Les efforts de l’Algérie pour sortir de plusieurs décennies d’isolement économique se traduiront cette année par la privatisation de deux de ses plus grandes entreprises publiques, mais les lourdeurs de la bureaucratie entravent toujours les investissements dans le pays, estiment des analystes.
Le gouvernement compte vendre environ 35 % d’Algérie Télécom et 51 % du Crédit populaire d’Algérie (CPA), deux privatisations qui s’annoncent comme les plus profitables de l’histoire de ce pays producteur de pétrole et membre de l’OPEP.
Des analystes perçoivent ces ventes, qui devraient rapporter respectivement à l’État 3,5 et 1,5 milliards de dollars, comme une preuve de la détermination d’Alger à avancer sur la voie des réformes économiques. Mais, selon eux, l’Algérie a encore beaucoup à faire pour mettre à l’aise les investisseurs étrangers.
« Nous devons avoir une vision globale de ce qu’il faut mettre en œuvre au plan économique pour installer une véritable économie de marché, estime l’économiste Abderahmane Mebtoul. Travailler au cas par cas n’est pas la meilleure manière de privatiser. »
Il déplore par ailleurs que les lourdeurs bureaucratiques entravent encore l’entreprise privée dans le pays. « La bureaucratie est encore un obstacle majeur en Algérie. Elle pourrait gêner les efforts du président Abdelaziz Bouteflika visant à accélérer les réformes », ajoute Mebtoul.
Simplifier les procédures
Selon la Banque mondiale, il faut 14 documents différents pour créer une entreprise en Algérie. Il est ardu, en outre, pour des entreprises étrangères d’acquérir des terrains ou de simples visas.
« Nous devons faciliter la tâche aux investisseurs étrangers. C’est dommage de se dire qu’ils ne viennent pas du fait de lourdes procédures administratives et d’un climat défavorable à l’esprit d’entreprise », avait estimé Bouteflika.
Parmi les entreprises étrangères réputées désireuses d’entrer dans le capital d’Algérie Télécom, on peut citer notamment France Télécom, Telefonica, l’entreprise émiratie Etisalat, Portugal Télécom et Deutsche Telekom, selon une source au sein d’AT.
« Le groupe (France Télécom) va étudier les possibilités de développement dans les pays à fort potentiel de croissance d’une manière prudente et sélective, avait déclaré un porte-parole de France Télécom. On ne peut dire aujourd’hui si Algérie Télécom remplira nos critères d’acquisition. »
Concernant la privatisation du CPA, des responsables de la Société générale et de BNP Paribas se sont rendus à Alger, ces dernières semaines.
« Pour l’Algérie, cela montre que la privatisation avance. Pour les investisseurs, c’est une bonne opportunité à saisir », analyse un expert en économie, Hafid Soualili.
La banque espagnole Santander Central Hispano a été sélectionnée pour préparer la privatisation partielle d’Algérie Télécom, et un appel d’offres international doit être lancé avant la fin de l’année, a déclaré récemment le directeur général d’AT, Ibrahim Ouarets. « Maintenant, nous sommes prêts pour la privatisation. »
Le chiffre d’affaires d’AT a été de 1,7 milliard de dollars en 2005, contre 1,3 milliard au cours de la même période en 2004. L’entreprise compte six millions d’abonnés en téléphonie mobile et 3,2 millions en téléphonie fixe.
Un secteur bancaire obsolète
Signe de son potentiel de croissance, le taux de pénétration du marché par AT est estimé à 45,6 % pour la téléphonie mobile et 9,7 % pour la téléphonie fixe, contre des taux de 100 % dans certains pays européens.
Pour Ouarets, Tunisie Télécom a montré la voie, le mois dernier, avec la vente de 35 % de ses parts à l’entreprise émiratie Tecom-Dig, pour 2,4 milliards de dollars.
« (La privatisation de) Tunisie Télécom a été un succès historique. Nous espérons faire encore mieux, étant donné la taille du marché algérien », a-t-il déclaré aux journalistes.
L’Algérie s’efforce de réformer rapidement un secteur bancaire obsolète en améliorant sa capacité à financer l’investissement et la croissance.
D’importantes restructurations sont nécessaires, le secteur étant en proie à une gestion économique rigide, une bureaucratie lourde, la corruption, un manque de transparence et une tradition encombrante de prêts à des entreprises déficitaires, selon des analystes. Les Algériens ne disposent en outre dans tout le pays que de 1 200 succursales bancaires, soit moins de 40 succursales pour un million de personnes.
Une fois lancée la privatisation du CPA, qui pourrait rapporter 1,5 milliard de dollars, le gouvernement compte entamer celle d’une autre banque, peut-être la Banque de développement local (BDL), a fait savoir récemment le ministre de la Réforme du secteur bancaire, Karim Djoudi.
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Le gouvernement compte vendre environ 35 % d’Algérie Télécom et 51 % du Crédit populaire d’Algérie (CPA), deux privatisations qui s’annoncent comme les plus profitables de l’histoire de ce pays producteur de pétrole et membre de l’OPEP.
Des analystes perçoivent ces ventes, qui devraient rapporter respectivement à l’État 3,5 et 1,5 milliards de dollars, comme une preuve de la détermination d’Alger à avancer sur la voie des réformes économiques. Mais, selon eux, l’Algérie a encore beaucoup à faire pour mettre...