le pays n’a-t-il pas enduré suffisamment, au cours des décennies, à cause du conflit faisant du Sud le seul front arabe ouvert ? Oublie-t-on les invasions successives qui ont atteint Beyrouth, les morts, les destructions, les dommages causés à l’infrastructure, l’économie à bas, les lourdes dettes pour la reconstruction ? Le président Lahoud, au verbe si haut, peut-il garantir la reconstruction s’il y a une nouvelle dévastation ? A-t-il les sources et les ressources pour faire affluer le financement et les aides ? Il devrait plutôt, poursuivent ces cadres, se poser la question de savoir pourquoi le faible Liban doit rester le seul État arabe de confrontation avec Israël, alors que les autres ne bougent pas. Et que le Golan syrien, surtout le Golan syrien, reste tranquille, alors que ce territoire est bien plus important que la modeste enclave de Chebaa. Le président Lahoud ne se rappelle-t-il pas combien le Liban a souffert sous prétexte de défendre la cause palestinienne, qui n’y a d’ailleurs absolument rien gagné ? Oublie-t-il la guerre domestique qui ne s’est terminée que par l’irruption des Israéliens et l’expulsion des combattants palestiniens vers Tunis ? Le passé ne lui apprend-il donc rien ?
D’autre part, les mêmes personnalités critiquent le Bloc du changement et de la réforme aouniste qui se contente d’imputer au gouvernement la responsabilité du non-désarmement des Palestiniens. En passant sous silence, à ce propos, les positions du régime et de la direction du Hezbollah, parti avec lequel le bloc en question a d’ailleurs signé un document d’entente dont rien n’a été appliqué jusqu’à présent. Cette formation accepte-t-elle que le Liban reste une lice, une boîte à lettres pour des messages régionaux ? Le général Aoun a proclamé, lors de la dernière séance du dialogue, qu’il défendra l’instance de la première magistrature. Or, lui répondent ces sources, ce n’est pas l’instance qui rehausse la personne qui l’assume, mais l’inverse. Autrement dit, ce n’est pas la fonction, le titre qui font l’homme, mais le contraire.
Émile KHOURY
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