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Actualités - Opinion

L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB Péroraisons funèbres

Des décennies durant, les Libanais ont été profondément divisés sur le rôle de la Syrie, et singulièrement de son tout-puissant haut-commissaire, le général Ghazi Kanaan, dont le suicide a été annoncé mercredi. Courtisé et adulé par les uns, haï des autres qui lui attribuaient les épisodes les plus sombres de la guerre et de l’après-guerre, Kanaan était redouté de tous. Et c’était là ce qui comptait le plus : car ce n’est pas un diplomate, mais un maître espion qu’avait délibérément choisi Damas pour régenter d’une main de fer la vie politique libanaise. Les divisions syriennes sont parties, mais, fort paradoxalement, nos divisions sont toujours là, même si les termes de l’équation interne ont changé. Souci d’unité nationale oblige : au Parlement comme au gouvernement, siègent en bonne place des formations demeurées farouchement fidèles à l’alliance stratégique avec la Syrie. Le plus étrange cependant est que même mort, Ghazi Kanaan continue de susciter des sentiments contradictoires ; et le comble du paradoxe, c’est que de telles discordances se manifestent au sein d’un même camp, celui supposé réunir toutes les forces locales qui, à des degrés et des moments divers, se sont insurgées contre la pesante tutelle. Que Walid Joumblatt soit parfaitement libre de porter le deuil de quiconque il voudra, cela va sans dire. Que le leader druze, seul de tout le gotha politique, ait jugé bon de tenir une conférence de presse en règle pour saluer la mémoire du ministre syrien disparu est déjà plus remarquable en soi. Plus remarqués encore, hélas, auront été ses propos. Car à l’heure où le Liban nouveau s’emploie à cimenter l’union nationale, à démentir les haineuses prédictions de ceux qui nous promettent le chaos de l’indépendance, point n’était besoin d’évoquer des chapitres particulièrement sanglants de la guerre dite civile : d’exalter, avec tant de ferveur, la contribution active du défunt à l’issue de ces batailles. Le chef du PSP a gratuitement indisposé, choqué, disons-le, de nombreux Libanais, et pas seulement les partisans de Michel Aoun, sa cible de prédilection. De l’homme dont ils ont applaudi l’extraordinaire courage lors de l’intifada du printemps, ces mêmes Libanais attendent autre chose en réalité que de nostalgiques évocations guerrières. Cette autre chose aurait pu être, par exemple, un ralliement effectif, massif, décisif à la poignante quête de vérité et de justice que mènent inlassablement les parents des personnes disparues en Syrie. De ces disparus, longtemps oubliés par une autorité indigne, font éminemment partie tous ces soldats libanais écrasés le 13 octobre 1990 grâce à ce même Kanaan que l’on pleure tant, et emmenés en captivité en Syrie. Ou alors jetés, sur place, dans des fosses communes demeurées honteusement secrètes jusqu’à ce jour. Que Ghazi Kanaan, Dieu ait son âme, ait été trahi par ses seconds, ou bien qu’il se soit opposé à la reconduction du mandat du président Lahoud, comme l’a assuré Joumblatt, ne suffit certes pas pour en faire un héros du Liban. Ces assertions, en revanche, font du général un homme soudain en porte-à-faux avec le système en place ; un homme qui en savait trop ; qui, bien avant d’être entendu par la commission Mehlis, pourrait avoir été tenté de s’assurer quelque prestigieux avenir en échange d’informations ; un homme dont le destin aurait été finalement scellé par de mystérieuses fuites. Kanaan fait-il désormais partie du passé ? Tous ses secrets l’ont-ils accompagné dans la tombe ? Le feuilleton policier ne fait sans doute que commencer. Prochain épisode – réservez vos fauteuils –, le rapport à l’ONU de Detlev Mehlis.

Des décennies durant, les Libanais ont été profondément divisés sur le rôle de la Syrie, et singulièrement de son tout-puissant haut-commissaire, le général Ghazi Kanaan, dont le suicide a été annoncé mercredi. Courtisé et adulé par les uns, haï des autres qui lui attribuaient les épisodes les plus sombres de la guerre et de l’après-guerre, Kanaan était redouté de tous. Et c’était là ce qui comptait le plus : car ce n’est pas un diplomate, mais un maître espion qu’avait délibérément choisi Damas pour régenter d’une main de fer la vie politique libanaise.
Les divisions syriennes sont parties, mais, fort paradoxalement, nos divisions sont toujours là, même si les termes de l’équation interne ont changé. Souci d’unité nationale oblige : au Parlement comme au gouvernement, siègent en bonne...