L’escalade des positions, et des réactions, qui a marqué la commémoration de l’assassinat de Rafic Hariri, risque de compromettre le projet égypto-saoudien de rabibochage entre le Liban et la Syrie. Paradoxalement, cette tension devrait rendre la démarche attendue encore plus nécessaire. Du moins du point de vue des médiateurs en puissance. Mais il leur faudra sans doute attendre, en prodiguant des conseils d’apaisement, que la pression-vapeur retombe un peu. En effet, en l’état actuel des choses, les chances qu’ils soient entendus par les protagonistes des deux bords semblent à peu près nulles.
Cependant un diplomate arabe pense que l’aggravation du contentieux n’est que verbale. Répétant qu’elle doit même stimuler l’approche des médiateurs en puissance. Il reconnaît cependant que la navette annoncée du chef des SR égyptiens, le général Omar Sleimane, entre Beyrouth et Damas n’interviendrait qu’après des préparatifs, par contacts intensifiés, susceptibles d’améliorer le climat relationnel ambiant. Selon ce diplomate, les informations qui avaient fait état d’un ajournement de cette démarche n’étaient pas fondées. Pour la bonne raison que la décision d’intervention n’avait pas été prise, et que, partant, aucune date n’avait été envisagée. Il précise que l’Égypte se focalisait ces dernières semaines d’abord sur les législatives palestiniennes puis sur la victoire du Hamas. Pour Le Caire, le dossier palestinien reste une préoccupation, une priorité majeures. Donc, d’après ce diplomate arabe, l’on avait tout simplement mis le traitement du cas libano-syrien sur l’étagère. Mais en maintenant quand même le contact avec l’Arabie saoudite dans un premier but commun : faire cesser la guerre médiatique entre la majorité libanaise et le régime syrien.
D’après cette même source, il est probable que l’Égypte ne bouge pas avant d’avoir eu le loisir de discuter avec le nouveau gouvernement palestinien. Notamment du volet de l’armement palestinien hors des camps, au Liban. Car, comme on le sait, c’est là un des points de friction entre Beyrouth et Damas, qui contrôle, en fait, les organisations détenant cet armement dans des bases hors des camps. Et qui les alimente.
Quoi qu’il en soit, le président du Conseil, Fouad Siniora, dont la ligne est pour ainsi dire centriste-modérée, se retrouve dans une position assez inconfortable, à cause des attaques virulentes lancées par nombre d’orateurs, place de la Liberté, attaques qui exacerbent les différents clivages locaux.
Le chef du gouvernement ne veut cependant pas se laisser brider par cette donne. Il pense qu’il doit poursuivre son action officielle, contre vents et marées, pour éviter tout préjudice public. Il maintient donc son agenda initial. Il a de la sorte visité l’Arabie saoudite puis l’Italie et le Vatican, en quête de viatiques politiques et de soutiens accentués en vue de Beyrouth I.
De son côté, le président Nabih Berry ne se laisse pas freiner, dans son entreprise d’initier un dialogue national, par la nouvelle vague d’hostilités politiques sur la scène libanaise. Il espère qu’une sorte de table ronde sera bientôt organisée pour discuter de tous les sujets qui fâchent, notamment l’armement de la Résistance et le sort du régime, afin de parvenir à un arrangement général de manière à consacrer le principe du consensus démocratique. Car, à son avis, la majorité ne devrait pas imposer par vote des décisions essentielles à la minorité, pour que le pays ne se retrouve pas gravement déchiré.
Toujours est-il que les cercles politiques se demandent, avec appréhension, si après les relances de ces derniers jours, le point de rupture définitive n’est pas atteint. Ils craignent que le durcissement ne coupe la voie tant au dialogue intérieur qu’à l’initiative potentielle égypto-saoudienne et que les divisions au sein du pouvoir ne fassent voler en éclats le cabinet. À ce propos, certains ministres demandent que le gouvernement prenne position, dans une déclaration, au sujet des atteintes aux présidents Lahoud et Assad. Tandis que d’autres, bien évidemment, s’y opposent.
Émile KHOURY
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats L’escalade des positions, et des réactions, qui a marqué la commémoration de l’assassinat de Rafic Hariri, risque de compromettre le projet égypto-saoudien de rabibochage entre le Liban et la Syrie. Paradoxalement, cette tension devrait rendre la démarche attendue encore plus nécessaire. Du moins du point de vue des médiateurs en puissance. Mais il leur faudra sans doute attendre, en prodiguant des conseils d’apaisement, que la pression-vapeur retombe un peu. En effet, en l’état actuel des choses, les chances qu’ils soient entendus par les protagonistes des deux bords semblent à peu près nulles.
Cependant un diplomate arabe pense que l’aggravation du contentieux n’est que verbale. Répétant qu’elle doit même stimuler l’approche des médiateurs en puissance. Il reconnaît cependant que la navette annoncée...