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Actualités - Opinion

Pour en finir avec l’État zombie

Par Sélim JAHEL * Le jour où l’armée syrienne a fait son entrée officielle à Beyrouth sous forme d’une force de dissuasion (« Radeh », comme on l’appelait alors) pour mettre fin aux affrontements entre Libanais et Palestiniens et assurer l’ordre et la sécurité dans le pays, l’un de ses proches demanda au président Chamoun si la guerre était de ce fait terminée. « C’est tout le contraire, répondit le président, elle ne fait que commencer. » Avec le retrait aujourd’hui de l’armée syrienne, peut-on considérer que le Liban est définitivement sorti de la guerre ? On voudrait bien le croire. Certes, on ne se bat plus à Beyrouth à coup d’obus de mortier et de kalachnikovs. Il reste, cependant, que dans les camps palestiniens et hors des camps, en divers points du territoire national, dans la Békaa, au Liban-Sud, des organisations puissamment armées continuent de camper, de s’entraîner, de circuler en toute liberté sur le territoire national. Il y a là une situation qui n’a d’équivalent que dans quelques rares pays africains en état de guerre endémique ou dans les forêts colombiennes, encore que là-bas, l’armée traque sans relâche les rebelles qui s’y cachent. La Jordanie n’a pas longtemps supporté la présence de forces armées palestiniennes sur son territoire, et cela s’est terminé, comme on sait, par le « Septembre noir ». Au Liban, le problème a été occulté jusque-là en raison de l’occupation syrienne. Bien que les accords de Taëf aient imposé le désarmement des milices qui avaient participé à la guerre, la Syrie, puissance occupante, a laissé toutes leurs armes aux organisations palestiniennes et autres groupes armés qui lui étaient inféodés. Les gouvernements libanais qui se sont succédé durant près de quinze ans n’avaient eux, bien évidemment, aucune autorité sur les territoires contrôlés directement par la Syrie. On sait très bien, du reste, que toute volonté politique, en quelque domaine que ce soit, leur avait été confisquée. Le Liban était devenu durant de longues années une sorte d’État zombie. C’est pour sortir le pays d’une telle situation que Rafic Hariri a entrepris d’ameuter l’opinion internationale, un acte jugé inacceptable par les autorités de Damas et qui lui a coûté la vie. La résolution 1559 qu’il a obtenue du Conseil de sécurité comporte deux exigences : le retrait syrien du Liban et le désarmement de la milice du Hezbollah et des organisations palestiniennes. Ces deux exigences sont indissociables ; l’une ne va pas sans l’autre, tant il est vrai qu’au regard de ceux qui ont conçu le texte de la résolution 1559, les organisations palestiniennes, que la Syrie a elle-même créées – qu’on se souvienne de la Saïka que Damas avait jadis lâchée sur Damour – et qu’elle ne cesse d’entretenir, ne sont rien d’autres que des forces auxiliaires de l’armée syrienne. Le retrait de cette dernière du Liban ne peut être dit achevé tant que ces organisations armées n’auront pas été démantelées. S’agissant de la milice du Hezbollah, elle est bien évidemment considérée comme une force armée qui échappe au contrôle de l’État et peut donc devenir une source d’insécurité et un facteur de déstabilisation du système libanais. Démilitariser les camps et organisations palestiniennes, le chef du gouvernement, M. Fouad Siniora, s’y emploie activement. Il s’est longuement entretenu à ce sujet avec Abou-Mazen qu’il avait rencontré à Paris. Ce dernier a déclaré au terme de leur entretien : « Les Palestiniens qui se trouvent au Liban sont des invités qui doivent respecter la loi libanaise et s’y soumettre. Telle est notre conviction et il ne faut pas craindre quoi que ce soit sur ce chapitre » ( L’Orient-Le Jour du 19-10-2005). Les deux hommes étaient d’accord pour que soit supprimée toute présence palestinienne armée en dehors des camps, mais n’ont rien dit au sujet de l’armement qui se trouve à l’intérieur. Cet accord et ces bonnes paroles engagent peut-être l’OLP et sans doute M. Mahmoud Abbas lui-même. Mais qu’en est-il des organisations soutenues par la Syrie ou celles qui se rattachent à des mouvements radicaux ? Ainsi, le responsable du Front populaire – Commandement général n’a pas tardé à déclarer de son côté, en réponse à Abou-Mazen : « Nos bases existent en dehors des camps palestiniens depuis longtemps et seront maintenues jusqu’à la libération du territoire palestinien » (La Revue du Liban, 8-15 octobre 2005, page 6). C’est donc toujours la même