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Actualités - Opinion

LE POINT Du cauchemar au rêve

L. Paul Bremer III (lire « the third », c’est-à-dire le troisième du nom). Cela ne vous dit rien ? Mais si, voyons : une année durant, il fut l’administrateur civil de l’Irak dans la foulée de l’invasion. Sur cette expérience, il vient de publier un livre qui a fait grand bruit aux États-Unis. Car ce qu’il dit – après l’aveu quelques jours auparavant de son maître que, oui, les fameuses armes de destruction massive, c’était une mystification montée de toutes pièces par la Central Intelligence Agency – est proprement stupéfiant. Au nombre des révélations dont l’ouvrage fourmille, on retiendra celles-ci : les Américains n’ont pas vu monter l’insurrection qui continue aujourd’hui à ensanglanter le pays ; et le Pentagone a obstinément refusé de suivre les généraux qui réclamaient un demi million d’hommes de troupe pour achever leur entreprise de pacification après la chute de Bagdad, au mois de mai. Certains n’y verront qu’une simple coïncidence, mais l’un des plus hauts gradés US présents sur le terrain brosse de la situation un tableau apocalyptique. Pour le général John Vines, numéro 2 de George Casey Jr, commandant en chef des forces de la Coalition, les conflits d’ordre sectaire et l’incompétence de la classe politique et administrative risquent fort de paralyser les ministères-clés (Défense et Intérieur, mais aussi Pétrole et Électricité) et de transformer les forces de sécurité en milices. L’homme est loin d’être un néophyte. Il a été en poste en Somalie puis en Afghanistan et il commande la prestigieuse 18e Unité aéroportée de Fort Bragg, en Caroline du Nord. Les récentes élections législatives, estime-t-il, ont illustré de manière alarmante le phénomène confessionnel, chacune des trois grandes communautés ayant voté pour ses candidats. Cependant, dit-il encore, tout espoir n’est pas perdu puisque le recrutement par l’armée, jusqu’à présent entièrement dominée par les chiites et les Kurdes, d’éléments sunnites a repris sur une large échelle. Ce n’est pas la bérézina et d’ailleurs la perspective d’une débâcle américaine est hautement improbable. Tout de même, la situation est si délicate, diraient ces maîtres de la litote que sont les diplomates, que George W. Bush a réuni jeudi dernier une palette d’anciens responsables de l’Administration. Il y avait là aussi bien Robert McNamara, secrétaire à la Défense sous John Kennedy et Lyndon Johnson (et à ce titre principal artisan de la désastreuse guerre du Vietnam…), que Madeleine Albright, secrétaire d’État de Bill Clinton, ainsi que ses successeurs Colin Powell et Condoleezza Rice. Au total une douzaine de personnalités invitées à donner leur avis sur la tournure prise par les événements après la chute de Saddam Hussein. Concession faite par l’hôte : « Tout le monde autour de cette table n’était pas d’accord avec ma décision (d’entrer en guerre) et je le comprends parfaitement. » Il est vrai qu’il devait ajouter aussitôt : « Mais tout le monde réalise que nous devons réussir , maintenant que nous sommes là. » Seule (toute petite) ombre au tableau : l’absence notable, relevée par les médias, de Henry Kissinger et Caspar Weinberger, membres, le premier des équipes de Nixon puis de Ford, et le second de Reagan. Les raisons de ce branle-bas politique-diplomatique, il faut les chercher dans la chute spectaculaire de la popularité présidentielle alors que les « mid-term elections » doivent se dérouler en novembre prochain, qu’il faut entamer au plus tôt les préparatifs de la campagne et que l’issue de la consultation, déterminante pour la physionomie du Congrès à venir et la présidentielle de 2008, est rien moins qu’assurée. Voilà pourquoi la Maison-Blanche s’est dépêchée d’appeler à l’unité des rangs et d’affirmer que « le soutien à la mission en Irak ne doit pas devenir une affaire partisane », ainsi que l’a souligné mardi le chef de l’Exécutif devant la toute-puissante association des « Veterans of Foreign Wars ». En l’espace de trois mois, il s’agissait de la sixième adresse présidentielle sur le sujet, au moment où l’inquiétude grandit face à la hausse vertigineuse du coût des opérations et du nombre de victimes. Dans le même temps que les États-Unis tentent de parer au plus pressé, ils viennent de laisser filtrer des informations sur les contacts en cours depuis l’automne dernier avec des représentants des insurgés… L’objectif est d’amener ce camp à se dissocier des ultras d’el-Qaëda et de se joindre au processus politique censé mener à la formation d’un nouveau gouvernement dont on attend beaucoup mais qui ne prendra forme qu’avec la proclamation des résultats des élections du 15 décembre. Dans cette perspective, soutiennent les optimistes à tout crin, nous voulons exploiter le fossé qui existe entre les partisans d’un départ des Américains et ceux du retour au califat. Comme quoi, c’est dans les situations complexes comme celle-là qu’il est permis de rêver. Christian MERVILLE
L. Paul Bremer III (lire « the third », c’est-à-dire le troisième du nom). Cela ne vous dit rien ? Mais si, voyons : une année durant, il fut l’administrateur civil de l’Irak dans la foulée de l’invasion. Sur cette expérience, il vient de publier un livre qui a fait grand bruit aux États-Unis. Car ce qu’il dit – après l’aveu quelques jours auparavant de son maître que, oui, les fameuses armes de destruction massive, c’était une mystification montée de toutes pièces par la Central Intelligence Agency – est proprement stupéfiant. Au nombre des révélations dont l’ouvrage fourmille, on retiendra celles-ci : les Américains n’ont pas vu monter l’insurrection qui continue aujourd’hui à ensanglanter le pays ; et le Pentagone a obstinément refusé de suivre les généraux qui réclamaient un demi...