Patrick Saint-Paul
Connu pour ses attentats-suicide meurtriers en Israël, le Hamas s’est offert un lifting. Le mouvement islamiste radical, qui veut convertir sa popularité sans précédent en responsabilité politique, est entré dans une logique de conquête du pouvoir. Pour sa première participation à un scrutin législatif, le Hamas a choisi d’adoucir son image. Mais, s’il veut s’intégrer pleinement dans le système politique palestinien, le Mouvement de la résistance islamique, selon son nom officiel, devra parachever sa mue, de mouvement armé en parti respectant le jeu démocratique.
Le Hamas avait boycotté les premières élections parlementaires palestiniennes en 1996, sous prétexte qu’elles étaient le fruit des accords d’autonomie d’Oslo, qui abandonnaient, selon le Hamas, « des terres islamiques à l’ennemi ». Depuis, le mouvement est peu à peu monté sur la scène politique en exploitant son réseau d’associations caritatives et en palliant les insuffisances de l’Autorité palestinienne, rongée par la corruption.
L’essor de la branche pragmatique
Responsable de dizaines d’attentats-suicide en Israël et de nombreuses attaques contre des soldats et des civils israéliens, le mouvement est devenu, durant la seconde intifada, la cible privilégiée d’Israël. L’État hébreu, qui avait encouragé l’émergence du Hamas en 1987 pour contrer l’influence du Fateh de Yasser Arafat, a décapité la direction du mouvement ces cinq dernières années, assassinant notamment son chef spirituel, Cheikh Ahmed Yassine, et son principal dirigeant politique, Abdelaziz Rantissi.
Cependant, sous l’influence des nombreux prisonniers du mouvement, dont beaucoup d’intellectuels, la branche pragmatique a pris le pas sur la direction extérieure basée à Damas, plus radicale. Il y a un an, le Hamas s’est engagé à respecter une trêve dans les attaques anti-israéliennes, pour permettre le retrait de la bande de Gaza. Il a ensuite annoncé sa participation aux élections législatives. Le mouvement a compris que sa stratégie de violence à outrance était incompatible avec l’intégration dans le jeu politique.
Dans un entretien au Figaro, Ismaël Haniyeh, tête de liste du Hamas aux législatives, explique que le mouvement a décidé de participer au scrutin parce que « les Israéliens ont enterré les accords d’Oslo en réoccupant la Cisjordanie ». « Ces élections sont le fruit de la nouvelle réalité créée par l’intifada », dit-il. Le programme du Hamas stipule que le Hamas a choisi de contribuer à « l’établissement d’un État indépendant dont la capitale est Jérusalem ». Haniyeh précise que la « voie politique est désormais prioritaire ». Mais le Hamas n’a pas choisi de déposer les armes. « Les Palestiniens auront le droit de lutter par tous les moyens, y compris la résistance armée, tant que leur terre sera occupée », dit Haniyeh. Encourageant cette redistribution des priorités, le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, et la communauté internationale tentent d’exercer des pressions sur le Hamas pour qu’il reconnaisse le droit d’exister d’Israël et mette fin à la violence. Le mouvement est censé respecter ces conditions pour faire partie du prochain gouvernement.
« Pour le Hamas, la fin de l’occupation est la base de la création d’un État, mais, en même temps, le Hamas n’est pas prêt à reconnaître le droit d’exister d’Israël, analyse Ghazi Hamad, candidat du mouvement dans la bande de Gaza. Nous ne pouvons pas abandonner notre droit à la lutte armée, parce que notre territoire est occupé en Cisjordanie et à Gaza. C’est le territoire que nous nous battons pour libérer. » Ainsi, le Hamas a effacé de son programme électoral son appel à la destruction d’Israël, toujours inclus dans sa charte de 1988. Le mouvement de la résistance islamique se rapproche ainsi des positions du Fateh.
Pas de barbe rousse
Le Hamas a aussi embauché des experts en communication pour adoucir son image, notamment en Europe et aux États-Unis, où il est considéré comme une organisation terroriste. Les experts ont fait au mouvement les recommandations suivantes, selon Nashat Aqtash, professeur à l’université de Bir Zeit et conseiller du Hamas en communication :
– « Ne dites pas que vous êtes contre les Israéliens parce qu’ils sont juifs. »
– « Ne parlez pas de détruire Israël. »
– « Parlez au contraire de la souffrance du peuple palestinien. »
– « Ne fêtez pas la mort d’Israéliens dans des attentats. »
– « Changez de couleur de barbe si celle-ci est rousse. »
En affichant le large sourire désormais de rigueur au Hamas, Ismaël Haniyeh explique donc : « Nous ne voulons pas jeter les juifs à la mer. Ni les donner à manger aux requins. Nous ne combattons pas les juifs d’Israël parce qu’ils sont juifs, mais parce qu’ils occupent notre terre et parce qu’ils ont transformé notre nation en un peuple de sans-abri. »
Haniyeh exclut pour l’instant toute négociation avec Israël. « Nous n’avons jamais rien obtenu à travers la négociation, explique-t-il. La trêve avec Israël était conditionnée. Israël ne l’a pas respectée. Le problème vient des Israéliens, qui continuent de nous traquer et refusent de relâcher nos prisonniers. » Mais il reconnaît pourtant que les contacts entre les municipalités gérées par le Hamas et Israël en Cisjordanie sont indispensables.
« Dans la vie de tous les jours, nous sommes bien obligés de traiter avec Israël pour régler des problèmes techniques, parce que nous vivons sous occupation, concède-t-il. Mais nous ne reconnaîtrons jamais la légalité de l’occupation. »
Un quart des candidats du Hamas sont en prison, ce qui a conforté la popularité du mouvement auprès des électeurs palestiniens. D’après les sondages, le mouvement devrait devenir la seconde formation au Conseil législatif palestinien (Parlement). La plupart des analystes estiment qu’il sera difficile au Hamas de revenir en arrière pour mener une campagne d’attentats intense. Le mouvement se dit prêt à « participer au gouvernement si tel est le souhait des Palestiniens », affirme Haniyeh. Mais ira-t-il au bout de sa mue ?
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