L’intérêt international pour le dossier libanais se maintient. À la lumière de la 1559 et de son suivi, le Liban se trouve en effet placé sous l’ombrelle du Conseil de sécurité de l’ONU. Chaque jour ou presque, Américains, Français, Européens et autres Occidentaux développent des avis, des conseils ou des remontrances adressés notamment à la Syrie.
Mais, en pratique, la communauté internationale fait deux concessions : d’une part, elle laisse du temps aux Libanais pour régler certains points de la 1559, comme le désarmement du Hezbollah. D’autre part, elle cède le pas aux Arabes, Saoudiens et Égyptiens en tête, pour traiter le volet capital des relations libano-syriennes. Car même en regard des questions intérieures comme la présidence, on n’est pas en réalité près de sortir de la crise tant que la Syrie ne met pas de l’eau dans son vin. En effet, malgré les semonces de Bush, Damas garde un rôle important d’acteur sur la scène locale, via ses alliés et leurs alliés.
Dans un premier mouvement, on le sait, la majorité locale avait rejeté les tentatives arabes, considérant qu’elles étaient d’inspiration syrienne. Puis il y a eu évolution et cette majorité a concédé qu’il fallait dissocier la question de la vérité, entendre de l’éventuelle implication syrienne dans les attentats-assassinats, de l’assainissement nécessaire des rapports avec Damas. Par suite de quoi, l’on peut entendre maintenant un Saad Hariri indiquer que le rejet des offres arabes initiales avait été une erreur. Ce qui implique que les nouvelles démarches, encore potentielles, seront bien accueillies. Parallèlement, ou conséquemment, Siniora veut à nouveau visiter la capitale syrienne. Étant cependant entendu que la conciliation arabe doit se fonder sur des constantes comme le respect de la souveraineté libanaise. Donc, porter la Syrie à ne plus s’immiscer dans les affaires intérieures libanaises, condition utile pour promouvoir le dialogue intérieur et le faire progresser. Dans un cadre de respect de la légalité internationale.
Il faut dire que l’Arabie saoudite et l’Égypte ont réussi à obtenir des Américains, qui l’ont d’ailleurs confirmé, qu’il ne faut pas toucher au régime syrien. Une modification de cap qu’attestent les rendez-vous de Feltman, qui n’exclut plus de ses contacts les pôles notoirement prosyriens. Sans aller, évidemment, jusqu’à rendre visite à Baabda. Vu que la présidence fait l’objet du tout premier point de la 1559. Vu, également, que les Libanais conviennent tous maintenant de l’existence d’une crise de pouvoir. C’est-à-dire de la nécessité de régler en premier ce problème de la présidence.
Les forces du 14 Mars poursuivent leur campagne à ce propos. Mais ne parviennent pas à s’entendre avec le camp du 8 Mars, et ses alliés, sur la succession. D’où le blocage actuel.
Il y a quelque temps, rencontrant Hassan Nasrallah, Saad Hariri avait entendu certaines remarques laissant clairement percer un veto contre des candidats issus du 14 Mars. Les rapports entre les deux hommes en ont été affectés et une deuxième rencontre qu’ils devaient avoir avait été annulée. Des amis communs se sont alors interposés et, finalement, ils se sont vus longuement jeudi dernier à Koraytem. Nasrallah a répété que son principal souci est de bien protéger la Résistance. Donc de refuser l’avènement d’un président qui ne serait pas du goût du Hezbollah. L’on est dès lors en quête d’un successeur qui soit admissible par tous et les concertations s’articulent autour de cette perspective. D’où une logique qui exclurait les prétendants engagés auprès du 8 ou du 14 Mars. Un homme de consensus, conseil d’ailleurs donné par les chancelleries. Pour éviter tout climat de défi et conforter la vocation libanaise de coexistence, de compromis. Le tout avec l’appoint d’une approche de normalisation avec la Syrie. Ce à quoi s’emploient activement Égyptiens et Saoudiens.
Un premier point positif a été marqué lorsque croisant Bachar el-Assad à Khartoum, Siniora lui a indiqué son souhait de le rencontrer. Le chef de l’État syrien y a répondu favorablement. Ajoutant qu’il fallait établir un ordre du jour. La participation de Siniora, délégué par la conférence de dialogue, au sommet arabe peut donc contribuer à briser la glace. Avec le soutien de l’Égypte et de l’Arabie saoudite, qui sont prêtes à arrondir les angles entre les deux protagonistes, le Libanais et le Syrien. Le résultat final étant que le traitement resterait en famille arabe.
Le mot d’ordre généralisé est, dès lors, à l’apaisement des tensions, intérieures autant que bilatérales. Les déclarations des majoritaires se trouvent d’ailleurs marquées ces derniers temps par une volonté évidente de détente. Il n’y a plus, comme il y a quelques semaines encore, d’échanges d’accusations acerbes. C’est la trêve médiatique, notamment à l’égard de la Syrie.
Ce retour au calme a été conseillé par des diplomates étrangers. Qui ont contribué à persuader les majoritaires du cru que la Syrie, qu’on le veuille ou non, est un facteur à ne pas négliger, si l’on veut trouver des solutions et sortir de la crise de pouvoir. Et régler la question de la présidence.
Philippe ABI-AKL
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