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À court terme, la meilleure approche est de suivre le conseil de M. Wolfensohn, de laisser à la poussière l’occasion de retomber en Palestine, et d’attendre le résultat des élections israéliennes prévues ce mois-ci. Le Hamas souhaite maintenant consolider son avantage politique, maintenir l’ordre public et la stabilité et éviter tout contact avec Israël. Il serait tragique, particulièrement pour les Palestiniens, qu’il ferme les yeux sur le terrorisme ou le favorise.
La colonisation de la Palestine par Israël reste l’obstacle principal à tout accord de paix. Il n’y avait guère plus de quelques centaines de colons dans la bande de Gaza et en Cisjordanie lors de mon accession à la présidence des États-Unis, mais le gouvernement israélien, sous la direction du Likoud, a étendu les installations après mon départ de la présidence. Le président Ronald Reagan a condamné cette politique et réaffirmé que la résolution 242 restait « la pierre angulaire de l’effort de paix américain au Moyen-Orient ». Le président George H. W. Bush a même menacé de réduire l’aide américaine à Israël.
Bien que le président Bill Clinton ait fait des efforts importants pour promouvoir la paix, la colonisation a connu une forte augmentation durant son mandat, portant le nombre de colons à 225 000, sous la responsabilité du Premier ministre Ehud Barak. La meilleure proposition officielle ayant été faite aux Palestiniens concernait le retrait de 20 % des colons, ce qui porte leur nombre à 180 000 dans 209 peuplements couvrant 5 % des territoires occupés.
Ce chiffre de 5 % induit gravement en erreur, du fait des zones périphériques prises ou réservées pour l’expansion, de la jonction du réseau routier des points de peuplement les uns avec les autres et avec Jérusalem, de larges couloirs artériels apportant l’eau, le tout-à-l’égout, l’électricité et les communications. Ce réseau complexe divise la totalité de la Cisjordanie en fragments multiples, souvent inhabitables, voire inaccessibles.
Récemment, les dirigeants israéliens ont pris des décisions unilatérales sans impliquer les États-Unis ni les Palestiniens, leur retrait de la bande de Gaza représentant une première étape dans cette voie. La bande de Gaza, dans son isolement et ses limites actuelles, sans accès à un espace aérien, à la mer, ou à la Cisjordanie, ne représente pas une entité politique et économique viable.
L’avenir de la Cisjordanie paraît tout aussi sombre. La construction qu’a lancée Israël de ces murs de division, massifs et en béton, dans les zones peuplées, et de ces barrières en bois dans les zones rurales, est particulièrement troublante : ils sont entièrement situés en territoire palestinien et représentent souvent d’importants empiètements qui englobent plus de terres et de territoires colonisés. Le mur est conçu pour entourer une Palestine totalement tronquée, et un réseau d’autoroutes distinctes traversera ce qu’il en restera pour relier Israël à la vallée du Jourdain.
Cela ne sera jamais acceptable pour les Palestiniens ou la communauté internationale et amplifiera inévitablement les tensions et les violences en Palestine, ainsi qu’un ressentiment et une animosité plus grands dans le monde arabe à l’encontre de l’Amérique, qui sera tenue responsable du malheur qui frappe les Palestiniens.
Le Premier ministre par intérim, Ehud Olmert, et d’autres que lui ont démontré il y a plusieurs années qu’une occupation israélienne permanente sera toujours plus difficile à réaliser, au fur et à mesure que le nombre de citoyens juifs décroît du point de vue démographique aussi bien en Israël qu’en Palestine. Cela est évident aux yeux de la plupart des Israéliens, qui perçoivent également ce rôle dominant comme une distorsion de leur morale ancestrale et de leurs valeurs religieuses. Au fil des ans, les sondages d’opinion ont constamment apporté la preuve que près de 60 % des Israéliens sont favorables à un retrait de Cisjordanie en contrepartie d’une paix durable. De même, une majorité écrasante d’Israéliens et de Palestiniens souhaitent une solution durable fondée sur deux États.
Les contrôles toujours plus resserrés imposés par les forces d’occupation ont accru le nombre de victimes au cours de ces dernières années. De septembre 2000 à mars 2006, 3 982 Palestiniens et 1 084 Israéliens ont été tués dans ce conflit, et cela comprend de nombreux enfants : 708 enfants palestiniens et 123 enfants israéliens.
Il est indubitable qu’une entente avec les Palestiniens peut créer les conditions d’une reconnaissance d’Israël dans le monde arabe et de son droit à vivre en paix. Toute politique de rejet de la part du Hamas ou de tout groupe terroriste peut être contrée par un engagement général de la part des pays arabes à limiter toute violence supplémentaire et à promouvoir le bien-être du peuple palestinien.
Toutes ces années, j’ai constaté combien le désespoir et la frustration peuvent évoluer vers l’optimisme et le progrès. Aujourd’hui même, nous ne devons pas abandonner l’espoir d’une paix permanente pour les Israéliens, de la liberté et de la justice pour les Palestiniens si l’on peut respecter trois fondements de base :
1. Le droit d’Israël à exister et à vivre en paix doit être reconnu et accepté par les Palestiniens et tous les pays voisins.
2. Le massacre de victimes innocentes dans des attaques-suicide et d’autres actes de violence ne peut pas être toléré.
3. Les Palestiniens doivent pouvoir vivre dans la paix et la dignité et la présence permanente de colonies israéliennes sur leurs terres représente un obstacle important dans la réalisation de ce but.
Jimmy Carter, ancien président des États-Unis, a dirigé les observations menées par le Centre Carter et l’Institut national pour la démocratie lors des élections palestiniennes qui se sont tenues en janvier.
© Project Syndicate et The Council on Foreign Relations, 2006.
Traduit de l’anglais par Catherine Merlen
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