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Actualités - Opinion

EN DENTS DE SCIE Chargé(s) de soumission

Dix-huitième semaine de 2006. Avant de prendre, comme il a accusé le gouvernement de le faire, des positions pompeuses et de jouer au héros surprotéiné volant au secours d’une Syrie qui continue de violenter heure par heure cette souveraineté libanaise pour laquelle il a pourtant presque tout sacrifié, Hassan Nasrallah aurait mieux fait d’envoyer des gens en tournée d’inspection sur le terrain, à Ersal par exemple ; entendre de la bouche des habitants que le problème des remblais n’est pas provoqué ; comprendre que c’est uniquement par le tapage, comme il dit, que cette affaire et toutes ses semblables peuvent et doivent être réglées. Le problème est que le patron du Hezb semble avoir signé un véritable contrat d’embauche en béton armé et à durée indéterminée avec la Assad’s family. La feuille de route est simple, ahurissante : livrer, fouets et autres martinets en main, ce Liban qui a osé s’émanciper au bon plaisir du très rancunier et très SM régime syrien. Même si cela doit passer par des chemins de traverse on ne peut plus douteux ; c’est-à-dire par des acnés de populisme et de démagogie au service d’un fantasme unique et récurrent : renverser le gouvernement Siniora. Pour cela et pour bien d’autres choses encore, Hassan Nasrallah peut compter sur Michel Aoun, l’autre cosignataire du document de Mar Mikhaïl – un texte qui ne tient tellement pas ses promesses qu’il se révèle finalement n’être qu’une énorme opération marketing, une supercherie politique d’anthologie. Un tandem choc, à moins que l’ultracandidat à la présidence n’ouvre enfin les yeux, ne cesse de parier sur un deal américano-syrien et ne guérisse de cette insensée amnésie qui le frappe depuis son retour en terres libanaises… Pour l’instant, volontairement ou pas, il contribue lui aussi à tirer le Liban, écorché vif pourtant, vers les donjons et autres salles de torture syriens. Ne serait-ce que par son tonitruant silence. Sauf que ce tandem, dans l’absolu, dans le principe, le Liban en a drôlement besoin, au moins pour commencer à imposer, dans son esprit et dans sa lettre, une démocratie pleine et complète. Parce que, indépendamment du point de savoir si la majorité actuelle et le gouvernement en place sont capables de gérer le pays ou s’ils sont dignes de confiance, il est nécessaire, il est indispensable, dans tous les cas, qu’une opposition en bonne et due forme puisse exercer tous ses droits. La réalité, pourtant, est implacable : le tandem Aoun-Nasrallah n’a rien d’une opposition saine. Les raisons sont multiples ; deux d’entre elles sont mortelles. Un : aucun pôle politique ne peut être légitime ou crédible lorsqu’il refuse d’appeler un chat un chat, lorsqu’il occulte les coups de boutoir assénés à l’intégrité et la souveraineté de l’État ; pire, lorsqu’il participe, d’une façon ou d’une autre, à cette mise en danger. Le Liban – on parle ici du Liban, pas de la nation arabe ! – doit faire face aux velléités vampiriques et aux agressions continues de deux pays : Israël et la Syrie. Tous les deux ont occupé, phagocyté, pillé le Liban et s’emploient à poursuivre leur œuvre au noir ; tous les deux ont supplicié des Libanais et continuent de laisser croupir dans leurs cellules crasses des dizaines d’entre eux ; tous les deux s’étranglent à la seule idée d’un Liban libre, souverain, puissant, et économiquement conquérant… Rien ne changera avant que Hassan Nasrallah et Michel Aoun ne comprennent, n’acceptent et ne disent que le Liban doit combattre aujourd’hui et jusqu’à preuve du contraire deux malveillances : celle d’Israël d’abord, mais aussi celle de la Syrie. Et qu’il est inutile de s’enferrer dans la stérile théorie de l’œuf et de la poule : il est impossible de normaliser les relations avec Damas avant un tracé des frontières et une ouverture d’ambassades. Deux : aucune fraction ne peut être crédible ou légitime si elle s’obstine à avorter les volontés, plus ou moins concrètes, de réforme sans au moins en suggérer d’autres. Si n’importe qui me propose quelque chose de plus efficace que ce sur quoi nous travaillons, je jette mon programme à la poubelle. Fouad Siniora dixit. Au lieu de le prendre au mot et d’agir, de proposer, les aounistes multiplient les slogans creux et l’opposition stérile et gratuite, et le Hezbollah le travail de sape, à pratiquement tous les niveaux ; comme s’ils faisaient tout pour gonfler encore davantage la dette publique puis se pavaner sur des ruines. C’est criminel, et un peu sot, d’autant que la majorité, encore plus sotte, n’a pratiquement rien fait à ce niveau-là. Le comble, c’est qu’elle est en train de tuer dans l’œuf sa seule bonne idée pour l’instant : le contrat d’embauche, qui viendrait remplacer l’éternel poste administratif que l’on se transmet de père en fils ou de mère en fille, jusqu’à la fin des temps. Et que Saad Hariri s’y soit opposé juste pour court-circuiter le tandem Aoun-Nasrallah n’y change rien : l’immense majorité des fonctionnaires surnuméraires sont des partisans d’Amal et du Hezbollah, toutes confessions confondues. À ce rythme, Beyrouth I verra le jour dans trente ans. À ce rythme, il n’en faudrait pas beaucoup pour que cette conférence se tienne à Damas. Ziyad MAKHOUL
Dix-huitième semaine de 2006.
Avant de prendre, comme il a accusé le gouvernement de le faire, des positions pompeuses et de jouer au héros surprotéiné volant au secours d’une Syrie qui continue de violenter heure par heure cette souveraineté libanaise pour laquelle il a pourtant presque tout sacrifié, Hassan Nasrallah aurait mieux fait d’envoyer des gens en tournée d’inspection sur le terrain, à Ersal par exemple ; entendre de la bouche des habitants que le problème des remblais n’est pas provoqué ; comprendre que c’est uniquement par le tapage, comme il dit, que cette affaire et toutes ses semblables peuvent et doivent être réglées.
Le problème est que le patron du Hezb semble avoir signé un véritable contrat d’embauche en béton armé et à durée indéterminée avec la Assad’s family. La feuille de...