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Actualités - Opinion

Spéculations sur la partie que joue Aoun en tant que présidentiable

La rencontre que le général Michel Aoun devait avoir avec le président Émile Lahoud a été reportée sine die. Cet ajournement, autant d’ailleurs que l’annonce même de la réunion, alimente diverses spéculations dans le monde politique où l’on note d’abord que, de l’aveu des proches de Baabda, le chef du Courant patriotique libre avait tenu à ce que la rencontre ait lieu au grand jour et non secrètement. Certains estiment que Aoun avait eu initialement l’intention de confirmer avec éclat qu’il se tenait aux côtés du président, face à ceux qui en réclament le départ. Soit parce qu’ils lui imputent la responsabilité politique et morale des agissements de son personnel sécuritaire, maintenant sous les verrous. Soit parce qu’ils contestent la légitimité de son mandat prorogé de force. Aoun explique pour sa part qu’il faut respecter l’instance de la présidence. Donc refuser une démission anticipée, sauf accusation de haute trahison ou transgression de la Loi fondamentale, qui sont les deux seuls cas de figure où une Haute cour peut révoquer le chef de l’État. Partant de là, estime le général, on ne peut se contenter de simples soupçons concernant une éventuelle implication dans l’assassinat du président Rafic Hariri et il faut attendre le verdict final. Ce qui revient à dire que le mandat serait alors terminé. Calcul subtil Toujours selon les mêmes analystes, Aoun se tient aux côtés de Lahoud pour que ce dernier lui rende la monnaie de sa pièce et le soutienne dans la présidentielle. Allant peut-être même jusqu’à lier une éventuelle (et encore improbable à ce jour) démission à la désignation de Aoun pour sa succession. Ballon d’essai subtil, selon ces sources, car en laissant entendre qu’il voudrait poser une telle condition, le président Lahoud se heurterait presque certainement au refus de la majorité parlementaire, qui préférerait sans doute alors le laisser continuer tranquillement son mandat, plutôt que de se voir imposer Aoun. Différence Mais le député présidentiable a ses propres vues, qui ne semblent pas d’ailleurs connues de tous ses partisans. On en entend ainsi se demander quel intérêt il aurait à rencontrer Lahoud et qui des deux sortirait gagnant d’une telle jonction, qui n’a du reste pas eu lieu, répétons-le. Au moment fixé pour le rendez-vous, le général Aoun confiait à L’Orient-Le Jour sa conception de la présidence « après le départ de tout ce qui appartient encore à l’ère syrienne », tout en récusant un parachutage de la part de la majorité parlementaire, qu’il accuse de vouloir faire main basse sur la décision nationale. En tout cas, même certains aounistes, tout comme l’opinion en général, pensent qu’une rencontre avec Lahoud profiterait surtout à ce dernier, en quête presque désespérée d’appuis pour se maintenir contre vents et marées. Or Aoun est populaire sinon puissant et il est en mesure, le cas échéant, de mobiliser au niveau de la rue. Ces mêmes sympathisants ajoutent qu’à leur avis, leur leader perdrait beaucoup à prendre fait et cause pour un régime hautement impopulaire, selon leurs termes. De plus, remarquent-ils, il s’aliénerait définitivement cette majorité parlementaire qui, après tout, élit le président, et tirerait les marrons du feu pour Lahoud, qui pourrait achever tranquillement son mandat. Confusion Ces personnalités pensent qu’en se tenant vraiment aux côtés du président Lahoud, le général Aoun porterait les forces politiques à se diviser sur le sort du régime plutôt que sur les candidats. Les cartes seraient brouillées, parce qu’il se confirmerait que nombre de parties ont retourné leurs vestes. Certains, et pas des moindres, qui menaient campagne pour l’éviction du régime après le 14 mars, ont changé d’avis. Non seulement, sans doute, parce qu’ils craignent l’élection de Aoun, peu probable en termes arithmétiques pour le moment. Mais aussi parce qu’ils ont peur que des partenaires ne leur dament le pion dans le choix du prochain président. Sans compter que dans leur nouvelle approche, ils souhaitent ménager des forces prosyriennes favorables à Lahoud. Globalement, il y aurait aux côtés du régime le Hezbollah, Amal, le PSNS, le Baas et les aounistes. En face, l’on aurait les haririens, en principe les joumblattistes, les députés Kataëb ou FL et les anciens de Kornet Chehwane. Dans ce cas de figure, Aoun pourrait espérer, nonobstant la 1559, l’appui du Hezbollah et d’Amal pour son éventuelle élection à la présidence de la République. Mais les professionnels pensent que de telles projections sont erronées. Car les alliés de la conjoncture présente pourraient bien ne plus être d’accord quand la présidentielle sera effectivement à l’ordre du jour. À ce moment, ce qui compterait le plus ce serait sans doute la ligne relative à la 1559 et à la 1614. Émile KHOURY
La rencontre que le général Michel Aoun devait avoir avec le président Émile Lahoud a été reportée sine die. Cet ajournement, autant d’ailleurs que l’annonce même de la réunion, alimente diverses spéculations dans le monde politique où l’on note d’abord que, de l’aveu des proches de Baabda, le chef du Courant patriotique libre avait tenu à ce que la rencontre ait lieu au grand jour et non secrètement.
Certains estiment que Aoun avait eu initialement l’intention de confirmer avec éclat qu’il se tenait aux côtés du président, face à ceux qui en réclament le départ. Soit parce qu’ils lui imputent la responsabilité politique et morale des agissements de son personnel sécuritaire, maintenant sous les verrous. Soit parce qu’ils contestent la légitimité de son mandat prorogé de force.
Aoun explique...