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Actualités - Opinion

L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB Mythes sans frontières

Combien de résolutions de l’ONU faudra-t-il encore pour assurer la mise en application de résolutions antérieures, pour que la Syrie se résigne enfin à l’idée d’un Liban effectivement indépendant et souverain ? Réponse : il faudra ce qu’il faudra ; mais en attendant, ces textes onusiens c’est tout pain bénit pour un petit pays tel que le nôtre, en butte aux ambitions même pas déguisées de ses voisins. On se souvient avec quel dédain Damas avait accueilli la désormais célébrissime 1559, qui réclamait le départ des troupes syriennes du Liban : dérisoire, avait commenté le ministre des AE de l’époque Farouk el-Chareh qui, pour son extraordinaire perspicacité, s’est vu offrir dernièrement la charge de vice-président. C’est la même obstination qui continue de guider le comportement d’un régime baassiste viscéralement incapable, semble-t-il, de prendre acte de la réalité libanaise. Non moins décisif que la 1559, pourtant, pourrait s’avérer le texte qui fait actuellement l’objet de concertations entre les membres du Conseil de sécurité : décisif en effet parce que pour la première fois de manière aussi directe et précise – pour la première fois en fait depuis la fin de la Première Guerre mondiale –, il va vraisemblablement être question de nos frontières, et cela au plus haut échelon des instances internationales. Issu des accords Sykes-Picot de 1916, de l’effondrement de l’Empire ottoman, puis du mandat français sur cette partie du Levant, l’État du Grand Liban proclamé en 1920 sur le perron de la Résidence des Pins n’a jamais été amputé d’une quelconque entité politique syrienne préexistante, même s’il a toujours fait partie d’une aire géographique s’étendant jusqu’à la Mésopotamie, la Palestine et l’Arabie. Tout ce qui avait existé depuis 1860, rappelle l’éminent historien Kamal Salibi (*), était un moutasarrifat du Mont-Liban et un vilayet de Syrie incluant les quatre cazas de la Békaa : lesquels furent donc retirés à l’ancien vilayet plutôt qu’à une nation-État de Syrie pour être ajoutés au Grand Liban. Mieux encore, les autres territoires rattachés au moutasarrifat libanais pour créer le Grand Liban furent pris non au vilayet de Syrie mais, divin détail, au vilayet… de Beyrouth. Quoi qu’il en soit, et loin de toute discussion byzantine sur le sujet, il suffit d’observer l’existence, aujourd’hui, d’un État libanais et surtout d’un peuple s’identifiant clairement lui-même, malgré ses divisions, comme libanais. Or, si la Syrie a enterré son litige avec la puissante Turquie sur le sandjak d’Alexandrette, si elle semble avoir désespéré d’intégrer Jordaniens et Palestiniens, elle ne s’est jamais départie de son rêve libanais. C’est particulièrement le cas du régime baassiste qui, davantage que tous les autres gouvernements syriens réunis, n’a cessé depuis les années 70 de nourrir cette chimère à l’aide d’énormes investissements politiques, militaires et humains. Arrêter les frais ce serait dès lors, pour les dirigeants de Damas, un monumental – un suicidaire ? – constat de faillite. La solution ne saurait résider pour autant dans une interminable fuite en avant. Prisonnière de son dilemme, la Syrie continue imperturbablement de commettre erreur sur erreur. Elle n’accepte un jour une démarcation de sa frontière avec le Liban que pour se dédire le jour suivant, et il en va de même pour l’instauration de relations diplomatiques entre les deux pays. Elle croit s’être assuré un acompte en nature en érigeant des remblais loin à l’intérieur du territoire libanais, et ne fait en réalité que s’enferrer dans l’illégalité. Elle croit prendre les devants en accusant l’envoyé de l’ONU Terjé Roed-Larsen d’outrepasser sa mission quand il parle de frontières et d’échanges d’ambassades ; et c’est une résolution onusienne en règle qui risque bien maintenant de lui signifier, noir sur blanc, qu’un tracé définitif et irréversible des frontières, de même que l’établissement de relations diplomatiques avec Beyrouth, découle logiquement, naturellement, indiscutablement d’une mise en application de la 1559. Qui chérit son erreur ne la veut pas connaître, écrivait Corneille. Chérissons-la donc avec eux, c’est là en définitive un précieux allié. (*) « Une maison aux nombreuses demeures ; l’identité libanaise dans le creuset de l’histoire » édition française Naufal – Paris.

Combien de résolutions de l’ONU faudra-t-il encore pour assurer la mise en application de résolutions antérieures, pour que la Syrie se résigne enfin à l’idée d’un Liban effectivement indépendant et souverain ? Réponse : il faudra ce qu’il faudra ; mais en attendant, ces textes onusiens c’est tout pain bénit pour un petit pays tel que le nôtre, en butte aux ambitions même pas déguisées de ses voisins.
On se souvient avec quel dédain Damas avait accueilli la désormais célébrissime 1559, qui réclamait le départ des troupes syriennes du Liban : dérisoire, avait commenté le ministre des AE de l’époque Farouk el-Chareh qui, pour son extraordinaire perspicacité, s’est vu offrir dernièrement la charge de vice-président. C’est la même obstination qui continue de guider le comportement d’un régime...