rengaine, celle qu’on entend depuis quarante ans, qui vaut ici déclaration de guerre à la résolution 1559. Il ajoutait, toutefois, que cette résolution « ne peut ni ne doit être appliquée sans un dialogue interlibanais et libano-palestinien ». Si cela peut permettre d’éviter la confrontation, tant mieux. En fait, plus qu’un dialogue libano-palestinien, qui risque de ne jamais aboutir, il faut une forte pression sur les Palestiniens venant des États arabes, particulièrement ceux du Golfe. Ces États, qui s’étaient jadis empressés d’arrêter l’opération entreprise en 1973 par le président Frangié, pour mettre un terme aux abus des réfugiés palestiniens et placer les camps sous l’autorité de l’État, ce qui eût pu éviter la guerre du Liban, devraient cette fois peser de tout leur poids pour parvenir à démilitariser ces camps. Certes, il peut y avoir là de nombreux jeunes gens désireux de faire la guerre à Israël. Pourquoi pas ? Il faudra les aider à aller s’installer en Cisjordanie ou à Gaza, d’où ils auront tout loisir pour participer aux prochaines intifadas. La démilitarisation du Hezbollah, parti de Dieu, devrait poser moins de problèmes. Ici les armes restées entre les mains de la milice après les accords de Taëf ont servi à libérer les territoires du Liban-Sud occupés par l’armée israélienne, et tout le monde s’accorde à vanter les grandes qualités de courage et de discipline des hommes qui composent cette milice. Faut-il encore la maintenir ? Peut-être bien, mais sous forme d’un corps de garde-frontières, intégré à l’armée libanaise et strictement soumis à son commandement. En revanche, le maintien aujourd’hui de cette milice à la seule disposition d’un parti politique est inadmissible. Elle constitue, pour le moins qu’on puisse dire, une forme de rébellion et porte les germes d’une désintégration totale de l’État, car, comment interdire après cela à d’autres communautés, clans et partis de constituer à leur tour des milices ? Dire qu’il entre dans la mission de cette milice de libérer les fermes de Chebaa est un argument fallacieux. La libération de ces fermes n’est pas l’apanage du Hezbollah. Elle est du ressort de l’État, d’un État qui a recouvré sa pleine volonté de prendre seul les décisions qu’il juge conformes à l’intérêt national, dans le respect des règles démocratiques. Le chef du Hezbollah semble d’ailleurs en être convaincu. Il appelait récemment toutes les forces libanaises à un dialogue sérieux « sur la base, disait-il, de constantes que sont l’attachement à l’unité nationale et au vivre ensemble entre musulmans et chrétiens, le respect de la liberté et de la démocratie... l’édification d’un État de droit et le refus de toute ingérence étrangère dans nos affaires » (Le Figaro du 15 avril 2005). Ces propos démentent toutes les rumeurs sur une possible implication du Hezbollah dans les politiques menées par des États étrangers, Syrie ou Iran, et dissipent toute crainte d’un éclatement du pays. Dans tous les cas, l’armée syrienne s’étant retirée du pays, le désarmement des groupes armés qui y sont présents s’impose de manière inéluctable, conformément au texte de la résolution onusienne. Le gouvernement actuel issu du mouvement du 14 mars 2005, lequel appelait à la restauration de l’État de droit, ne peut s’y dérober. Certes, la tâche n’est pas aisée. Mais ce gouvernement dispose de deux atouts majeurs : l’unité nationale reconstituée et l’appui de la communauté internationale. Il est le seul à pouvoir réaliser cet objectif ; il sera difficile à tout autre gouvernement après lui de le faire. À bien des égards, sa tâche est du même acabit que celle assumée jadis, en 1943, et avec quel héroïsme, par le gouvernement de l’indépendance. * Ancien ministre
Par Sélim JAHEL *

Le jour où l’armée syrienne a fait son entrée officielle à Beyrouth sous forme d’une force de dissuasion (« Radeh », comme on l’appelait alors) pour mettre fin aux affrontements entre Libanais et Palestiniens et assurer l’ordre et la sécurité dans le pays, l’un de ses proches demanda au président Chamoun si la guerre était de ce fait terminée. « C’est tout le contraire, répondit le président, elle ne fait que commencer. »
Avec le retrait aujourd’hui de l’armée syrienne, peut-on considérer que le Liban est définitivement sorti de la guerre ? On voudrait bien le croire. Certes, on ne se bat plus à Beyrouth à coup d’obus de mortier et de kalachnikovs. Il reste, cependant, que dans les camps palestiniens et hors des camps, en divers points du territoire national, dans la Békaa, au...