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EN DENTS DE SCIE L’ennemi dans la glace

Trente-huitième semaine de 2005 (J+223 : tout devient plus haletant, beaucoup plus électrique et lourd, au fur et à mesure que se rapproche ce 21 octobre, c’est-à-dire la date de publication du rapport Mehlis – et aussi péremptoires que soient les cours magistraux télévisés de Charles Rizk en matière de procédures judiciaires…) Il reste moins d’un mois et, déjà commencent, au sein de cette très polygamique majorité, les scènes de ménage, les bris d’assiettes, les menaces de divorce, les je-rentre-chez-ma-mère, les critiques intempestives et très publiques, etc. Et voilà cette ex-opposition, qui avait si souvent prouvé son talent à être la plus sotte du monde, de nouveau confrontée, maintenant qu’elle est au pouvoir, à ses gènes. À laisser de nouveau, en roue libre, primer de très déplacés amours-propres (pour les uns) aussi bien que des égocentrismes un peu mégalomaniaques (pour d’autres). À oublier que si elle veut vérité et justice – à défaut de résurrection effective du pays – il lui faudra faire en sorte de blinder sa solidarité. D’en finir avec certains fantasmes crétins que d’aucuns se plaisent à entretenir, d’axes druzo-chiite ou sunnito-maronite, par exemple. Il n’en reste pas moins qu’aussi inutiles et hors sujet soient-elles, ces petites disputes conjugales sous les yeux et les tympans du très matrimonial conseiller américano-franco-saoudien n’ont rien de létal. Ces partenaires, quoi qu’il arrive, savent qu’ils partagent – et sont obligés de partager – une même, une encombrante, une exigeante communauté de destin. Il reste moins d’un mois et les trois présidences ressemblent déjà à autant de mondes parallèles ; tellement, que les rustines ajoutées dans la panique et autres visites ou coups de téléphone très courtois ne parviennent même plus à masquer quoi que ce soit. Trois présidences, trois Liban. La première, qui ressemble de plus en plus à un bunker infréquentable, en quarantaine, est devenue – et c’est inadmissible – rien moins qu’une potiche, condamnée, par les bons soins de son indécollable locataire, à ne plus faire que de la figuration, sans même être créditée au générique. La seconde, qui recommence à ressembler, elle, à une annexe hybride et surréelle d’Amal et du Hezbollah, semble se spécialiser un peu plus chaque jour dans l’art de la stagnation, pire, la régression. Quant à la troisième, elle se confond désormais avec un homme. Un seul. Fouad Siniora n’aurait jamais osé en demander autant, même en rêve. Il est pourtant, de retour de New York, au-delà des nuages. Le wannabe Hariri, fan, groupie et adorateur de la première heure, a réussi à mettre le gigantesque (et vénéré) fantôme dans un placard qu’il entrouvre de temps en temps juste pour dire merci ; Fouad Siniora existe désormais en tant que Premier ministre du Liban à part entière, le premier depuis des lustres à être au cœur du système et à se payer le luxe – jusqu’à nouvel ordre – de refuser d’avaler n’importe quelle couleuvre qu’on lui tend, même avec le sourire : même si elles n’ont rien d’innocentes, ses déclarations au très loyaliste Washington Post ressemblent fortement à un conseil d’ami avisé adressé à Émile Lahoud. Il n’en reste pas moins que cet étonnant chef du gouvernement – la révélation à soi et au monde peut parfois attendre le nombre des années – est condamné non pas à prouver sa bonne foi ni à se justifier, mais à prendre corps, investi de la confiance de la majorité parlementaire. Même s’il est persuadé que toutes les aides du monde seront au rendez-vous avec ou sans programmes de réformes, il se doit d’en mettre vite, très vite, un sur pied – un vrai de vrai. Même s’il fait tout pour y échapper, il se doit vite, très vite, d’appeler le Hezbollah à s’asseoir autour d’une bonne table libanaise et à parler de son nécessaire, de son incontournable désarmement. Même si son naturel ultraconciliant est parfois trop fort à chasser, il se doit vite, très vite, d’imposer en Conseil des ministres, au nom de la majorité, des nominations sécuritaires, judiciaires et administratives. Et même si c’est difficile, il se doit, tout aussi rapidement, d’apprendre à écouter – et à entendre – l’avis de (tous) ses partenaires de jeu ; d’apprendre qu’un poisson on ne le noie pas, on le partage. Parfois, on peut être son propre pire adversaire. Ziyad MAKHOUL PS : Cette trente-huitième semaine de 2005 a eu la bonne idée de rappeler au monde l’urgence de revoir Ghassan Salamé au poste. Même propices à beaucoup d’action, il est des coulisses qui finissent par devenir trop exiguës ; aussi inutile que continue d’être la diplomatie libanaise, assommée par la langue de bois et le sourire béat de Faouzi Salloukh.

Trente-huitième semaine de 2005 (J+223 : tout devient plus haletant, beaucoup plus électrique et lourd, au fur et à mesure que se rapproche ce 21 octobre, c’est-à-dire la date de publication du rapport Mehlis – et aussi péremptoires que soient les cours magistraux télévisés de Charles Rizk en matière de procédures judiciaires…)
Il reste moins d’un mois et, déjà commencent, au sein de cette très polygamique majorité, les scènes de ménage, les bris d’assiettes, les menaces de divorce, les je-rentre-chez-ma-mère, les critiques intempestives et très publiques, etc. Et voilà cette ex-opposition, qui avait si souvent prouvé son talent à être la plus sotte du monde, de nouveau confrontée, maintenant qu’elle est au pouvoir, à ses gènes. À laisser de nouveau, en roue libre, primer de très déplacés...