Elles étaient supposées être à bout de souffle, ruinées, coulées et isolées. Mais voilà que les développements régionaux et internationaux soufflent un vent frais, combien nécessaire, sur les forces du 14 Mars. Elles étaient accusées de soutenir, par leurs erreurs cumulées, le maintien d’Émile Lahoud à la présidence et de saboter les acquis de la table de dialogue. Mais cette phase est révolue. Certains ont reconnu leurs erreurs. D’autres ont tenté de rectifier le tir. Une page est tournée.
Des ténors du 14 Mars estiment que le voyage à Washington a eu le mérite de montrer un pouvoir libanais unifié. La délégation libanaise, rassemblée sous la houlette de Fouad Siniora, ne réunissait-elle pas des représentants du 14 Mars, du 8 Mars et un proche du chef de l’État ? En un mot, à l’heure où des réunions se tenaient à Washington, les composantes du 14 Mars, à Beyrouth, reprenaient des forces. George Bush n’a-t-il pas rappelé, pour la énième fois, que son pays soutient le Liban, sur toute la ligne, démentant au passage les allégations sur un quelconque « deal », qui se conclurait dans le dos du Liban ? Ce même Bush n’a-t-il pas redit le soutien des États-Unis aux acquis du dialogue ?
Alors que Washington recevait la délégation Siniora, Ryad accordait tous les soins à l’équipe menée par Walid Joumblatt, qui réunissait les ministres Marwan Hamadé, Nehmé Tohmé et Ghazi Aridi. Sur ce tableau aussi, des points – positifs – ont été marqués. Le chef de la Rencontre démocratique a pu détailler, pour le roi Abdallah, son point de vue sur ce qui se passe dans l’arène libanaise. Ce n’est que le début. Le député du Chouf est bien parti pour poursuivre une tournée dans plusieurs capitales arabes.
Comme deux bonnes nouvelles n’arrivent jamais seules, en voilà une troisième : le troisième rapport semestriel de Terjé Roed-Larsen sur l’application des clauses restantes de la résolution 1559 est tombé à point nommé. Le diplomate de l’ONU a, en effet, réitéré des exigences chères aux « quatorze-marsistes » : l’échange de représentations diplomatiques entre le Liban et la Syrie, la signature d’un accord sur le tracé des frontières entre les deux pays (secteur des fermes de Chebaa compris), sans revenir sur les autres demandes citées par le mandataire de Kofi Annan, qui ont soulagé le camp du 14 Mars. Pour ajouter un bonus, ledit rapport sera sur la table du Conseil de sécurité le 26 avril, soit deux jours avant la reprise du dialogue. À cet égard, des sources « très haut placées » tablent sur la parution d’une nouvelle résolution du Conseil de sécurité, qui apporterait une eau fraîche au moulin du 14 Mars.
En marge des visites de Ryad et de Washington, Serge Brammertz compte lui aussi partir en voyage… à Damas, avant la fin avril. Le juge mandaté par l’ONU pour poursuivre l’enquête sur l’assassinat de Rafic Hariri refuse d’entreprendre une visite protocolaire en Syrie, à en croire des sources politiques dignes de foi. Pour les besoins de l’enquête, le magistrat belge compte écouter le président syrien Bachar el-Assad, le vice-président Farouk el-Chareh, entre autres grands bonnets du régime baassiste. Aux dernières nouvelles, le chef de la commission d’enquête aurait, récemment, mené des discussions à New York, après avoir dépêché à Damas, il y a deux semaines, une délégation d’enquêteurs qui aurait rencontré plusieurs responsables syriens.
Ces éléments, réunis, mettent le vent en poupe du navire du 14 Mars, quelques jours avant le 28 avril, lorsque les quatorze ténors de la politique locale se retrouveront pour débattre, une dernière fois, du dossier de la présidentielle. Des participants au conclave se mettent déjà en contact avec le président de la Chambre, Nabih Berry, pour savoir quel avenir attend le dialogue. Car tout laisse penser qu’une éventuelle entente autour du dossier de la présidentielle est très peu probable. En d’autres termes, Émile Lahoud a de fortes chances de demeurer à Baabda.
Une source proche de Nabih Berry assure que le dialogue pourrait s’arrêter le 28 avril, quelle que soit la conclusion du débat sur la présidentielle. En revanche, une commission spéciale serait formée. Elle réunira des militaires et des politiques (dont Nabih Berry en personne) pour établir une stratégie de défense. Cette stratégie repose sur des postulats désormais connus : la résolution du problème des bases palestiniennes en dehors des camps, l’établissement de relations diplomatiques entre le Liban et la Syrie, l’unanimité autour de la « libanité » des fermes de Chebaa et le maintien de la résistance armée du Hezbollah.
Michel Aoun considère, pour sa part, que le dialogue se termine effectivement le 28 avril. Passé cette date, un gouvernement d’union nationale, réunissant les ténors, devrait être formé. Cet avis n’est pas partagé par tous. D’autres préfèrent, en revanche, que le dialogue national « s’institutionnalise », pour surveiller les acquis des discussions.
Pour rattraper le temps perdu, les quatorze ténors, dont ceux du 14 Mars, tentent de profiter du soutien, régional et international, au Liban, afin de préserver les acquis et d’éviter toute détérioration. Quel est, autrement, le signe avant-coureur de la nouvelle entente à venir ? Le ministre des Forces libanaises, Joe Sarkis, pourrait assister de nouveau au Conseil des ministres, dans le cas d’une entente autour de la cohabitation entre le président Émile Lahoud et la majorité.
Philippe ABI AKL
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Des ténors du 14 Mars estiment que le voyage à Washington a eu le mérite de montrer un pouvoir libanais unifié. La délégation libanaise, rassemblée sous la houlette de Fouad Siniora, ne réunissait-elle pas des représentants du 14 Mars, du 8 Mars et un proche du chef de l’État ? En un mot, à l’heure où des...