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Actualités - Opinion

ÉCLAIRAGE Ce que le mot du Liban aurait pu (et dû) être…

Le mot du Liban à la 60e Assemblée générale de l’ONU aurait pu créer un impact tonitruant. Pour deux raisons. Un : parce que, cette année, il a commencé, il commence à ressusciter ; il est désormais ce « new Lebanon », deux mots que Condoleezza Rice a répétés hier en présence de ses homologues euro-arabes déterminés à aider le Liban et de Fouad Siniora. Deux : parce que ce Liban reborn pourrait, s’il le voulait, servir un jour de modèle absolu pour tous les pays du monde, du Sud comme du Nord, et que la tribune onusienne aurait été idéale pour commencer cette contamination positive. Le mot du Liban à la 60e Assemblée générale de l’ONU n’a même pas été un flop retentissant : incolore, inodore, sans saveur, il n’a rien été. Pour deux raisons. Un : parce que, au même moment ou presque, le Premier ministre du Liban était entouré des Rice, Douste-Blazy, Straw, Fini, Lavrov, Saoud al-Fayçal, Ghaith, Solana et autre Wolfowitz. Une réunion de préparation à la conférence d’aide internationale au Liban qui a vite, très vite tourné au plébiscite politique du Liban du 14 mars, représenté à NY par Fouad Siniora et qui est celui du Courant du futur, de Kornet Chehwane, du PCL, des FL, du PSP et de la Gauche démocratique, entre autres. Mais pas celui d’Émile Lahoud. Deux : parce que c’est ce même Émile Lahoud qui l’a lu, un roitelet nu, archicritiqué dans son pays, totalement ignoré, à deux ou trois exceptions près – Iran, Bosnie, etc. – à l’extérieur. Remanié ou pas remanié par Fouad Siniora, le discours prononcé par le locataire de Baabda, indépendamment, d’abord, de la personne de celui-ci, n’est qu’une juxtaposition de slogans usés jusqu’à la moelle ; Émile Lahoud en a rabâché certains des années durant sans jamais les concrétiser. « La force fondamentale de notre monde réside dans la réactivation de tous les rouages des Nations unies et la consolidation de l’esprit démcoratique, en leur fournissant les moyens et les capacités exécutoires », a-t-il dit par exemple. Parler de démocratie et affirmer avoir « porté la paix et la stabilité dans ma patrie » sans ciller après avoir, pendant tout un septennat au moins, fortifié, blindé et laissé s’épanouir une des tutelles les plus viciées de l’histoire : il fallait oser. Émile Lahoud l’a fait. Tout comme il a réussi à glisser dans son laïus le concept de « réformes politiques, économiques et administratives », alors qu’il a passé tout un mandat à les combattre au corps. Tout comme il a également réussi à évoquer la résolution 194 – certes incontournable et urgente – sans s’arrêter une seule fois sur les résolutions 1559, 1595 ou 1614 de la même ONU. À moins qu’il ne considère l’avoir fait en parlant du dialogue interne dans des termes particulièrement abscons et ambigus : « Le gouvernement libanais a adopté la question du lancement d’un dialogue intérieur avec toutes les collectivités libanaises garantissant au Liban sa sécurité, son unité, sa stabilité et son rôle qu’il se soucie de sauvegarder ». S’il le dit. Il n’en reste pas moins que c’est par l’absence de certains qualificatifs du Liban, très précis au demeurant, que le discours d’Émile Lahoud a brillé : souverain et indépendant, pour ne citer que ceux-là. Des termes répétés à gogo par les ministres des AE présents autour de Fouad Siniora. Des termes-clé pour qualifier le new Lebanon. Et la réponse de Condoleezza Rice, priée de dire si Émile Lahoud faisait partie, pour Washington, du passé, cinglera encore longtemps, justement parce qu’elle a éludé la question : « Les amis du Liban veulent un Liban nouveau, libéré des influences et des ingérences étrangères, un Liban capable d’assumer ses obligations internationales, un Liban à même de lancer de nécessaires réformes. C’était une superbe réunion de personnes qui soutiennent ce nouveau Liban, et que le Premier ministre ait été là est une chose très importante. » Le vœu de Charles Rizk – « Souhaitez-moi le voyage le moins mauvais possible » – a été exaucé. L’aller-retour d’Émile Lahoud et de la délégation qui l’accompagnait à New York n’a pas été mauvais, il a été totalement inutile. Reste cet hallucinant SOS, un insensé je-ne-veux-pas- quitter-Baabda, comme une supplique face au monde : « Aidez-moi à sauvegarder la paix et la stabilité au Liban. » C’est inouï. Ziyad MAKHOUL

Le mot du Liban à la 60e Assemblée générale de l’ONU aurait pu créer un impact tonitruant. Pour deux raisons. Un : parce que, cette année, il a commencé, il commence à ressusciter ; il est désormais ce « new Lebanon », deux mots que Condoleezza Rice a répétés hier en présence de ses homologues euro-arabes déterminés à aider le Liban et de Fouad Siniora. Deux : parce que ce Liban reborn pourrait, s’il le voulait, servir un jour de modèle absolu pour tous les pays du monde, du Sud comme du Nord, et que la tribune onusienne aurait été idéale pour commencer cette contamination positive.
Le mot du Liban à la 60e Assemblée générale de l’ONU n’a même pas été un flop retentissant : incolore, inodore, sans saveur, il n’a rien été. Pour deux raisons. Un : parce que, au même moment ou presque, le...