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Actualités - Opinion

EN DENTS DE SCIE Un peu de lait ? Du sucre ?

Enfin ! Enfin quelque chose de concret, de positif, d’encourageant ! Enfin une preuve irréfutable, une preuve par 14, que ceux qui se sont répandus, dans les salons, dans les rues, dans ces mêmes colonnes, sur la totale inaptitude des chefs libanais à prendre en main les affaires d’un pays libre et libéré, se sont lancés trop vite dans de méchantes, d’injustes accusations ; dans d’inacceptables procès d’intentions. Nous n’avons rien compris, et la séance du dialogue national du 28 a claqué sur nos joues honteuses comme une infinie salve de gifles, laissant à vie les traces impossibles à maquiller de nos immenses remords. Donc, pardon. Mille fois pardon. Les 14 hommes se sont révélés – certes un peu tard, mais mieux vaut tard que jamais, n’est-ce pas… – être tous de vrais, de grands, de surprenants hommes d’État. Pas du tout dans la vulgaire acception du terme, pas du tout comme ces rares autres qui, aux quatre coins de la planète, ont su, à un moment ou un autre de l’histoire de leurs nations respectives, prendre les décisions qu’il fallait, faire les sacrifices qu’il fallait, briller par leur audace, leur courage, leur sens hallucinant des responsabilités. Pas du tout. Les 14 héros de l’an 06 ont décidé de placer la barre (bien) plus haut. Et ils ont réussi : ils ont, en fait, administré une insensée leçon de politique à leurs homologues dans le monde ; ils ont donné l’exemple, ravalant leurs rancunes, mettant leur fierté au vestiaire, oubliant leurs intérêts personnels, exhibant des talents dont personne ne soupçonnait l’existence. Ce qu’ils ont fait ? Les 14 ont étalé, même à huis clos cela reste impressionnant, une courtoisie, une politesse, un tact et une affabilité sans équivalent. Ils sont ultra-urbains ; ils sont prévenants, les 14. De véritables modèles de savoir-vivre, à côté desquels la baronne de Rothschild ferait figure de souillon insortable, de plouc totale – la pauvre… Très cher Monsieur le Premier ministre, nous ne savions pas que vous aviez besoin d’aide pour convaincre la Syrie de contribuer à appliquer les décisions que nous avions prises ; mais nous sommes tout à fait prêts à vous aider… C’est émouvant. Très cher Monsieur le chef du Courant du futur (ou Très cher Monsieur le chef du Courant patriotique libre), ce n’était certes pas bien ce que nous avions fait, il faudrait penser à ne plus abreuver nos compatriotes avec nos insultes – oh, votre cravate est magnifique, c’est une Hermès ? C’est héroïque. Très cher sayyed secrétaire général du Hezbollah, la nuance que vous soulevâtes entre délimitation et tracé était fort à propos, très judicieuse, alors permettez-moi de vous expliquer la différence, et posez donc toutes les questions que vous voulez, rien n’est plus important que la maîtrise de la linguistique. C’est délicieux. Si vous le désirez, je peux vous présenter mon concierge maronite, il ferait un excellent chef d’État. C’est beau. Et force est de reconnaître que la palme de l’amabilité a été remportée haut la main par le divin duo Berry/Nasrallah : Messieurs, si nous prenions rendez-vous auprès de Son Excellence le président de la République et lui soumettions une liste de noms afin qu’il puisse choisir lui-même son successeur ? C’est énorme. Plus encore : les 14 se sont avérés être tellement bien élevés, tellement prévenants, encore une fois tellement polis, galants même, qu’ils ont décidé qu’il valait mieux ne rien faire du tout et attendre les autres plutôt que de les brusquer. Ils attendront ainsi, avant que de s’occuper de la résurrection du Liban : le rapport Brammertz ; l’évolution des relations américano-iraniennes ; américano-syriennes ; irano-syriennes même, parce que Damas ne comprend toujours pas pourquoi Téhéran ne lui a pas donné un pouce d’influence en Irak et a tellement peur d’un deal Yankees/Persans dont il ferait les frais. Les 14 attendent un mot d’ordre, dût-il venir de la Lune ; un match de golf gagné pour Bush ; la victoire du club de football d’Ispahan ; un raz-de-marée en Suisse ; ils attendent, les 14 géants. Tant de délicatesse les honore, les grandit. Surtout qu’ils ont su faire montre, aussi, et l’on ne relèvera jamais assez leur générosité, d’un altruisme sidérant. Ils ont eu la gentillesse de permettre encore à Émile Lahoud de continuer, comme il l’a fait hier, à s’enquérir auprès des présidents de municipalité (Broummana, Tarchich, etc.) de l’état de leurs communes ; et comme il l’a toujours fait, de continuer à converser tranquillement, chaque deux jours, avec Wi’am Wahhab, Émile Rahmé ou même le président biélorusse. Si c’est pas cool ça… Et comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, les 14 ont décidé de se retrouver le 16 mai. C’est du stakhanovisme. Ziyad MAKHOUL

Enfin ! Enfin quelque chose de concret, de positif, d’encourageant ! Enfin une preuve irréfutable, une preuve par 14, que ceux qui se sont répandus, dans les salons, dans les rues, dans ces mêmes colonnes, sur la totale inaptitude des chefs libanais à prendre en main les affaires d’un pays libre et libéré, se sont lancés trop vite dans de méchantes, d’injustes accusations ; dans d’inacceptables procès d’intentions. Nous n’avons rien compris, et la séance du dialogue national du 28 a claqué sur nos joues honteuses comme une infinie salve de gifles, laissant à vie les traces impossibles à maquiller de nos immenses remords.
Donc, pardon. Mille fois pardon.
Les 14 hommes se sont révélés – certes un peu tard, mais mieux vaut tard que jamais, n’est-ce pas… – être tous de vrais, de grands, de surprenants...