Rechercher
Rechercher

Actualités - Opinion

Éclairage Kamikazes islamistes : une logique de secte, estiment des chercheurs

Les kamikazes islamistes qui se sacrifient à l’explosif pour tuer des touristes, à Bali ou ailleurs, obéissent à une logique de groupe proche de celle d’une secte, difficile à comprendre pour le monde extérieur, estiment chercheurs et universitaires. Conditionnés, isolés, soutenus, persuadés de donner leur vie pour une cause qui les transcende, ils sont capables d’endosser une bombe et, comme le jeune homme en tee-shirt noir filmé par un amateur samedi à Bali, d’entrer d’un pas calme et décidé dans un restaurant pour s’y suicider en tuant le plus de civils possible. « Ce sont souvent des jeunes gens qui s’organisent spontanément autour du désir de venger l’injustice qu’ils ressentent envers le monde musulman en général », explique l’Américain Scott Atran, professeur de psychologie et d’anthropologie à l’Université du Michigan et directeur de recherche au CNRS français. « Un recruteur les remarque et commence à les endoctriner, pour les persuader qu’ils vont jouer un rôle dans le jihad, que c’est le seul moyen de faire bouger les choses. » Dans le cas de la Jamaa islamiya indonésienne, soupçonnée d’être derrière les attentats de samedi à Bali, les recruteurs « emmènent les jeunes dans la jungle et leur donnent une éducation religieuse très spéciale », poursuit Scott Atran. « Le message est qu’il n’y a rien de plus noble que de donner sa vie pour le jihad. Au bout d’un certain temps, cela vous semble parfaitement normal. La logique du groupe se nourrit d’elle-même, comme dans une secte. Ils ne pensent plus à la cible. Ils passent à l’action, c’est tout. » « Ils n’agissent pas par haine, mais plutôt par amour du groupe. Ils sont persuadés de faire le bien. Ce sont la plupart du temps des gens pleins de compassion. Ils se considèrent comme une famille obligée de sacrifier un des leurs pour continuer », explique encore M. Atran. Psychiatre à Philadelphie et ancien agent de la CIA, notamment au Pakistan, Marc Sageman a étudié pour sa part le parcours de centaines de jihadistes pour son livre Le vrai visage des terroristes, psychologie et sociologie des acteurs du jihad. Lui aussi estime que « la clef, c’est le groupe. Ce qui est étranger au groupe ne compte pas tellement, ils n’y pensent pas vraiment. Alors, que ce soit des clients dans un bar ou des soldats qui meurent, c’est la même chose. D’après eux, ils sont tous coupables. Ils veulent tuer des mécréants et ne font pas de différence », souligne M. Sageman. « Il faut oublier la vision européenne et individualiste des choses », poursuit-il. « C’est une autre logique (...). Ils veulent mourir pour la cause, et en fait la cible n’a pas grande importance. Ce qui compte, c’est le sacrifice. » Contrairement à une idée répandue en Occident, l’islam et la promesse du paradis sont loin d’être les motivations premières, assurent ces chercheurs. Ils rappellent notamment que, pour lever des légions de kamikazes pendant la guerre du Pacifique, les officiers japonais faisaient appel davantage au sentiment nationaliste et à la pression interne du groupe qu’au sentiment religieux. Professeur de sciences politiques à l’Université de Chicago, Robert Pape a étudié, pour son livre Dying to win, the strategic logic of suicide terrorism, 452 attaques-suicide depuis 1980. « Les leaders mondiaux du suicide terroriste sont les Tigres tamouls, un groupe séculaire hindou, avec des revendications territoriales. » « Cela veut dire que le suicide terroriste n’est pas aussi étroitement associé au fondamentalisme islamique qu’on le pense. Le but est de tuer un grand nombre de personnes dans la société-cible, que ce soit dans une base militaire ou un night-club, afin d’amener cette société à faire pression sur son gouvernement pour qu’il modifie sa politique militaire. » Michel MOUTOT (AFP)
Les kamikazes islamistes qui se sacrifient à l’explosif pour tuer des touristes, à Bali ou ailleurs, obéissent à une logique de groupe proche de celle d’une secte, difficile à comprendre pour le monde extérieur, estiment chercheurs et universitaires.
Conditionnés, isolés, soutenus, persuadés de donner leur vie pour une cause qui les transcende, ils sont capables d’endosser une bombe et, comme le jeune homme en tee-shirt noir filmé par un amateur samedi à Bali, d’entrer d’un pas calme et décidé dans un restaurant pour s’y suicider en tuant le plus de civils possible. « Ce sont souvent des jeunes gens qui s’organisent spontanément autour du désir de venger l’injustice qu’ils ressentent envers le monde musulman en général », explique l’Américain Scott Atran, professeur de psychologie et...