Le gouvernement suit avec attention les tractations en coulisses au sujet des suites à l’ONU du rapport Mehlis. Plusieurs pays pressent le président syrien Bachar el-Assad de s’engager devant les membres du Conseil de sécurité à garantir une coopération totale avec la commission internationale d’enquête. Sans quoi, maintenant ou à terme, il serait impossible pour ces pays de contrer un projet de sanctions frappant Damas. Ces relances pressantes sont notamment le fait de pays arabes comme l’Arabie saoudite, l’Égypte, l’Algérie. Mais aussi, et surtout, de deux grands membres permanents du Conseil de sécurité, la Russie et la Chine. Sans compter la position nuancée de la France qui veut laisser une deuxième chance à la Syrie. En tout cas, la tendance majoritaire au sein du Conseil est de n’envisager des sanctions que lorsqu’il aura été établi, au terme de la mission Mehlis le 15 décembre, que la Syrie n’aura pas suffisamment coopéré. On prévoit donc de procéder par étapes, la première mettant à l’épreuve la bonne volonté de la Syrie.
Puis, éventuellement, on discutera de la nature des sanctions, en base du chapitre sept de la Charte de l’ONU.
À l’heure actuelle, quand on parle sanctions, personne, pas même Bush, n’envisage de frappe militaire. La plupart des États pensent d’ailleurs que les sanctions ne doivent pas frapper le peuple syrien, mais individuellement les responsables. Cependant, si l’heure d’en débattre devait sonner à la fin de l’année en cours, il est certain que cette option serait fortement discutée. Car elle constituerait un coup d’épée dans l’eau. Les intéressés auraient eu largement le temps de rapatrier leurs comptes bancaires déposés à l’étranger, de vendre leurs biens à l’étranger, et ce n’est pas chez eux qu’on pourrait les saisir. La seule gêne qu’ils pourraient éprouver, ce serait de se voir interdire tout voyage.
Mais ce ne serait sans doute pas payer trop cher pour éviter un affaiblissement potentiellement dangereux du système de pouvoir, en cas de soumission à la volonté internationale. Comme en cas d’arrestation de figures-clés, de chevilles ouvrières de ce système.
Cependant, un diplomate arabe relève que Damas devrait savoir effectuer une lecture bien plus globale de la situation dans laquelle il se trouve. Il affirme que le président Assad ne doit pas répéter les erreurs commises par l’ancien président irakien Saddam Hussein. Qui avait mal traité les commissions d’inspection sur les ADM, leur refusant l’accès de ses palais et d’autres sites. Ce qui était d’autant plus insensé que ces armes de destruction massive, il n’en avait pas. Par son attitude, il avait donné l’impression qu’il en cachait, et cela lui avait valu d’être balayé de force par la coalition, malgré l’opposition de la France, de l’Allemagne et de la Russie. De même, poursuit ce diplomate, le président Assad ne doit pas donner l’impression qu’il a quelque chose à cacher, des coupables à protéger. Il ne doit pas entraver les travaux de la commission d’enquête internationale, mais, au contraire, coopérer pleinement. En se conformant du reste à l’engagement pris dans sa déclaration télévisée de considérer comme traître tout individu syrien reconnu coupable dans l’assassinat du président Hariri et de le déférer en justice, qu’elle soit syrienne ou internationale. Cet engagement, il l’a du reste réitéré dans des messages à divers chefs d’État. Si elle fait effectivement preuve de coopération, la Syrie ne sera plus sous la menace de sanctions, voire d’une frappe militaire. Et les USA devront se chercher d’autres prétextes pour poursuivre leurs pressions, sans pouvoir compter sur une majorité au sein du Conseil de sécurité.
Certains estiment d’ailleurs que les États-Unis vont de toute manière poursuivre l’application de leur grand projet régional qui a commencé par l’Afghanistan et l’Irak. La différence est, conclut le diplomate arabe cité, qu’une erreur d’aiguillage syrienne autour du dossier Mehlis faciliterait les choses pour Washington. En rendant éjectable le siège du pouvoir syrien.
Émile KHOURY
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