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Les chancelleries commencent à recueillir des données sur les candidats

Évidemment, on n’est pas en Mauritanie. Il n’y a pas de risque de pronunciamiento en l’absence du chef de l’État. Mais, sans trop tenir compte de la position du principal intéressé, qui s’accroche, la classe politique a déjà ouvert la saison de chasse. En tenant pratiquement pour acquis que le président Lahoud ne pourra pas finir son mandat, ni même l’année. Et qu’au plus tard fin octobre, lors de la publication du rapport Mehlis, il devra se résigner. Si ce n’est bien avant, après le passage de l’enquêteur à Damas. Ou encore après les vicissitudes présumées du voyage à New York. En tout cas, tandis que son staff de quatre généraux se morfond en cellule, et que le système militaro-sécuritaire dont ils étaient la moelle épinière locale agonise, la bataille de la présidentielle bat déjà son plein. Des éléments de la majorité témoignent ainsi que nombre de diplomates occidentaux ou arabes, dont les plus en vue, ont commencé à discuter de la question avec leurs interlocuteurs du cru, pour tenter de cerner une tendance majoritaire déterminée et savoir un peu quels seraient les noms plausibles, ainsi que les qualités requises. Critères qui, laissent entendre ces diplomates, devraient largement s’inspirer de l’esprit démocratique du 14 mars, loin de toute soumission. Ainsi que du principe vital du consensus. Prudemment, à ce stade matutinal, les pôles de la majorité évitent de discuter des noms. Pour le moment, ils en sont encore à répéter que le prochain président devra être avant tout conscient du fait que le pays est en pleine refondation. Donc qu’il lui faudra accompagner une opération de changement total en profondeur. Selon un cadre de la majorité, le prochain président devrait donc être choisi en fonction d’un programme global plutôt que par rapport à son appartenance politique. L’homme, ajoute-t-il, devra être un fervent défenseur des constantes nationales ainsi que du cas d’espèce libanais. Et de préciser encore que le prochain président, largement agréé au sein de sa propre collectivité, ne devra pas inspirer d’appréhensions à la composante musulmane du pays. Ce qui signifie tout d’abord, estime cette source, qu’il ne devra pas tenter de transposer d’une tutelle à une autre. Très clairement, ces sources indiquent que le chef de l’État virtuel ne devra pas tenter, à la faveur de changements régionaux potentiels, de faire du Liban une base d’influence américaine. Mais rester lui-même un pur produit « made in Lebanon », soucieux de garder au pays autant sa spécificité qu’une véritable indépendance par rapport à tout le monde extérieur. Ces appréhensions concernant une nouvelle aliénation de l’indépendance nationale bien comprise ont été transmises à Bkerké, en mettant l’accent sur la nécessité d’un dialogue national tant au sujet du prochain président que par rapport aux grands problèmes de l’heure, politiques ou socio-économiques. Certains ajoutent même, sans doute pour faire plaisir aux joumblattistes dont c’est le dada, que le Liban devra veiller à préserver jalousement son appartenance au monde arabe. Et ils vont, contrairement à Joumblatt lui-même (du moins dans ses dernières positions, car il en a changé), jusqu’à affirmer que le président ne devra pas être choisi par les chrétiens, pour être ensuite proposé aux musulmans. Mais être le fruit d’une entente dès le départ. Car autrement, soutiennent-ils, le pays quitterait la voie d’une vraie démocratie pour celle d’une sorte de fédéralisme communautaire qui autoriserait chaque communauté à choisir toute seule le président la représentant. Ce qui est, en réalité, le cas déjà pour la présidence de la Chambre, sinon pour la présidence du Conseil. Les mêmes sources ne sont pas seulement laïcisantes, mais également neutralistes. Dans ce sens qu’elles voudraient un président qui n’appartienne à aucune formation, à aucun courant, à aucun parti ou bloc, mais soit totalement indépendant. Quoi qu’il en soit, la pression exercée sur le régime pour qu’il parte se poursuit selon un plan établi par les stratèges du Courant du futur et de la Rencontre démocratique. Tandis que Fouad Siniora, pour sa part, compte continuer sa coopération, sur des bases constitutionnelles, avec le chef de l’État, pour ne pas paralyser le gouvernement. Cela, en attendant le rapport Mehlis, le mois prochain. Philippe ABI-AKL

Évidemment, on n’est pas en Mauritanie. Il n’y a pas de risque de pronunciamiento en l’absence du chef de l’État. Mais, sans trop tenir compte de la position du principal intéressé, qui s’accroche, la classe politique a déjà ouvert la saison de chasse. En tenant pratiquement pour acquis que le président Lahoud ne pourra pas finir son mandat, ni même l’année. Et qu’au plus tard fin octobre, lors de la publication du rapport Mehlis, il devra se résigner. Si ce n’est bien avant, après le passage de l’enquêteur à Damas. Ou encore après les vicissitudes présumées du voyage à New York.
En tout cas, tandis que son staff de quatre généraux se morfond en cellule, et que le système militaro-sécuritaire dont ils étaient la moelle épinière locale agonise, la bataille de la présidentielle bat déjà son...