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Actualités - Opinion

Démocratie (re)naissante

Ce qui est beau, dans une démocratie renaissante comme la nôtre, c’est qu’on y vit en permanence le cœur sur la main, à un coup de feu du chaos. C’est palpitant. Pour s’en sortir, il faut une inventivité de chaque instant. On a vu, par exemple, la démocratie du nombre corriger les dysfonctionnements de la démocratie consensuelle. Ce bond en avant, coup de génie du Premier ministre Fouad Siniora, a coûté six semaines de paralysie partielle, mais enfin cette espèce de correction de la démocratie par la démocratie a fini par réussir. La règle de l’unanimité n’a pu empêcher l’Exécutif de paralyser le judiciaire, ni le progrès de l’enquête, vital pour l’avenir du Liban. Le tribunal à caractère international, complément indispensable à l’enquête internationale sur l’assassinat de Rafic Hariri, a été mis en route. L’entorse à la démocratie consensuelle a été justifiée par la raison d’État et rendue possible par la démocratie du nombre. Autre exemple : le Conseil supérieur de la magistrature. Là, on peut voir le Législatif corriger un dysfonctionnement de l’Exécutif, au profit du judiciaire. Au risque d’être accusé de faire obstruction à la justice, le chef de l’État refuse de céder sur le principe de la nomination des cinq membres manquants du CSM, estimant que l’un de ces cinq membres doit être nommé d’office, n’étant pas encore parvenu à la moitié de son mandat. Qu’à cela ne tienne, pour contourner cet obstacle, la majorité parlementaire a voté une loi modifiant la règle de nomination des membres qui, pour une fois, seront nommés par la Chambre. Auquel des deux principes faut-il donner la priorité ? Celui de la souveraineté du Parlement ou de la séparation des pouvoirs ? Le Parlement a tranché. Y a-t-il un recours ? Pas pour le moment. Dans les démocraties parlementaires, c’est le Conseil constitutionnel qui corrige les dérives autocratiques du pouvoir politique. Or, pour le moment, non seulement ce garde-fou n’existe pas, mais c’est la passerelle tout entière qui est absente, puisque le Conseil constitutionnel est paralysé par les tensions politiques. Alors que nous sommes à quelques semaines d’un scrutin législatif et que des pourvois en invalidation dorment dans les tiroirs, sans personne pour les vérifier. Voilà comment la démocratie naissante au Liban présente de passionnants cas d’école, et parfois de véritables pathologies, qu’il appartient aux Libanais de soigner, avec leur génie de la débrouille combiné à un autre génie, plus rationnel, qui a fait de Beyrouth, un jour, la « Mère des lois » . Mais qui risque aussi, aujourd’hui, d’en faire la marâtre. Fady NOUN
Ce qui est beau, dans une démocratie renaissante comme la nôtre, c’est qu’on y vit en permanence le cœur sur la main, à un coup de feu du chaos. C’est palpitant. Pour s’en sortir, il faut une inventivité de chaque instant.
On a vu, par exemple, la démocratie du nombre corriger les dysfonctionnements de la démocratie consensuelle. Ce bond en avant, coup de génie du Premier ministre Fouad Siniora, a coûté six semaines de paralysie partielle, mais enfin cette espèce de correction de la démocratie par la démocratie a fini par réussir. La règle de l’unanimité n’a pu empêcher l’Exécutif de paralyser le judiciaire, ni le progrès de l’enquête, vital pour l’avenir du Liban. Le tribunal à caractère international, complément indispensable à l’enquête internationale sur l’assassinat de Rafic Hariri,...