Le renseignement électronique, dont les méthodes suscitent la controverse aux États-Unis, est en pointe dans la lutte contre le terrorisme, mais menace les libertés individuelles en fouillant dans les données personnelles d’individus ordinaires.
Les révélations du quotidien USA Today jeudi selon lesquelles la NSA, l’agence américaine chargée du renseignement électronique, collecte les relevés téléphoniques de dizaines de millions d’Américains pour traquer les réseaux terroristes, ont scandalisé de nombreux Américains et relancé le débat sur l’équilibre entre antiterrorisme et protection des libertés. « Le président ne peut violer la loi, espionner les Américains sans mandat judiciaire et saper systématiquement nos droits et libertés. Cet abus de pouvoir ne peut pas durer », affirme Caroline Fredrickson, une responsable de l’ACLU, la principale association américaine de défense des libertés individuelles. Les attentats du 11 septembre 2001 « n’ont pas donné au président le pouvoir sans limites qu’il revendique désormais pour s’immiscer dans les communications privées des Américains », renchérit le New York Times dans un éditorial publié vendredi.
Le Washington Post adopte une position plus modérée, tout en s’insurgeant contre « une intrusion massive dans la vie privée ». « Nous ne prétendons pas que la fouille de données (data-mining) est illégitime. Avec les contrôles et la supervision appropriés, elle a un rôle à jouer dans le renseignement moderne », affirme le quotidien dans un éditorial.
Le président de la commission du Renseignement à la Chambre des représentants, Peter Hoekstra, est venu à la rescousse du gouvernement en estimant qu’« au lieu de laisser nos experts du renseignement se focaliser sur les terroristes, nous sommes de nouveau entraînés dans un débat sur ce que notre communauté du renseignement peut ou ne peut pas faire ».
Les autorités américaines restent marquées par le fait que dans les semaines précédant le 11-Septembre, les services de renseignements disposaient d’indices épars qui auraient pu donner l’alerte. Pour la NSA aujourd’hui, il s’agit d’empêcher un nouvel attentat en examinant des milliards d’informations.
Jim Harper, expert des technologies de l’information au Cato Institute à Washington, juge cette « fouille de données » inefficace. Selon lui, les experts du renseignement n’ont qu’une « chance extrêmement minime de tomber sur des terroristes » en scrutant les relevés téléphoniques.
En 2003, le Pentagone avait dû renoncer à son programme « Total Information Awareness », qui fouillait dans des bases de données de compagnies de voyages, financières et de santé, en raison de la controverse suscitée quand son existence avait été révélée.
Des experts des questions du renseignement font valoir que les recherches effectuées par la NSA sont utiles dans la lutte contre le terrorisme. Selon James Lewis, expert au Centre d’études stratégiques et internationales (CSIS), la NSA « offre des avantages uniques » face à el-Qaëda, un « rassemblement informel » d’extrémistes qui communiquent en utilisant les technologies modernes.
Pour James Woolsey, ancien directeur de la CIA sous l’Administration Clinton, le monde d’aujourd’hui n’est plus celui de la guerre froide et il est essentiel de connaître ce qu’il appelle « le champ de bataille électronique ». MM. Lewis et Woolsey estiment qu’il faudrait plutôt moderniser les lois qui encadrent les activités de la NSA et tenir compte des nouvelles technologies qui n’existaient pas quand le Congrès avait adopté l’actuelle loi.
Jérôme BERNARD (AFP)
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Les révélations du quotidien USA Today jeudi selon lesquelles la NSA, l’agence américaine chargée du renseignement électronique, collecte les relevés téléphoniques de dizaines de millions d’Américains pour traquer les réseaux terroristes, ont scandalisé de nombreux Américains et relancé le débat sur l’équilibre entre antiterrorisme et protection des libertés. « Le président ne peut violer la loi, espionner les Américains sans mandat judiciaire et saper systématiquement nos droits et libertés. Cet abus de pouvoir ne peut pas durer », affirme Caroline...