Les responsables économiques de la zone euro se sont efforcés hier d’envoyer des signaux positifs sur les perspectives de croissance et d’emploi des 12 pays de l’Eurogroupe, après une année 2005 difficile.
« De concert avec la Banque centrale et la Commission (européenne), nous nous attendons à ce que la reprise économique se raffermisse davantage », a déclaré à la presse le président de l’Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, à l’issue d’une réunion informelle des ministres des Finances de la zone euro. La croissance du PIB de la zone euro « atteindra au cours du premier semestre 2006 un niveau proche (de son) potentiel », a ajouté le Premier ministre luxembourgeois.
À ses côtés, le président de la Banque centrale européenne (BCE), Jean-Claude Trichet, a confirmé cette prévision.
« Nous pensons que nous allons dans la bonne direction », a renchéri le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires, Joaquin Almunia.
« Nous pensons que la perspective de l’activité économique de la zone euro se présente mieux maintenant qu’il y a quelques mois et que les chiffres faibles de croissance du dernier trimestre 2005 ne seront pas suivis par de mauvais chiffres au premier trimestre de 2006 », a-t-il souligné. La Commission doit présenter ses prévisions de printemps le 8 mai.
Trichet a fait état d’enquêtes montrant « une amélioration très nette de la confiance des investisseurs » et rappelé que le taux de chômage dans la zone euro était en baisse d’un demi-point en février par rapport à l’année précédente.
Le ministre autrichien des Finances, dont le pays assure la présidence de l’Union européenne, avait ouvert le feu hier matin, en estimant que les perspectives macroéconomiques de la zone euro semblaient « tout à fait favorables ». « L’année 2006 est de toute évidence une bonne année européenne, a déclaré Karl-Heinz Grasser. Le cycle économique s’améliore. Nous avons une reprise progressive, ce qui est très bon pour nos économies et notre marché du travail. »
Déséquilibres globaux
Son homologue néerlandais, Gerrit Zalm, avait pour sa part estimé que la croissance du PIB de la zone euro pourrait dépasser 2 % cette année après seulement 1,3 % en 2005.
À l’avant-veille d’une rencontre des 25 « grands argentiers » de l’UE avec leurs 13 homologues d’Asie (ASEM), dimanche à Vienne, Jean-Claude Juncker et Jean-Claude Trichet ont cependant aussi insisté sur les « déséquilibres globaux » qui menacent selon eux l’économie mondiale.
Il s’agit pour l’essentiel des déficits record du budget et du commerce extérieur américains et de leur contrepartie : les excédents record du commerce extérieur des pays asiatiques, Chine en tête, aggravés par des monnaies jugés sous-évaluées par les pays occidentaux.
« Nous restons interpellés par les déséquilibres globaux qui ont eu tendance à se renforcer davantage et dans le mauvais sens », a déclaré Jean-Claude Juncker.
Les Européens ont l’intention de mettre à profit les prochaines réunions du G7 et du FMI pour attirer l’attention de leurs partenaires « sur les soucis que ces déséquilibres globaux ne cessent (d’)inspirer », a ajouté le président de l’Eurogroupe.
Jean-Claude Trichet a estimé que ces « déséquilibres globaux » représentaient un « risque au niveau mondial ».
« Un travail approprié doit se faire au niveau international si nous voulons faciliter l’évolution en bon ordre de l’économie mondiale et surmonter les risques et les déséquilibres qui existent actuellement », a ajouté le président de la BCE.
Il a notamment insisté sur la nécessité « d’avoir une bonne appréciation de certaines monnaies dans la zone asiatique » – un sujet qui ne devrait pas manquer d’être évoqué dimanche.
L’Europe et ses partenaires du G7 n’ont de cesse de demander à Pékin de laisser la monnaie chinoise, le yuan, s’apprécier progressivement face aux autres devises, afin de permettre une concurrence plus juste dans le commerce international.
Ils espèrent qu’un yuan plus fort incitera également d’autres pays asiatiques à laisser leur monnaie s’apprécier.
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