Peut-on dire que le projet de remplacer le président Émile Lahoud est maintenant abandonné ? Certains préfèrent en effet le maintien de l’intéressé à l’avènement du général Michel Aoun. D’autres craignent que le successeur ne soit une copie conforme du tenant. Il n’est donc pas exclu qu’au 28 avril, prochain rendez-vous du dialogue national, ce chapitre soit clos.
Localement, internationalement et sur le plan arabe, c’est un orchestre de conseils invitant les participants au dialogue à des concessions mutuelles. S’agissant de la présidentielle, sujet à l’ordre du jour, cela signifie qu’il faut se rabattre sur un candidat de consensus, ou du centre, comme le dit le patriarche Sfeir. Donc pas de président venant des rangs du 14 Mars et encore moins du 8.
C’est la règle du possible qui domine. Elle peut s’assimiler à un pis-aller. On prendrait le meilleur trouvable parmi les moins mauvais. Et l’on se contenterait dès lors d’un changement de confection consensuelle, forcément incomplet ou imparfait, dans tous les domaines. Ce qui limiterait la portée de la devise : un État fort, capable et juste. Devise remplacée par le credo des réalistes : si tu n’as pas ce que tu veux, contente-toi de ce qui s’offre à toi.
Les noms des candidats de compromis ou d’entente qui circulent sont ceux de Michel Eddé, Jean Obeid, Riad Salamé, Charles Rizk, mais il peut encore en apparaître d’autres.
La question qui se pose est de savoir si les forces du 14 Mars vont accepter de jouer le jeu, de renoncer à leurs propres candidats au profit d’un président qui serait admis par le camp du 8 Mars ? Ces deux camps ne risquent-ils pas de connaître des divisions intérieures à l’heure du choix ? Parmi les prosyriens, notamment, il en est beaucoup qui préfèrent le maintien du président Lahoud, qui reste à leurs yeux le meilleur défenseur de la Résistance.
Quant à certains piliers du 14 Mars, soucieux de cohésion et d’être conséquents avec eux-mêmes, ils peuvent refuser de transiger. Car un candidat qui ne serait pas issu de leurs rangs n’accomplirait pas le changement complet qui est requis. Et ne pourrait que gérer une crise persistante, avec les réformes limitées que permettrait le principe du consensus.
Cependant, en campant sur leurs positions, ces piliers favoriseraient en pratique le maintien en poste du président Lahoud. Il faut dès lors voir si cette option est meilleure dans sa finalité qu’un accord avec le 8 Mars sortant le pays politique de sa paralysie.
Il existe donc des divergences de vues sur les choix à faire au sein du 14 Mars. Certains veulent mener bataille, d’autres préfèrent négocier. Pour eux, il est essentiel de larguer le régime actuel, même au prix d’un compromis. D’autres préconisent qu’au lieu de céder, on attende la fin du mandat prorogé. Alors la majorité pourra élire un président à sa guise.
Si, d’ici au 28, ce camp n’a pas réunifié ses vues, il se retrouverait dans une position affaiblie. Et pourrait même sembler, aux yeux de l’opinion, responsable du maintien du statu quo.
Toujours à la pointe, Walid Joumblatt affirme qu’on a laissé passer une occasion en or, en 2005, d’évincer Lahoud. Mais certains, selon lui, ont hésité. Il se dit contre un président de compromis. Précisant que s’il n’y a pas un président dirigeant la majorité, il attendrait pour sa part un an et demi. Samir Geagea, de son côté, relève que le dialogue sur la question n’a pas encore donné de résultats. Sa position serait proche de celle de Joumblatt : laisser Lahoud plutôt qu’accepter un candidat ne représentant pas le 14 Mars. Quant à Saad Hariri et Amine Gemayel, ils ne se sont pas encore prononcés définitivement.
Cependant, l’Égypte, l’Arabie saoudite, les USA et la France semblent désormais convaincus qu’il est difficile de faire élire un candidat du 14 Mars. Et qu’il vaut mieux se mettre en quête d’un président de consensus.
Émile KHOURY
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Peut-on dire que le projet de remplacer le président Émile Lahoud est maintenant abandonné ? Certains préfèrent en effet le maintien de l’intéressé à l’avènement du général Michel Aoun. D’autres craignent que le successeur ne soit une copie conforme du tenant. Il n’est donc pas exclu qu’au 28 avril, prochain rendez-vous du dialogue national, ce chapitre soit clos.
Localement, internationalement et sur le plan arabe, c’est un orchestre de conseils invitant les participants au dialogue à des concessions mutuelles. S’agissant de la présidentielle, sujet à l’ordre du jour, cela signifie qu’il faut se rabattre sur un candidat de consensus, ou du centre, comme le dit le patriarche Sfeir. Donc pas de président venant des rangs du 14 Mars et encore moins du 8.
C’est la règle du possible qui domine. Elle peut...