La mise en cause par la justice française de deux anciens diplomates de haut rang, soupçonnés d’avoir bénéficié des largesses de l’Irak de Saddam Hussein, a remis en évidence les relations ambiguës entre Paris et le régime du dictateur déchu.
Cette affaire jette aussi une ombre sur la politique irakienne de la France et fait planer des questions sur de possibles implications politiques à haut niveau, estiment des analystes et une partie de la presse française.
Jean-Bernard Mérimée, 68 ans, ambassadeur de France à l’ONU entre 1991 et 1995, a été inculpé mercredi par le juge parisien Philippe Courroye pour des largesses présumées reçues du régime du dictateur déchu. Cette mise en examen fait suite à celle en septembre de Serge Boidevaix, 77 ans, ancien secrétaire général (numéro deux) du Quai d’Orsay en 1992-93. Les deux anciens hauts fonctionnaires sont soupçonnés de « trafic d’influence » et de « corruption active d’agents publics étrangers », en infraction avec le programme « pétrole contre nourriture » par lequel l’ONU devait, entre 1996 et 2003, contrôler les revenus du pétrole de l’Irak.
Le ministère des Affaires étrangères assure que ces inculpations par la justice française visent des « activités privées » menées par deux anciens diplomates à la retraite. M. Boidevaix a toutefois renvoyé la balle en déclarant au journal Le Monde daté d’hier avoir été « en contact constant avec le Quai d’Orsay », qui n’ignorait rien, selon lui, de ses affaires en Irak.
Le programme « pétrole contre nourriture » de l’ONU est au centre d’un vaste scandale international qui implique des personnalités de nombreux pays, soupçonnées d’avoir reçu des bons d’achat de pétrole en échange de leur bienveillance à l’égard de Bagdad. En ce qui concerne plus précisément le cas français, de nombreux commentateurs soulignent le rôle particulier de Paris en raison de ses relations ambiguës avec l’ancien régime de Saddam Hussein, fermement soutenu par Paris dans sa longue guerre contre l’Iran (1980-88) et considéré comme un partenaire économique privilégié au Proche-Orient.
« C’est au sommet de l’État, où nul ne pouvait (et n’était censé) ignorer ces errements (...) et dont ces hommes étaient de zélés serviteurs, que réside la responsabilité ultime », estimait le journal Libération (gauche), en visant le président Jacques Chirac. Pour Le Monde, les soupçons pesant sur les diplomates français « viennent durement écorner l’image de la diplomatie française ». « Les plus indulgents s’interrogeront sur les dangers d’une politique proarabe allant parfois jusqu’à l’aveuglement », ajoute le quotidien.
Le porte-parole du Quai d’Orsay, Jean-Baptiste Mattéi, a cherché à contrecarrer les soupçons qui pèsent sur la politique irakienne de la France – d’autant plus qu’elle s’était fermement opposée à l’invasion de l’Irak par les États-Unis en 2003 – en assurant qu’il ne voyait « aucun lien avec cette affaire ». « Les raisons pour lesquelles la France a décidé de ne pas participer à la guerre en Irak tenaient à notre conception du droit international », a-t-il insisté.
Pour Jean-Yves Haine, de l’International Institute for Strategic Studies (IISS) de Londres, « les arguments de fond de la diplomatie française contre la guerre en Irak gardent leur pertinence », mais avec ces inculpations « la position de la France apparaît un peu moins blanche ». Barthélémy Courmont, de l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS) de Paris, estime pour sa part que « l’enquête est à un stade trop précoce pour que l’on puisse dire quelles seront les répercussions, mais il y aura sans doute des éclaboussures ». M. Courmont souligne toutefois, au-delà de l’enquête judiciaire française, l’activisme américain pour dénoncer les failles du programme « pétrole contre nourriture » et « décrédibiliser » les opposants à la guerre en Irak comme la France.
Christophe de ROQUEFEUIL/AFP
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Cette affaire jette aussi une ombre sur la politique irakienne de la France et fait planer des questions sur de possibles implications politiques à haut niveau, estiment des analystes et une partie de la presse française.
Jean-Bernard Mérimée, 68 ans, ambassadeur de France à l’ONU entre 1991 et 1995, a été inculpé mercredi par le juge parisien Philippe Courroye pour des largesses présumées reçues du régime du dictateur déchu. Cette mise en examen fait suite à celle en septembre de Serge Boidevaix, 77 ans, ancien secrétaire général (numéro deux) du Quai d’Orsay...