Les tractations en cours laissent percer des manœuvres obstructionnistes pour empêcher le changement à Baabda. Les forces du 8 Mars posent aux forces du 14 Mars des conditions rédhibitoires. Comme l’exigence que le prochain président soit accepté tout à la fois par le président Lahoud, le général Michel Aoun et par le tandem Amal-Hezbollah. Ce qui signifierait la disqualification de candidats haut de gamme au profit d’émules de second choix, sans envergure. Ou encore que le remplaçant ne serait guère différent politiquement de l’occupant actuel du palais. Cette perspective est destinée à inciter les partisans du changement à préférer finalement eux-mêmes le statu quo, pendant encore dix-neuf mois.
L’alternative se présente donc comme suit : ou bien le maintien de Lahoud, ou un président pratiquement choisi par le 8 Mars. Dans les deux cas, ce que l’on propose au 14 Mars, c’est d’accepter une défaite sévère. Avec comme conséquence probable une dislocation rapide. Un triomphe total pour les prosyriens soutenus par les aounistes. Ce que traduiraient en sièges parlementaires les résultats d’éventuelles législatives anticipées, organisées sur base de nouvelles alliances. Si jamais ce plan devait passer, ce serait évidemment de la faute même du 14 Mars, dont les forces, notamment chrétiennes, ne seraient pas parvenues à s’entendre sur la succession.
Il est essentiel pour le 14 Mars, souligne un ancien responsable, de contrer vite les visées de son vis-à-vis pour éviter au pays de retomber, d’une manière ou d’une autre, sous la tutelle syrienne. À son avis, Bkerké a un rôle primordial à jouer, comme il a toujours su le faire dans les crises aiguës. Le patriarche, estime cette source, devrait renoncer à la règle de non-intervention qu’il s’impose au niveau des noms et désigner un panier de candidats plausibles de premier rang, qui auraient une dimension nationale tout en étant largement approuvés au sein de leur propre collectivité. De la sorte, ajoute cette personnalité, les chrétiens seraient, comme les musulmans, représentés au top par le top. Et les équilibres seraient rétablis au sein du pouvoir.
L’ancien responsable note que jamais les circonstances ne seraient aussi propices pour que l’on fasse arriver à Baabda un membre représentatif de la crème de la communauté maronite. Relevant cependant que l’une des difficultés provient du fait que certains pôles musulmans n’ont pas intérêt à avoir, au sein du pouvoir, un interlocuteur chrétien de poids.
Dans l’histoire, nombre de figures de proue se sont succédé à la présidence de la République libanaise. Les postulants de second rang n’avaient que rarement leur chance. Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Mais il faut rappeler qu’avant Taëf, la présidence, c’était tout ou presque. Pour l’assumer, il fallait une personnalité solide, d’autorité reconnue, à la hauteur. La bataille se résumait à deux candidats inspirant pareillement confiance à l’opinion.
Pour rétablir la tradition, poursuit la source citée, les pôles chrétiens devraient faciliter la tâche de Bkerké dans une sélection du premier rang. Des postulants connus pour leurs qualités et pour leurs positions nationales. S’il est impossible de s’entendre sur un seul nom, rien n’empêche que l’on s’accorde sur une liste, qui serait d’ailleurs forcément restreinte. Le Parlement ferait alors son choix. Autrement, si un candidat de deuxième choix devait être élu, les Libanais, déçus, continueraient à partir.
Reste le rôle extérieur. Il a toujours eu son importance. Mais, sauf pendant la tutelle syrienne, il ne songeait lui-même à soutenir que des candidats de valeur. Comme Béchara el-Khoury, Camille Chamoun ou Fouad Chéhab. Ou d’autres, comme Émile Eddé, Hamid Frangié, Raymond Eddé et Pierre Gemayel. Si aujourd’hui l’extérieur veut aider, il lui faut appuyer des figures assurant l’équilibre dans ce pays composite.
Émile KHOURY
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L’alternative se présente donc comme suit : ou bien le maintien de Lahoud, ou un président pratiquement choisi...