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Actualités - Opinion

L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB Défi d’initié

Personnage véritablement hors pair que Abdel Halim Khaddam, diligent apparatchik accomplissant une irrésistible ascension qui devait le propulser jusqu’aux côtés, tout à côté du redoutable Hafez el-Assad. Ministre des AE, puis vice-président de la République, sa puissance était loin de se limiter au territoire syrien puisqu’il géra longtemps, avec autant de morgue que de fermeté, le dossier libanais. Et même du fond de sa disgrâce, consommée l’été dernier, ce sont ces deux pays que Khaddam vient de mettre en ébullition du même coup en lâchant tout un chapelet de bombes politiques sur les ondes de la chaîne al-Arabiya. Jolie performance, on en conviendra, pour un retraité. Si Khaddam fait tant de bruit, suscite un tel remue-ménage, ce n’est pas parce qu’il a divulgué quelque fait inconnu à ce jour. C’est parce que le terrible réquisitoire de vendredi dernier contre le régime de Damas n’est plus seulement le fait de la commission de l’ONU enquêtant sur l’assassinat de Rafic Hariri ; ou bien des Libanais ; ou encore des grandes capitales occidentales. C’est de source que coule cette fois le flot d’accusations, et leur auteur se trouve être quelqu’un qui connaît parfaitement la musique. Grandi au sérail baassiste, Khaddam en sait les détours les plus tortueux, au point d’assurer qu’aucune branche des Moukhabarate n’a pu s’attaquer à cible aussi énorme sans l’aval du Raïs. Plus fort encore, c’est de la bouche même du président qu’il affirme tenir les propos très durs assénés à l’infortuné Hariri, qui s’insurgeait contre la reconduction forcée du mandat Lahoud. Non content de désigner nommément le criminel Rustom Ghazalé, l’ancien vice-président aura fustigé – en accablant au passage son successeur à la tête de la diplomatie syrienne, Farouk el-Chareh – l’incapacité du régime à interpréter correctement les changements survenus dans la conjoncture internationale. Pour lui, ce sont des débutants obstinés, des néophytes de la géopolitique qui ont eux-mêmes mis la Syrie dans une situation impossible. Or s’il est en Orient une chose de plus vulnérable qu’une autorité réputée brutale, c’est une autorité qui use de la brutalité sans discernement, sans prendre conscience de l’abîme vers lequel elle court. La première, en effet, peut tenir longtemps en respect les contestataires ; mais c’est la population tout entière que la seconde réussit à faire trembler : d’anxiété cette fois, dans l’attente de l’inexorable épilogue. Considérables, de même, sont les ravages que vient de subir une présidence libanaise déjà copieusement étrillée elle aussi, et dont la seule activité notable consiste désormais à publier communiqué sur communiqué en réponse à ses innombrables détracteurs. Plus que jamais apparaît, dans toute sa tragique splendeur, la colossale imposture constitutionnelle et morale qu’était la reconduction du mandat Lahoud non seulement imposée aux forces politiques libanaises mais qui, de surcroît, était loin de faire l’unanimité au sein de la hiérarchie syrienne. Mais c’est surtout l’évocation détaillée, par Khaddam, de la vicieuse cabale libanaise montée contre Hariri auprès des dirigeants syriens qui pourrait contraindre le chef de l’État à s’expliquer : non plus par voie de presse, mais dans la singulière intimité d’une nouvelle entrevue avec les enquêteurs de l’ONU. C’est précisément sur ce terrain que réside toute l’importance du témoignage de Khaddam, livré en fin d’année et qui fait démarrer l’an nouveau sur les chapeaux de roue. Par un impensable coup de théâtre, c’est l’ancien vice-président syrien qui devient ainsi le principal témoin à charge dans l’affaire Hariri, un témoin que la commission internationale brûle déjà d’entendre en direct. Plus fort encore, cet épisode est aussitôt venu redonner vie à la vieille exigence des enquêteurs de rencontrer le ministre Chareh, déjà accusé d’avoir fait une fausse déposition écrite, et même le président Assad en personne : cela au moment où la Syrie croyait s’être assurée un répit durable avec la démission du procureur Mehlis et la rétractation, pourtant on ne peut plus suspecte, de deux témoins. Le geste de Abdel-Halim Khaddam, l’homme par qui le scandale est arrivé, peut-il être celui d’un frustré, d’un has-been qui aurait pris des risques énormes à seule fin d’assouvir une mesquine vengeance ? Converti de fraîche date à la démocratie plurielle, a-t-il plutôt cherché à se positionner comme une alternative valable à une dynastie finissante, projet déjà attribué au suicidé Ghazi Kanaan ? En attendant que soit éclairci le mystère, c’est à une fort heureuse démystification – une démystification sans appel – du régime baassiste que se résume le déballage de linge sale entre l’exilé de Paris et ses anciens camarades de Damas : tyrannie et corruption dans les sphères du pouvoir, corruption et tyrannie pour encourager la collaboration dans le petit protectorat libanais, tout cela sous couvert de socialisme et de lutte héroïque contre l’ennemi israélien. La formule ne date pas d’hier. Le plus prodigieux cependant, c’est qu’elle ait réussi à vivre aussi longtemps. Et que le fumeux impératif d’alliance stratégique soit encore brandi par d’aucuns pour tenter de justifier l’injustifiable.

Personnage véritablement hors pair que Abdel Halim Khaddam, diligent apparatchik accomplissant une irrésistible ascension qui devait le propulser jusqu’aux côtés, tout à côté du redoutable Hafez el-Assad. Ministre des AE, puis vice-président de la République, sa puissance était loin de se limiter au territoire syrien puisqu’il géra longtemps, avec autant de morgue que de fermeté, le dossier libanais. Et même du fond de sa disgrâce, consommée l’été dernier, ce sont ces deux pays que Khaddam vient de mettre en ébullition du même coup en lâchant tout un chapelet de bombes politiques sur les ondes de la chaîne al-Arabiya. Jolie performance, on en conviendra, pour un retraité.
Si Khaddam fait tant de bruit, suscite un tel remue-ménage, ce n’est pas parce qu’il a divulgué quelque fait inconnu à ce jour....