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Actualités - Opinion

LE POINT « Ossie-Politik »

Son finish aura laissé sans voix plus d’un même s’il est évident que, demain dimanche, Gerhard Schröder ne pourra pas rééditer son coup d’éclat de 2002, lorsque, contre toute attente, il avait coiffé au poteau le Bavarois Edmund Stoiber, principalement en raison de son opposition à la guerre en Irak. Cette fois, l’ancien marxiste devenu un grand admirateur de Willy Brandt devrait – si les faits donnent raison aux Cassandres et si le jeu des alliances se déroule comme prévu – céder la place à une « chancelière », une première dans l’histoire de l’Allemagne, venue de l’ancienne République démocratique et passée depuis à droite. Auparavant, il se sera battu jusqu’au bout, en « bête de campagne » qu’il est, multipliant, par exemple, en l’espace de quelques heures, visites de plusieurs villes, discours et participation à des débats télévisés. Malgré un tel punch, l’homme qui avait apporté un bol d’air frais dans la vie politique berlinoise lors de son élection, le 27 septembre 1998, après seize années de règne sans partage de Helmut Kohl, ne peut plus compter sur son charisme et sa pugnacité pour galvaniser un électorat gagné par une morosité qui semble être le sentiment le mieux partagé dans l’Europe de ce siècle commençant. L’heure est au changement dans la continuité, même si, comme l’écrit le journal conservateur Die Welt, « la campagne va se prolonger jusqu’à dimanche, à 17h59 », soit à une minute de la clôture des bureaux de vote. Bien sûr, la possibilité sera grande alors de se trouver confronté à un Bundestag introuvable pour peu que la CDU-CSU et ses alliés libéraux du FDP n’obtiennent pas la majorité absolue, une éventualité encore plus valable s’agissant des sociaux-démocrates de la coalition sortante. Mais quel que soit l’éventail des possibilités qui vont s’offrir, les grandes options paraissent appelées à subir des modifications relativement importantes, même si l’attelage franco-allemand continuera à être d’une solidité à toute épreuve. Et même si Angela Merkel – puisque c’est elle que tous les sondages donnent gagnante, avec un écart il est vrai relativement minime – n’est pas une inconditionnelle de l’alignement sur les États-Unis, se contentant de reprocher à son adversaire d’avoir gratuitement braqué la Maison-Blanche en alignant ses positions sur celles de la France. En appelant à des législatives anticipées, en mai dernier, après la défaite de sa formation lors des élections du Land de Rhénanie de Nord-Westphalie, Schröder avait fait valoir qu’il avait besoin d’une nette majorité pour poursuivre l’entreprise de redressement économique. On peut enregistrer à son actif qu’en août, et pour le cinquième mois consécutif, le nombre de demandeurs d’emploi a continué à baisser, mais le chômage se situe toujours au-dessus de la barre des 11 pour cent. Seule consolation pour lui : dans l’autre camp, on se contente de vagues promesses. Fait plus grave, le futur ministre des Finances, Paul Kirchhof, est vivement critiqué pour ses prises de position ultralibérales, son engagement à faire voter un taux unique d’imposition de 25 pour cent et sa menace d’un relèvement de deux points de la TVA. Autant d’éléments qui, ajoutés à l’attitude face à la politique agricole commune, s’annoncent comme déterminants pour l’avenir d’une construction européenne paralysée pour les deux années à venir par le non français et néerlandais à la Constitution. Or, c’est précisément sur le dossier du Vieux Continent que les divergences entre les deux camps sont grandes – ce qui veut dire que le choix appelé à sortir des urnes sera d’une importance primordiale. À la mi-juillet, Merkel avait effectué à Paris une visite remarquée qui lui avait permis de rencontrer Chirac, Dominique de Villepin et les caciques de l’UMP, le parti de la majorité. L’occasion pour elle de réaffirmer sa fidélité au couple jadis créé par de Gaulle et Adenauer, tout en souhaitant qu’il soit « moins exclusif », un souci qu’elle partage avec Wolfgang Gerhardt, l’homme destiné à prendre la tête du ministère des Affaires étrangères. Dans l’ensemble cependant, Paris a suivi sans trop d’inquiétude le déroulement de la bataille qui se déroule de l’autre côté du Rhin. Diagnostic lucide d’un membre du gouvernement français : « Quand un cardinal est élu pape, rien ne dit qu’il appliquera la politique du cardinal. » La prochaine « dame de fer », une « Ossie » (originaire de l’Est) fille d’un pasteur protestant, avouait il n’y a pas longtemps que, pour elle, « tout a constamment été un combat afin de ne pas attirer l’attention, tout en étant un peu meilleure que les autres ». À son corps défendant, il lui faudra désormais s’habituer à voir se braquer sur elle les projecteurs de l’actualité. Au risque peut-être, on ne le lui souhaite pas, de s’y roussir dangereusement les ailes. Christian MERVILLE
Son finish aura laissé sans voix plus d’un même s’il est évident que, demain dimanche, Gerhard Schröder ne pourra pas rééditer son coup d’éclat de 2002, lorsque, contre toute attente, il avait coiffé au poteau le Bavarois Edmund Stoiber, principalement en raison de son opposition à la guerre en Irak. Cette fois, l’ancien marxiste devenu un grand admirateur de Willy Brandt devrait – si les faits donnent raison aux Cassandres et si le jeu des alliances se déroule comme prévu – céder la place à une « chancelière », une première dans l’histoire de l’Allemagne, venue de l’ancienne République démocratique et passée depuis à droite. Auparavant, il se sera battu jusqu’au bout, en « bête de campagne » qu’il est, multipliant, par exemple, en l’espace de quelques heures, visites de plusieurs villes,...