Il y a la réponse à ceux qu’il traite de « défaitistes » : « Non seulement nous pouvons gagner la guerre en Irak, mais nous sommes en train de la gagner. » Il y a les accents à la Churchill, un personnage qu’il admire : « Nous avons davantage d’épreuves et de sacrifices devant nous. » Mais il y a surtout cet acte de contrition d’une humilité sans précédent dans les annales bushiennes, tout comme le lieu choisi, le bureau Ovale, pour le prononcer devant la nation, et dans lequel le président des États-Unis reconnaît qu’il n’y avait pas d’armes de destruction massive, que les services de renseignements s’étaient lourdement trompés, enfin que « la tâche est plus difficile que nous le prévoyions ». Et, pour faire passer la pilule, ces promesses de lendemains qui chanteront, en lesquels de moins en moins d’Américains croient.
C’est que pour George W. Bush, l’heure est difficile, en ces derniers jours d’une annus entre toutes horribilis. Que l’on se souvienne de la rebuffade subie avec le retrait de la candidature de Harriet Miers à la Cour suprême, de la gestion désastreuse de l’après-Katrina, ce cyclone qui a balayé sur son passage bien des illusions, des scandales du Plamegate et du DeLaygate, de l’affaire des écoutes téléphoniques, de celle des tortures à Guantanamo Bay, à Abou Ghraib et même dans certains pays d’Europe transformés pour l’occasion en sous-traiteurs. Autant de crises qui ont fini par avoir raison d’une insolente et dérangeante cote de popularité. « Il s’agit pour moi de faire la différence plutôt que de marquer de mon empreinte l’époque présente » : cet aveu, le président américain l’a fait il y a quelques jours, alors que la capitale fédérale bruissait des rumeurs les plus folles sur l’autisme politique d’un homme qui passe pour difficilement solliciter – et encore moins accepter – des conseils, même de la redoutable éminence grise qui a nom Karl Rove.
Mais pour la première fois sans doute en cinq ans d’exercice du pouvoir, le 43e chef de l’Exécutif US se trouve forcé de se battre le dos au mur, incapable de prendre l’initiative sur les plans interne tout autant qu’externe, alors que se profile à l’horizon l’épreuve des « mid terms » de 2006, puis, deux ans plus tard, celle de la présidentielle, qui sera probablement marquée par un candidat démocrate autrement plus coriace que le pauvre John F. Kerry. Avant lui, Dwight Eisenhower, nouvellement réélu, s’était retrouvé confronté à un Congrès résolument hostile. Ronald Reagan, un politicien madré et à la notoriété sans pareille dans l’histoire contemporaine du pays, avait dû batailler ferme pour faire oublier le dossier de l’Iran-Contra. Plus près de nous, Bill Clinton avait eu recours à des trésors d’ingénuité – aidé en cela par son épouse Hillary – pour éviter un dégradant impeachment après les révélations sur ses galipettes extraconjugales. Son successeur n’a, pour bétonner sa défense, qu’un bien mince dossier. Sa guerre sociale a tourné court. L’autre guerre, sur les rives de l’Euphrate et du Tigre, ne se porte pas mieux, ainsi qu’il l’a lui-même reconnu dans son allocution de dimanche soir, puis devant les journalistes, vingt-quatre heures plus tard.
Au moment où le « body count » indique le chiffre de 2 156 soldats tombés depuis mars 2003, le président a fait ce candide aveu : « Notre pays n’a que deux options, la victoire ou la défaite. » Mais alors les législatives qui viennent de se dérouler ? Elles ne signifient pas la fin de la violence, tout au plus qu’à 10 000 kilomètres des rives de l’océan, « l’Amérique a un allié de plus en plus fort dans son combat contre la terreur ». Maigre consolation, même si l’orateur a assorti cette assurance de la constatation qu’une démocratie constitutionnelle venait de naître au Moyen-Orient. À aucun moment il n’a été question d’un début de retrait des GI, en tout cas « pas avant que le travail ne soit terminé ». Après tout, le vice-président Dick Cheney, un incurable optimiste, pense bien, lui, qu’aux yeux des Irakiens, les boys sont des libérateurs…
Dans tout cela, il est bien peu question, une fois achevé le décompte des voix, de l’avenir politique non seulement de l’Irak mais aussi de l’ensemble de la région. En Égypte, les Frères musulmans ont opté pour un attentisme qui pourrait paraître pour certains de bon aloi, encore que lourd de menaces contenues. L’Arabie saoudite semble avoir écarté, pour quelque temps à tout le moins, la menace d’une déstabilisation, aidée en cela par une flambée des cours du pétrole appelée à bénéficier, par contrecoup, à la population. Il faudra quelque temps encore avant que l’on soit fixé sur le sort du trublion syrien et sur celui, plus inquiétant encore, de son puissant allié iranien.
Six à neuf mois : telle est la durée de la période décisive à l’issue de laquelle, s’il faut en croire le Washington Institute for Near East Policy, il sera loisible de définir les contours de l’avenir proche. Un délai à la fois trop long et trop court, suivant le camp auquel on appartient. Et suivant le degré de patience de chacun des protagonistes.
Christian MERVILLE
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Il y a la réponse à ceux qu’il traite de « défaitistes » : « Non seulement nous pouvons gagner la guerre en Irak, mais nous sommes en train de la gagner. » Il y a les accents à la Churchill, un personnage qu’il admire : « Nous avons davantage d’épreuves et de sacrifices devant nous. » Mais il y a surtout cet acte de contrition d’une humilité sans précédent dans les annales bushiennes, tout comme le lieu choisi, le bureau Ovale, pour le prononcer devant la nation, et dans lequel le président des États-Unis reconnaît qu’il n’y avait pas d’armes de destruction massive, que les services de renseignements s’étaient lourdement trompés, enfin que « la tâche est plus difficile que nous le prévoyions ». Et, pour faire passer la pilule, ces promesses de lendemains qui chanteront, en lesquels de moins en moins...