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Actualités - Analyse

Éclairage L’Europe sous la menace des jihadistes vétérans d’Irak

Ils sont aguerris, motivés, mobiles et donc dangereux : les jihadistes européens qui rentrent d’Irak donnent des cauchemars aux services de renseignements du continent. Dès le mois d’octobre, le ministre irakien de l’Intérieur Bayan Jabr Soulagh avait averti que l’interception de courriers échangés entre Abou Moussab al-Zarqaoui, le chef d’el-Qaëda en Irak, et d’autres figures du mouvement avait révélé une décision de renvoyer chez eux des volontaires islamistes, afin d’y exporter la guerre sainte. Selon lui, à l’automne 2005, plusieurs centaines de combattants intégristes étaient déjà repartis. En marge d’une réunion de travail, mardi au siège d’Interpol à Lyon, le juge espagnol Baltazar Garzon a indiqué à l’AFP disposer « d’indices » laissant penser que des retours à grande échelle avaient commencé. « Je ne peux dire de combien de cas il s’agit, mais c’est une question de logique : jusqu’à présent, les enquêtes se focalisaient sur l’envoi de volontaires vers l’Irak. Désormais nous commençons à recevoir des indices laissant penser que les retours ont commencé. Les infrastructures se mettent en place pour les accueillir », a ajouté le magistrat, qui a mené en Espagne les enquêtes contre el-Qaëda. Depuis la plupart des pays d’Europe, des centaines de candidats au jihad ont pris au cours des trois dernières années le chemin de l’Irak, via la Syrie, l’Égypte, la Turquie ou l’Iran. Sur place, ils ont été plus ou moins intégrés à la résistance antiaméricaine, souvent pour y mener des attaques-suicide. En 2005, le prestigieux Institut international pour les études stratégiques (IISS, basé à Londres) estimait à au moins un millier le nombre de volontaires étrangers en Irak. Jeudi à Paris, le directeur français de la Sécurité intérieure (DST), Pierre de Bousquet, a indiqué qu’une quinzaine de jeunes Français étaient toujours en Irak ou dans la région. Au moins neuf y ont été tués. Les volontaires étrangers « sont devenus un peu encombrants sur place et sont incités à revenir en Europe pour y poursuivre le jihad. Nous avons vu quelques exemples », a-t-il assuré. Pour Claude Moniquet, qui dirige à Bruxelles l’European Strategic Intelligence and Security Center, ces anciens combattants d’Irak, dont il estime le nombre à « plusieurs centaines de personnes en Europe occidentale », sont « potentiellement très dangereux ». « Étant donné la motivation profonde des volontaires pour l’Irak et leur jeune âge, le risque de les voir passer à des actions terroristes sur le sol européen est tout à fait réel », estime-t-il. « Il y a vingt ans, après le retrait des Russes d’Afghanistan, un certain nombre de gens sont rentrés dans leurs pays d’origine et se sont montrés relativement calmes. Mais dix ans plus tard, c’est eux que l’on retrouve à peu près systématiquement dans les réseaux démantelés entre 2001 et 2005. » S’il est relativement aisé de repérer les départs, et donc les retours éventuels de vétérans d’Irak, à moyen et long terme leur mise sous surveillance est un vrai casse-tête, assure Claude Moniquet. « Il est à peu près impossible d’organiser une surveillance sur plusieurs centaines de personnes à travers l’Europe. Pour une surveillance opérationnelle sur quelqu’un, il faut compter un minimum absolu de douze à quinze flics. Vous multipliez par plusieurs centaines, cela fait des milliers. Et même comme ça vous restez toujours au niveau du bricolage. » Michel MOUTOT (AFP)

Ils sont aguerris, motivés, mobiles et donc dangereux : les jihadistes européens qui rentrent d’Irak donnent des cauchemars aux services de renseignements du continent.

Dès le mois d’octobre, le ministre irakien de l’Intérieur Bayan Jabr Soulagh avait averti que l’interception de courriers échangés entre Abou Moussab al-Zarqaoui, le chef d’el-Qaëda en Irak, et d’autres figures du mouvement avait révélé une décision de renvoyer chez eux des volontaires islamistes, afin d’y exporter la guerre sainte. Selon lui, à l’automne 2005, plusieurs centaines de combattants intégristes étaient déjà repartis.
En marge d’une réunion de travail, mardi au siège d’Interpol à Lyon, le juge espagnol Baltazar Garzon a indiqué à l’AFP disposer « d’indices » laissant penser que des retours à grande échelle...