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Actualités - Opinion

Le point Ouverture iranienne

George W. Bush n’est pas John Kennedy, il s’en faut, pas plus que Mahmoud Ahmadinejad n’est Nikita Khrouchtchev. Et dans cette bien pâle réédition de l’historique crise des missiles de Cuba, le monde risquait d’aller à tout moment droit au mur. D’un côté en effet, il y a un président qui, ayant fait ses preuves dans la malencontreuse guerre d’Irak, rêve depuis d’en effacer le souvenir ; de l’autre, un dirigeant dont l’autorité ne va pas au-delà des rodomontades et des imprécations, écrasé qu’il est par la tutelle du guide suprême. Le face-à-face, après l’échec de la démarche européenne du mois dernier, ne pouvait donc déboucher sur rien de constructif. C’est pourquoi la réaction, dès les premières heures de l’annonce de l’initiative épistolaire de Téhéran, s’est traduite par un universel « ouf » de soulagement – quelque peu prématuré, serait-on tenté de dire. Bombe diplomatique, ainsi que se sont dépêchés de décréter certains, ou pétard mouillé, comme on se plaît à l’affirmer dans certaines chancelleries occidentales, il reste que le geste est sans précédent dans l’histoire des rapports entre les États-Unis et l’Iran depuis la rupture des relations diplomatiques, le 7 avril 1980, consécutive à la crise des otages. Il survient en outre après de longues semaines d’un suspense qui est allé crescendo, tout comme le risque d’une conflagration qui n’aurait pas manqué d’embraser le Moyen-Orient tout entier, peut-être même la planète. Dans cette « ouverture iranienne », comme aux échecs, le calcul est d’une déroutante simplicité. En proposant à l’Administration républicaine « de nouveaux moyens pour sortir de la situation vulnérable existant dans le monde » – la formule est du porte-parole officiel du gouvernement iranien, Gholamhossein Elmam –, il est certain que les mollahs pensent prendre la main, forçant du coup l’adversaire soit à accepter l’offre, et par là la perspective d’un interminable dialogue qui se ramènerait à un double soliloque, soit à rappeler ses exigences passées, superbement ignorées quand elles n’ont pas été rejetées. Il faut dire que, de part et d’autre, le travail de préparation a été soigneusement mené. Début avril, la République islamique annonçait avoir mis au point une nouvelle génération de missiles présentant la double caractéristique d’être « furtifs » (c’est-à-dire indétectables par les radars) et d’une portée leur permettant d’atteindre le cœur d’Israël. Quelques jours plus tard, le Pentagone faisait savoir qu’il allait tester le 2 juin une bombe capable de percer des bunkers enfouis jusqu’à 200 mètres sous terre, dans une évidente allusion aux installations du programme iranien. Il est indéniable que de telles gesticulations ne sauraient impressionner qu’un vulgum pecus enclin à céder à un excès de crédulité. Les stratèges, pour leur part, savent que si « l’équilibre de la terreur » est favorable à la République islamique, l’équilibre militaire, lui, est loin de l’être, mais que, d’un autre côté, les USA n’ont nulle envie d’ouvrir un nouveau front dans une région où, entre l’Irak et l’Afghanistan, ils ont déjà fort à faire. Il y a aussi le fait que pousser trop loin le défi équivaudrait à favoriser une course à l’arme suprême qui en viendrait à englober l’Égypte et même l’Arabie saoudite, deux pays censés aux yeux de Washington faire contrepoids aux visées d’un voisin moins lointain désormais qu’on voudrait le croire. À cela s’ajoute la certitude à Téhéran que Moscou et Pékin sont disposés, en cas de confrontation onusienne, à aller jusqu’au bout, c’est-à-dire à opposer un veto à la guerre ou même à de simples sanctions économiques. À l’époque, la nouvelle avait valu aux médias un démenti formel, encore qu’un peu embarrassé, du porte-parole du département d’État, Sean McCormack. Mais il est prouvé aujourd’hui que Mohammad Nahavandian, principal conseiller pour les questions technologiques et économiques de Ali Larijani, le responsable numéro un du dossier nucléaire iranien, a effectué en Amérique, à partir du 6 avril, un séjour d’une durée indéterminée au cours duquel il a rencontré, le 17 du mois, des émissaires de Stephen Hadley, responsable du Conseil national de sécurité. Les discussions ont porté alors sur le principal objet du litige, mais aussi sur l’Irak ainsi que sur divers points du (très lourd) contentieux entre les deux pays. Par la suite, le dialogue s’est poursuivi quelque part en Europe avec, cette fois, la participation de Hadley. La lettre d’hier serait ainsi l’aboutissement logique d’un lent et minutieux travail de préparation masqué par l’écran de fumée de déclarations belliqueuses ou négationnistes. Auxquelles feraient pendant, en ce début de semaine, « l’extrême prudence » et les démentis cinglants de la capitale fédérale. Autre exemple de prestidigitation diplomatique : comme pour dédouaner son protégé, l’ayatollah Ali Khamenei a fait annuler la décision de la présidence d’autoriser la présence des femmes dans les tribunes des stades. Mahmoud Ahmadinejad, on en viendrait à vous aimer !… Christian MERVILLE
George W. Bush n’est pas John Kennedy, il s’en faut, pas plus que Mahmoud Ahmadinejad n’est Nikita Khrouchtchev. Et dans cette bien pâle réédition de l’historique crise des missiles de Cuba, le monde risquait d’aller à tout moment droit au mur. D’un côté en effet, il y a un président qui, ayant fait ses preuves dans la malencontreuse guerre d’Irak, rêve depuis d’en effacer le souvenir ; de l’autre, un dirigeant dont l’autorité ne va pas au-delà des rodomontades et des imprécations, écrasé qu’il est par la tutelle du guide suprême. Le face-à-face, après l’échec de la démarche européenne du mois dernier, ne pouvait donc déboucher sur rien de constructif. C’est pourquoi la réaction, dès les premières heures de l’annonce de l’initiative épistolaire de Téhéran, s’est traduite par un...