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Actualités - Opinion

LE POINT Au nom du nucléaire

Si George W. Bush a voulu, en entamant hier une tournée de cinq jours à l’étranger, faire oublier ses déconvenues internes et une cote de popularité catastrophique (34 pour cent d’Américains satisfaits de sa politique, soit une chute de 8 points par rapport à un dernier sondage remontant à janvier), alors il a été bien mal inspiré de choisir l’Asie du Sud. L’effervescence qui s’est emparée ces derniers temps du sous-continent atteint un degré inimaginable il y a encore quelques décennies, quand Jawaharlal Nehru dirigeait encore une coalition tiers-mondiste de non-engagés comprenant aussi l’Indonésie d’Ahmad Soekarno, l’Égypte de Gamal Abdel Nasser et le Ghana de Kwame Nkrumah. Les États-Unis et l’Inde ont en commun de caracoler en tête du peloton des plus grandes démocraties du monde. Là s’arrête la comparaison. Le pays du Mahatma compte près d’un milliard d’êtres humains, dont 500 millions de pauvres, et la deuxième population musulmane du monde après celle de l’Indonésie. Son économie croît annuellement au rythme de 8 pour cent, en faisant le contrepoids idéal au Gulliver chinois. D’où la tentation – et pas uniquement pour Washington – de mettre en opposition les deux pays non seulement dans la course aux marchés, mais aussi dans l’éternelle recherche, à l’échelle planétaire, d’un équilibre géostratégique qui jamais ne fut aussi branlant. Sans grand succès, il faut le reconnaître, jusqu’à présent. Plutôt que Bangalore, véritable cœur économique du pays, le chef de l’Exécutif US a choisi, après New Delhi, de se rendre à Hyderabad, capitale de la haute technologie, à majorité musulmane, dans l’espoir d’atténuer quelque peu les effets jugés hautement néfastes de la politique de l’Occident à l’égard du monde islamique en général et des causes arabes en particulier. Sur ce terrain, le ton est donné depuis le début de la semaine : sous l’égide de la Jamiat ulama-i-hind, c’est l’union sacrée avec les communistes et les syndicats, en signe de protestation contre un rapprochement qualifié d’hérésie par ceux, nombreux, qui le jugent peu conforme à la traditionnelle neutralité indienne. On est loin de mars 2000, quand Bill Clinton enthousiasmait les foules et électrisait les membres du Lok Sabha et du Rajya Sabha (les deux Chambres du Parlement réunies pour l’écouter), dont certains n’hésitaient pas à se jucher sur les pupitres pour lui serrer la main, après un discours d’une qualité rarement égalée depuis. Six ans plus tard, pas de discours pour son successeur, mais, plus concrètement, une offre de coopération accrue dans le domaine du nucléaire à des fins pacifiques. Un tel accord, dont une première mouture avait été finalisée dès juillet dernier, ne pourrait être conclu à un plus mauvais moment pour des USA engagés depuis des mois dans une épreuve de force avec l’Iran et qui cherchent à créer un front international d’opposition à son programme atomique. Le modèle indien est mal choisi, s’agissant d’une puissance qui possède depuis 1998 l’arme suprême et qui n’a jamais fait mystère de son refus de signer le Traité de non-prolifération (TNP), se privant du même coup de fournitures de combustible et d’équipements. Comme pour compliquer à loisir une conjoncture passablement trouble, l’ambassadeur US, David Mulford, suggérait, dans une interview accordée le mois dernier à une agence de presse locale, la possibilité d’un « deal » qui verrait s’établir dans ce domaine une forme de coopération entre les deux parties, à charge pour le gouvernement de Manmohan Singh de proclamer son opposition… aux ambitions iraniennes. Il va sans dire que quarante-huit heures plus tard, la chancellerie américaine se dépêchait de dire que les propos du diplomate avaient été mal interprétés. Néanmoins, et comme pour dissiper tout malentendu sur la question, le Premier ministre soulignait lundi devant les parlementaires qu’il ne saurait être question de compromettre la sécurité nationale et qu’il revenait à l’Inde, et à elle seule, de déterminer la nature, civile ou militaire, de ses diverses installations. Son périple, l’hôte de la Maison-Blanche l’a entamé par un arrêt de quelques heures à Kaboul, où il a souligné les progrès en matière de démocratie réalisés sous l’égide de Hamid Karzaï, « une source d’inspiration », a-t-il dit, pour d’autres dirigeants. Lesquels seraient plutôt tentés de chercher ailleurs un modèle à imiter. En fin de semaine, il sera à Islamabad, où le général Pervez Musharraf se trouve engagé sur le triple front du Cachemire (avec l’Inde), de la lutte contre le terrorisme, alors que l’on dit Oussama Ben Laden réfugié dans les zones nord-ouest, enfin de l’engagement sur la voie démocratique. Ce qui fait de lui le vice-champion, après Bush, des moulins à combattre. Christian MERVILLE
Si George W. Bush a voulu, en entamant hier une tournée de cinq jours à l’étranger, faire oublier ses déconvenues internes et une cote de popularité catastrophique (34 pour cent d’Américains satisfaits de sa politique, soit une chute de 8 points par rapport à un dernier sondage remontant à janvier), alors il a été bien mal inspiré de choisir l’Asie du Sud. L’effervescence qui s’est emparée ces derniers temps du sous-continent atteint un degré inimaginable il y a encore quelques décennies, quand Jawaharlal Nehru dirigeait encore une coalition tiers-mondiste de non-engagés comprenant aussi l’Indonésie d’Ahmad Soekarno, l’Égypte de Gamal Abdel Nasser et le Ghana de Kwame Nkrumah.
Les États-Unis et l’Inde ont en commun de caracoler en tête du peloton des plus grandes démocraties du monde. Là...